Tribune

Les grandes leçons des sanctions politiques

Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:5174 Le 22/12/2017 | Partager

Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

Comment analyser l’intérêt soutenu de la plupart des observateurs aux prolongements fort significatifs des sanctions politiques? Les décisions de cette nature, prises par Sa Majesté Mohammed VI, découlent de plusieurs considérations. D’abord leur conformité à l’esprit et à la lettre de la Constitution approuvée par référendum le 1er juillet 2011 et qui fait du Royaume du Maroc un Etat de droit.

Ainsi, en vue de promouvoir un développement socioéconomique répondant aux besoins du peuple, une attention particulière est accordée aux projets structurants pouvant générer une industrialisation de pointe et le transfert de technologies avancées avec des retombées conséquentes.

La réussite du port de TangerMed a inspiré le projet de «Al Hoceïma Manarat Al Moutawassite» et qui avait été lancé le 17 octobre 2014, lors d’une cérémonie officielle à Tétouan et qui a vu l’engagement par signature des ministères concernés à cet effet. Or, plus de deux ans plus tard, des inspections de l’IGF, de l’Administration générale territoriale et des contrôles de la Cour des comptes, constatent la non-exécution ou commencement d’exécution d’un projet important tant aux plans régional et national que pour notre crédibilité internationale.

Il s’impose alors que cette irresponsabilité soit sanctionnée et donner lieu à l’éviction des auteurs des défaillances de leur poste de responsabilité officielle. Auparavant, Abdelilah Benkirane avait de même mis fin, en tant que chef de gouvernement, aux fonctions de quatre ministres pour des raisons dont la matérialité était évidente.

Cette reddition des comptes,  considérée à travers aussi bien sa portée effective que morale, a permis donc de sanctionner sévèrement l’irresponsabilité mais également de dénoncer les nuisances de l’inconditionnalité partisane et de combattre les errements à contre-courant de la politique nationale de notre Etat-nation.

L’exemple patent de l’inconditionnalité partisane est fourni par l’engagement inconditionnel du PI et du PPS en faveur de Benkirane alors chef de gouvernement désigné juste après les élections du 7 octobre 2016. L’aspect négatif de ce comportement, est d’additionner les faiblesses des deux côtés: de celui qui offre sans réserve son engagement et de celui qui en bénéficie; en l’occurrence aux croyances du PI et du PPS au sujet de ce prétendu complot ourdi à leur égard par des forces occultes vient s’ajouter la thèse de la victimisation chère aux adeptes de Benkirane. 

Au moment donc où une vision claire de l’avenir devait présider à la formation d’une équipe gouvernementale cohérente et experte et de sa majorité parlementaire animée à son image d’un même idéal politique, c’est le trio sus-visé qui allait officier et vouloir ôter au multipartisme son rôle constitutionnel prééminent  dans la démocratie parlementaire.
Les alliés inconditionnels du parti détenteur de la primature devaient contribuer à une monopolisation de fait du pouvoir et en partager les fruits avec lui.

D’après ces visées politiciennes, le vainqueur des législatives a le droit de substituer sa politique partisane à une politique nationale prenant en considération les programmes des composantes de la coalition. De ce fait, le recours à une coalition devient formel et arithmétique sans caractère politique, ce qui est attesté par le refus du PJD de dresser un bilan d’activité en commun à l’issue de la précédente législature.

C’est dans ces conditions que les partis de l’hémicycle parlementaire, ayant légitimement vocation de participer aux instances étatiques, aient réagi collectivement (il s’agit de 4 formations: RNI, Mouvement Populaire, UC et USFP) contre le rôle subalterne et conditionné celui-là qu’on voudrait leur réserver.

C’est par conséquent cette attitude politicienne concertée et les réactions légitimes suscitées qui ont retardé la formation du gouvernement et entraîné de graves conséquences économiques et démocratiques (chômage forcé des députés récemment élus). Certains analystes demandent avec insistance à revoir la constitutionnalité d’une telle attitude.
A l’issue de ces brèves réflexions, il serait judicieux de faire trois remarques:
- Certainement la tendance politicienne n’apparaîtrait plus de sitôt sous des formes aussi menaçantes, sérieux et bonne gouvernance inspirent désormais l’équipe dirigée par Saâdeddine El Othmani, le chef de gouvernement, laquelle semble soudée, solidaire et laborieuse. L’élection d’El Othmani comme SG de son parti est un symbole encourageant, une vision plus responsable et un libéralisme mieux conçu.
- Malgré les dérèglements climatiques, les perturbations sur le plan politique international et une conjoncture mondiale encore incertaine, notre priorité doit être le renforcement de l’appareil de production et de sa bonne distribution régionale tout en veillant au ciblage de l’inflation et au maintien du taux de change.
- Le dialogue social avec les syndicats ne pourrait qu’être reporté mais sans retard préjudiciable.

Responsabilité constitutionnelle fondamentale

Il est à spécifier par ailleurs, que le Souverain assume une responsabilité constitutionnelle fondamentale, celle de prévenir toute velléité d’instaurer au sein de notre Etat-nation une hégémonie de fait à objectif dictatorial et ce, quelle que soit sa nature religieuse, militaire ou partisane. Dans le même ordre d’idées, tous les partis doivent par idéologie constitutionnelle défendre le bon fonctionnement de la démocratie parlementaire.  Ainsi au sein du PI et du PJD, des courants politiques et des mécanismes statutaires ont permis de sanctionner leurs secrétaires généraux respectifs pour leur dérive politicienne et pour leurs déclarations intempestives à contre-courant de la politique officielle de l’Etat censés la représenter eux-mêmes.

 

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