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    Tribune

    Vers la grande bataille yuan/dollar: Il faut fonder une vraie monnaie universelle

    Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5178 Le 28/12/2017 | Partager

    Administrateur de nombre de sociétés dugroupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, assumant aujourd’hui la chargede Directeur général délégué de BMCEBank of Africa M’Fadel El Halaissi vient de prendre en charge l’un des domainesles plus difficiles: le recouvrement en période de crise. Il propose ici un nouveaupacte ou un nouveau modèle financier. Il poursuit sa réflexion sur le « financementsage », commencé en 2009 (leconomiste.com). El Halaissi a gardé de ses premièresarmes professionnelles dans la rechercheen France, le goût de la réflexion académiqueproductrice de systèmes etconcepts. Ensuite il a fait toute sa carrièremarocaine au sein de la BMCE, devenueBMCE Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales.(Ph. L’Economiste)

    Le système financier actuel remonte  aux accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944. Les règles de la finance mondiale y ont été dès lors définies. Depuis, le dollar règne  en maître incontesté, dominant et sans partage. Les intérêts économiques de la domination du dollar américain sont tellement énormes qu’ils  sont bien au-dessus de tous les enjeux de la planète.

    Dollar fragile,  tensions mondiales

    Mais, la principale source de tensions des prochaines années dans le monde sera la fragilisation du dollar comme monnaie étalon du système financier mondial au profit de la monnaie chinoise le yuan.
    Deux questions viennent donc à l’esprit :
    1- Pourquoi, les autres monnaies, la livre sterling,  le yen et  l’euro, ne sont-ils pas arrivés à bousculer le dollar dans son rôle de monnaie de référence du système financier au cours des dernières décennies, alors que le yuan le pourrait?
    2- Que gagnera le monde si nous permettons uniquement la substitution d’une monnaie à une autre? Cela pourrait être pire que l’ancienne domination du dollar.
    L’échec de la livre sterling, du yen et de l’euro  tient à différentes raisons.
    La livre sterling, qui fut monnaie forte  à la veille de la guerre 1914-1918, a perdu toute sa puissance, avec la désintégration des colonies britanniques et l’affaiblissement de l’Empire, puis l’affaiblissement de son espace économique contemporain, le Commonwealth.

    Ensuite, le  coût insoutenable de la Deuxième Guerre mondiale a fait plonger la livre.
    Le dollar a connu une période faste après la Deuxième Guerre mondiale; il a permis à l’économie américaine d’engranger un surplus économique incommensurable.
    C’est au cours des années 80, que le yen japonais a subi les affres de la première crise du choc pétrolier de 1974. Il avait bien démarré mais il s’est très vite sabordé. En effet, le Japon, 3e puissance économique du monde, a été handicapé par l’absence de stratégie de «domination» sur des espaces économiques plus larges et plus influents  dans le commerce  international. Et bien sûr par traité, Tokyo était interdit de puissance militaire.

    bons_tresor_chine_078.jpg

    En dépit des frottements militaires en mer de Chine, Pékin maintient ses réserves en bons du Trésor US mais il les fait varier en fonction des conjonctures financières mais aussi politiques, voire stratégiques. Mais inversement, toute attaque contre le dollar affaiblirait les avoirs chinois

    Quant à la monnaie européenne, l’euro créé en 1999, elle reste actuellement confinée à un rôle secondaire sur l’échiquier mondial.  Certes l’Union  européenne  est la deuxième puissance économique mondiale, ayant  une très forte puissance militaire et contrôlant des espaces économiques très larges. Il n’en demeure pas moins que politiquement, c’est une coquille vide. Il n’existe pas d’organe de contrôle et d’orientation de toutes ces puissances vers une Europe unie, à monnaie forte. Cette cruelle carence alimente des velléités  de désintégration de l’Union. Ce qui se produit déjà (Brexit). La suite… on verra!
    Concernant, la 2e question relative à la capacité du yuan chinois de défier le dollar et de gagner cette bataille, la réponse est affirmative. En effet, la spécificité de la monnaie chinoise réside  dans la puissance de son économie réelle.
    La Chine est une puissance économique incontestée, une puissance militaire redoutable et très dissuasive, une  influence confirmée sur plusieurs espaces économiques, des ressources naturelles variées et abondantes, et surtout une ressource humaine  inégalée sur la planète.

