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    Education: Moi prof, contractuel et bouche-trou

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager
    Peu de formation et d’accompagnement, et des programmes trop chargés
    Ils ne savent pas comment planifier les cours ou gérer le temps des séances
    Quelques mois après leur recrutement, ils sont obligés de changer d’école et de niveau
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    Depuis 2003, le nombre de profs a fluctué entre 218.000 et un peu plus de 230.000, alors que celui des élèves continue de progresser d’année en année. Le pic a été atteint cette année, avec 236.511 enseignants pour plus de 7,07 millions d’élèves. La rentrée 2016-2017 a été la pire selon les acteurs du système, puisque le nombre d’enseignants avait chuté à 210.367 en raison des départs à la retraite, pour 6,95 millions d’élèves. Ce  n’est qu’avec le recrutement improvisé de 11.000 contractuels que la situation s’est un peu allégée à partir de février 2017. Mais des milliers d’enfants, restés sans prof, ont perdu tout un semestre. 

    Recruter des licenciés, diplômés dans différentes disciplines, pour leur enfiler la blouse d’enseignant, sans aucune formation préalable… Une promotion de 11.000 profs contractuels en 2016-2017, suivie d’une deuxième de 24.000 cette année, affectés directement dans les classes, pour servir de bouche-trous. «La majorité sont motivés, ont envie de bien faire, mais ils n’ont pas les compétences nécessaires pour exercer. Nous essayons de les assister et de les orienter, cependant, ce n’est pas suffisant», témoigne une directrice d’école primaire à Casablanca.

    La première promotion, dont les affectations ont commencé en février dernier, n’a reçu qu’un après-midi de formation par semaine (14h à 17h), de mars à mai 2017. Durant les vacances scolaires, les nouvelles recrues ont eux droit à des formations continues de 3 jours. Trop peu pour en faire de vrais enseignants. «Les contractuels sont beaucoup plus motivés que les autres, car ils savent que sans le statut de fonctionnaire, ils peuvent être remerciés à la moindre erreur. Toutefois, ils ont besoin d’un accompagnement permanent», ajoute une deuxième directrice d’école. Seul hic, et pas des moindres, la majorité des anciens, démotivés, ont déjà baissé les bras depuis longtemps.  

    Du côté des directeurs, peu croient en ce mode de recrutement. «Ces profs contractuels ne savent même pas comment planifier les cours ou comment traiter avec les enfants», regrette le directeur d’une école dans les régions du Nord. «Pourquoi ne pas généraliser les licences professionnelles en sciences de l’éducation? Les recrutements improvisés coûtent beaucoup plus cher que la formation initiale», poursuit-il.

    Lâchés dans les classes sans y être préparés, ceux n’ayant jamais eu d’expérience dans le domaine se sont retrouvés complètement perdus. Il leur a fallu du temps pour prendre leurs marques. Du temps que des milliers d’élèves, eux, ont perdu. «Au début, c’était très difficile. Heureusement, j’ai été affectée dans une école où la directrice était très disponible», confie Karima, 34 ans, enseignante contractuelle (première promotion) à Casablanca.

    L’an dernier, elle avait en charge une classe de CP. Cette année, elle doit en chapeauter deux, de 3e et 4e année du primaire, dans un nouvel établissement. Eh oui, elle a tout de suite été réaffectée ailleurs. C’est aussi le cas de Adil, 55 ans. Il n’a jamais été enseignant, mais ayant travaillé dans des programmes d’éducation non formelle, il est un peu plus familiarisé avec le secteur. Après avoir enseigné pour les enfants du CP, cette année, en plus d’avoir changé d’école, il a reçu une classe de 6e année. «Ma plus grande difficulté au début a été de gérer des enfants de 6 ans.

    Je n’avais pas l’habitude de traiter avec cette catégorie, or, il s’agit d’une psychologie à part. Je devais d’abord gagner leur confiance», livre-t-il. Ce changement brusque d’établissement et de niveau scolaire ne leur facilite pas la tâche. «Il aurait fallu qu’on leur offre plus de stabilité afin de faciliter leur apprentissage», estime le directeur d’école.

    Avec la préparation ex nihilo des cours, les quelques formations reçues et l’examen qu’ils ont passé en ce mois de septembre, la majorité sont déjà sous pression. «Les programmes sont, également, trop chargés et il faut savoir gérer le temps. C’est difficile, même pour les anciens», relève Karima. Avec des effectifs de 35 à 45 élèves par classe, la situation est d’autant plus compliquée.
    Nous aurons beau concevoir les meilleures stratégies et servir les plus beaux discours, tant que le dispositif de formation (initiale et continue), de sélection et de motivation des enseignants n’est pas réinventé, rien ne changera.

    Comment les motiver?

    Payés à 5.000 DH par mois, mis sous pression et peu encadrés, les profs contractuels peuvent-ils maintenir longtemps leur motivation. «Contrairement à l’an dernier, où nous pouvions choisir nos affectations en fonction du mérite, cette année, les mutations n’ont répondu à aucune logique», regrette, par ailleurs, Karima. «Dans ma délégation, des personnes moins bien classées que moi dans l’examen de recrutement ont bénéficié d’affectations beaucoup plus avantageuses», confie une deuxième enseignante à Casablanca.
    Beaucoup parmi les contractuels ont décidé d’intégrer l’enseignement public afin de bénéficier de la couverture médicale, et d’accéder aux avantages de la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’éducation-formation. Mais ce ne sont pas là les seules choses qui comptent. S’ils sont poussés à bout, ils finiront, comme leurs prédécesseurs, démotivés et démissionnaires.

     

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