Economie

Défaillances d’entreprises: Le poison c’est le délai de paiement

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
La construction et la distribution enregistrent le plus de casse
Une loi sur les délais de paiement qui soit «concrète et pragmatique»
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L’avis de Hicham Bensaid Alaoui, directeur des Risques, de l’Information, des Sinistres et du Recouvrement d’Euler Hermes Acmar (Ph. Euler Hermes Acmar)

- L’Economiste: Le Maroc figure parmi les pays qui devraient enregistrer, cette année, les plus fortes hausses de défaillances d’entreprises. Ce n’est pas forcément rassurant…
- Hicham Bensaid Alaoui:
Une telle tendance renseigne bien entendu sur le contexte économique actuel, délicat, lui-même induit par certains facteurs structurels (faible disponibilité de matières premières, tissu industriel peu étoffé, qualification moyenne de la main d’œuvre, taux d’intégration industrielle encore en consolidation…) autant que conjoncturels (faible facture pluviométrique, vacance gouvernementale…). Même si de tels chiffres de défaillances d’entreprises appellent de prime abord à l’introspection, voire à une certaine appréhension, il est également possible de les considérer comme une sorte de ‘purge’ touchant certaines entités aux fondamentaux somme toute fragiles; ce qui pourrait contribuer, à terme, à assainir certains secteurs d’activité.

- Quels sont les principaux secteurs et les régions qui sont les plus touchés?
- Les secteurs les plus négativement impactés sont ceux de la construction et de la distribution, concentrant, selon les conclusions d’une étude d’Inforisk, respectivement 38% et 35% des entreprises défaillantes du pays. Sans surprise, du fait de son poids dans l’économie marocaine dans sa globalité, le Grand Casablanca émarge également en tête des défaillances d’entreprises, avec plus du quart de ces dernières.

- Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui les entreprises à fermer?
- Indéniablement, l’allongement des délais de paiements, à 1 an ou presque pour les petites structures et tout de même à 6 mois en moyenne pour les PME, conduit inexorablement à leur perte un nombre croissant d’entreprises, ayant, pour certaines, une gouvernance tout à fait saine et des fondamentaux financiers très corrects.

- Que faut-il améliorer au niveau juridique et réglementaire?
- Clairement, je pense qu’il faut implémenter une loi sur les délais de paiement qui soit suffisamment concrète et pragmatique pour être applicable sur le marché, ce qui n’était pas systématiquement le cas des textes précédents. De plus, il convient réellement d’apporter une solution efficiente au sujet des titres de paiement (et particulièrement les effets de commerce) impayés, qui ne protègent pas suffisamment les créanciers à mon sens. Enfin, il faudrait en finir avec une trop grande flexibilité octroyée à certaines formes juridiques, notamment au titre des fonds propres des SARL, car cela ne peut qu’accroître le nombre de structures extrêmement vulnérables du point de vue de la flexibilité financière.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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