    Contrôle chinois centralisé

    reserve_chine_078.jpg

    Les réserves de changes chinoises s’amenuisent et ce pour un ensemble de raisons. Celles-ci trahissent l’apparition d’une nouvelle nécessité pour Pékin: sortir du système monétaire et financier qui défavorise ses positions

    Toutes ces forces réunies sont contrôlées  par un pouvoir central unique et une seule autorité.
    Au cours des deux dernières décennies, le yuan  se complaisait  dans le système actuel, dès lors que la croissance économique du pays était forte et soutenue.
    Aujourd’hui, la situation est légèrement  différente. La croissance économique se tasse, les exportations ralentissent, les coûts de production internes augmentent. La compétitivité  est moins évidente, accablée par des règles de protectionnisme sur des espaces économiques tels que les Etats-Unis et l’Europe. Les réserves de changes s’amenuisent (Cf. graphique)
    Face à ce constat, la confrontation  est inéluctable! Quels sont alors les leviers et atouts du yuan dans cette bataille monétaire? Et aussi quels sont ses handicaps?
     Les avoirs financiers de la Chine en dollar sont effectivement un grand frein (voir camembert). D’aucuns estiment les avoirs chinois en dollars à plus de 6.000  milliards. La Chine reste parmi le premier créancier du Trésor américain, devant le Japon. Ses avoirs s’élèvent à 1.200 milliards de dollars (voir graphique). Ainsi, toute attaque visant l’affaiblissement du dollar, affaiblira ses avoirs.

    dollar_yuan_078.jpg

    Cette année encore, la Chine dépasse le Japon. On remarquera que les autres détenteurs significatifs sont des paradis fiscaux

    Le  yuan, ne manque pas d’atouts:
    D’abord, la Chine reste le premier importateur  du pétrole au monde, la décision d’imposer de payer le pétrole en yuan annoncerait  la fin des pétrodollars, et donc la fin de l’hégémonie du dollar.  D’autres pays producteurs-exportateurs du gaz et pétrole seront en mesure d’emboîter le pas rapidement; particulièrement ceux qui ont des difficultés avec Washington  (Russie, Iran, Venezuela, et bien d’autres).
    Si le yuan, monnaie de la Chine, acquiert le statut de devise internationale, une dizaine de milliers d’institutions financières  effectueraient alors des transactions commerciales en yuan. Le volume de la monnaie chinoise en offshore évoluera très vite (actuellement environ 1.000 milliards de yuans  soit environ 150 milliards de dollars US). Le yuan a intégré le FMI, et désormais fait partie du club fermé des 4 devises dans la cotation des DTS (Droits de Tirages Spéciaux) aux côtés des quatre autres monnaies de référence.
    Enfin, les conditions économiques et géopolitiques réclament un nouveau système financier international, assurant la stabilité et la croissance de l’économie mondiale. La Chine a certes cette ambition, et pourra avoir la légitimité à quelques réserves près.

    Abolir la «féodalité de nations» sur les autres

    Et nous, le reste du monde, que peut-on espérer de cette bataille monétaire?  Pouvons-nous nous contenter du remplacement du dollar par le yuan chinois? Certainement pas!
    Le monde a besoin d’un nouvel ordre économique appuyé par un nouveau système financier international. Il faudra le fonder sur des valeurs de justice, d’équité, de distribution des richesses  selon les efforts de chacun. Il faudra abolir la «féodalité de nations» qui manipulent les taux de change de la monnaie dominante. Il faudra lutter contre l’asservissement des économies du reste du monde pour le financement du déficit commercial, de la monnaie dominante, etc.
    Bref, le monde a besoin d’un nouveau système financier international où la monnaie de référence n’appartiendrait à aucune nation, ni à aucun espace économique. Elle doit appartenir à l’ensemble des économies de ce monde: une monnaie universelle neutre, abstraite, mais une réelle unité de mesure, et une unité de compte universelle, confiée à une «BCU», une Banque centrale universelle.

     

     

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