Analyse

Ecosystèmes aéronautiques/Intégration locale: Plus vite que l’automobile!

Par Nadia DREF | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
29% de pièces locales début 2018
Bombardier, Safran, EADS, Thalès, Daher… les majors
Sophistication et compétitivité: Les nouveaux défis
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Le marché mondial reste porteur. Selon les estimations de Boeing, l’industrie va livrer 5 avions civils neufs par jour, soit 1.675 appareils chaque année. Sur la période 2011-2030, 33.500 nouveaux appareils seront fabriqués pour 4.000 milliards de dollars. Sur ce total, 80% de ces appareils sont réalisés par Airbus et Boeing. De quoi réjouir les équipementiers !!

A la porte de l’Europe, le Maroc est en passe de devenir la base arrière aéronautique de la France. C’est exactement le même schéma des Etats-Unis avec le Mexique. En 2017, le secteur a pris son envol. En attestent les statistiques fournies par le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas). Le taux d’intégration locale a atteint 29% en 2017 contre 17% deux ans auparavant.

Une fierté pour la tutelle qui table sur 35% dès 2020. Le chiffre d’affaires à l’export a également progressé de 18,4% au cours de l’année dernière. Quant aux effectifs recrutés, ils ont totalisé 15.500 salariés. Le développement de filières diversifiées, notamment le câblage, la mécanique, la chaudronnerie, le composite, l’assemblage mécanique… positionne le Maroc en tant que destination privilégiée de la sous-traitance aéronautique.

Le pari du volume est gagné grâce à l’installation d’équipementiers de taille: Bombardier, Safran, EADS, Thalès, Eaton, Hexcel, Zodiac Aerospace, Lisi Aerospace, Le Piston Français, Daher, Souriau, Ratier Figeac, Aerolia, Alcoa… Actuellement, les industriels s’attaquent de plus en plus à l’amélioration de la compétitivité.

«A présent, une nouvelle ère commence pour notre secteur avec une continuité dans la stratégie adoptée jusqu’à ce jour, mais aussi avec des exigences nouvelles dictées par le marché mondial», fait valoir Karim Cheikh, président du Gimas. Et d’ajouter: «Notre pays a atteint le niveau de maturité requis et possède désormais les outils qui lui permettent de prendre une place plus forte dans cette industrie et de ne pas manquer les opportunités qui lui sont offertes dans une conjoncture mondiale très favorable».

Qualité de service, capacités à livrer, timing, prix, diversification de marchés et de partenaires, smart supply chain… Tels sont les nouveaux défis des industriels aéronautiques basés au Maroc, sachant qu’il n’y pas encore de nouveaux programmes lancés par Airbus et Boeing. Actuellement, les carnets de commandes sont bien remplis. Confiants, les industriels s’attendent à une relance des marchés dans les années à venir.

En 2017, Airbus s’est imposé une fois de plus comme le champion des commandes d’avions. Au total, 1.109 commandes nettes ont été reçues par Airbus contre 912 pour son rival américain Boeing. C’est ce qui ressort, d’ailleurs, du bilan publié par l’avionneur européen le 15 janvier dernier. En revanche, Boeing a livré 763 avions contre 718 pour le géant européen.

Face à une concurrence acerbe, une vraie bataille est livrée sur les prix. Les équipementiers aéronautiques misent plus sur l’innovation et la compétitivité. «Nous avons besoin de travailler sur l’excellence et l’optimisation du coût de l’avion», dixit Patrick Daher, président de l’avionneur français qui vient d’inaugurer sa quatrième usine à Tanger pour répondre aux besoins des donneurs d’ordre. Cet équipementier continuera à fournir chaque année 55 appareils et vise à améliorer sa compétitivité de 20% en 5 ans.

Pour une meilleure intégration locale, les équipementiers des rangs 1 et 2 sont appelés à étoffer leurs réseaux, à stabiliser et maximiser les volumes avec leurs fournisseurs. Ils travaillent activement sur la sélection de sous-traitants locaux performants pour augmenter leur vitesse d’exécution. «Nous visons à créer des partenariats forts avec certains fournisseurs locaux», précise le responsable Achats d’un groupe français.

Autant de marchés à prendre pour les PME locales. Certains équipementiers font même miroiter des contrats de 5 à 10 ans pour les challengers. Notons que Casablanca (Midparc de Nouaceur) et Tanger comptent déjà un tissu industriel structuré mais qui est appelé à revoir sa copie pour mieux sécuriser ses opérations, monter en valeur ajoutée et chercher l’excellence.

Outre la mise à niveau des fournisseurs locaux, de nombreuses contraintes persistent. Les industriels achètent la majorité de la matière première en Europe. Ce qui les pénalise vis-à-vis de la concurrence. Pour le fer, ils s’approvisionnent localement. Pour ce qui est du plomb, la filière est en train d’être structurée. Le Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable a accompagné les acteurs opérant essentiellement dans l’informel à se constituer en GIE pour fournir les secteurs industriels dont l’aéronautique. Les derniers ajustements sont en cours concernant la fixation du prix de vente.

Sur le volet formation, les industriels se disent satisfaits des ressources humaines formées. Et pour soutenir l’intégration de PME, un fonds «Aérofund», doté de 60 millions d’euros, a été créé en 2016, à l’instar de l’«Aérofund» français. Les entreprises du secteur peuvent en outre bénéficier des interventions du Fonds de développement industriel (FDI) mis en place dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI).

La quête de performance

Le Maroc s’est doté de six écosystèmes aéronautiques (câblage, assemblage, ingénierie, maintenance, moteurs et matériaux composites) pour gagner en performance et en attractivité aux yeux des investisseurs étrangers et des donneurs d’ordre. Un autre écosystème a été annoncé et n’est pas encore lancé. Il s’agit de l’écosystème Boeing qui vise l’implantation de 120 nouveaux fournisseurs d’ici 2020 avec à la clé la création de 8.700 emplois et un chiffre d’affaires annuel supplémentaire à l’export de 1 milliard de dollars.
Les quatre premiers ont été lancés en juillet 2015 afin de développer une «supply chain» aéronautique performante et compétitive. Il s’agit des écosystèmes «assemblage», «système électrique-câblage et harnais» (EWIS), «entretien-réparation et révision» (MRO) et «ingénierie» qui ont fait l’objet de deux contrats de performance. Les professionnels du secteur se sont engagés à atteindre 5 objectifs à l’horizon 2020: doubler le chiffre d’affaires à l’export en le portant à 16 milliards de DH, attirer 100 nouveaux acteurs, tripler le nombre d’emplois avec la création de 23.000 nouveaux postes, atteindre 35% de taux d’intégration locale et enfin accompagner 50 porteurs de projets et TPME.

 

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