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    Tribune

    Tanger Tech, une nouvelle génération de villes nouvelles

    Par Mostafa KHEIREDDINE | Edition N°:5075 Le 28/07/2017 | Partager

    Mostafa Kheireddine, urbaniste senior/Université de Montréal et chercheur en sciences de la ville (Ph. M.K.)

    AVEC la mise en œuvre du projet de la cité baptisée «Ville Mohammed VI Tanger Tech», le Maroc s’inscrit dans une nouvelle ère de villes nouvelles qui s’adossent à des leviers à forte valeur ajoutée socioéconomique. Il s’agit de l’écologie et le savoir pour «l’Eco-cité de Zenata» et «la Ville verte Mohammed VI de Benguerir», la recherche et l’innovation pour «le Pôle urbain de Mazagan» et de la technologie et l’industrie pour la «Cité Mohammed VI Tanger Tech». 
    Quels sont les motifs qui ont présidé à ce choix stratégique et quels garde-fous faut-il instaurer, pour assurer la durabilité et la viabilité à ce nouveau modèle urbain? Telles sont les questions auxquelles la présente contribution entend apporter quelques éléments de réponse.

    Les villes nouvelles orientées «habitat», un modèle en essoufflement

    Des villes axées sur le potentiel naturel et historique (balnéaire, médina), l’armature urbaine nationale s’enrichit avec une nouvelle génération de villes nouvelles qui s’inscrivent dans les chaînes de valeur internationale (savoir, innovation, technologie, écologie et néo-industrie). 
    L’expérience de la «Ville verte Mohammed VI de Benguerir» est, de l’avis de beaucoup d’experts et professionnels, très édifiante. Résolument tournée vers le développement d’un modèle urbain axé sur le respect de l’environnement et les énergies renouvelables, cette ville verte a réussi son pari en faisant du rapprochement entre l’université et la ville une réalité pour le développement urbain, et ce par la création du pôle universitaire polytechnique Mohammed VI, répondant aux grands défis (eau, énergie, développement durable).
    Aussi, la ville nouvelle de Zenata abonde-t-elle dans le même sens, aussi bien dans la conception que dans les options d’aménagement retenues, en consacrant les principes du développement durable de l’éco-cité et en optant pour l’implémentation de quatre pôles à forte valeur ajoutée (éducation, santé, commerce et logistique). 
    Placée sous le signe de la technologie et de l’industrie, la «Cité Mohammed VI Tanger Tech» est une consécration déterminante d’un choix stratégique pour l’aire métropolitaine du détroit, voire de la région, qui connaît, depuis une quinzaine d’années, un essor socioéconomique sans précédent.
    Bénie par sa position géographique à quelques dizaines de kilomètres de l’Europe, carrefour d’un hub de transbordement fluvial, et connectée à une infrastructure à rayonnement national et international (autoroutes, LGV, aéroport, et ports de Tanger-Médina et TangerMed), la Cité Mohammed VI Tanger Tech a tous les atouts pour s’intégrer dans un réseau d’échanges à l’échelle internationale. 
    Prévue sur une superficie de 2.000 ha, la Cité «Mohammed VI Tanger Tech» sera développée sur 10 ans et constituera un bassin d’activités pour 100.000 emplois. Pour les promoteurs du projet, 10 milliards de dollars seront investis sur un horizon temporel de 10 ans.
    De par son étendue et l’ambition de ses promoteurs sino-marocains, cette mégapole industrielle se positionne comme une ville nouvelle à rayonnement régional, national et international. Au niveau régional, le projet est porteur d’une nouvelle échelle territoriale à fort impact urbanistique et socioéconomique sur l’aire métropolitaine de Tanger. Sur le plan national, cette nouvelle cité s’inscrira en droite ligne dans  l’une des options stratégiques du Schéma National de l’Aménagement du Territoire (SNAT), à savoir le partage des équipements structurants, la promotion d’activité et la création de bi-pôles urbains. Aussi convient-il de souligner qu’avec l’implantation des multinationales et des entreprises de haute technologie, c’est l’ensemble de la région qui en tirera bénéfice. Ce qui ne manquera pas de positionner davantage cet espace régional à l’échelle  internationale. Ce sont là des contre-exemples par rapport aux pratiques suivies jusqu’à aujourd’hui pour le programme des villes nouvelles où tout était axé sur l’habitat, ce qui a donné naissance à des pôles urbains inertes et sans assise économique.
    En adossant la ville nouvelle à une activité à forte valeur ajoutée et à des équipements structurants, et en assurant les connexions nécessaires à ces espaces de vie, il va de soi que ces établissements humains seront des territoires socialement inclusifs et économiquement viables. 
    Conçu pour répondre à un double objectifs, en l’occurrence faire face à un déficit  en logement et contribuer à l’éradication des bidonvilles, le programme des villes nouvelles, initié en 2004 et prévoyant la réalisation de 15 villes nouvelles, a buté sur une gouvernance et des choix stratégiques approximatifs. 
    Pour preuve, ce programme à forte connotation résidentielle, et ouvert sur des milliers d’hectares, peine à faire ses preuves, faute, d’une part, d’infrastructures et d’équipements collectifs et, d’autre part, d’activités économiques, capables à même de drainer une population en quête d’un logement. Pour illustrer nos propos, la ville nouvelle de Tamesna attend depuis 2010 la réalisation de la voie de connexion avec Rabat, condition sine qua non pour sa relance.
    De par le monde, l’expérience des villes nouvelles renseigne que le portage politique et économique est primordial. Car la temporalité est un déterminant essentiel à prendre en compte. En effet, si la ville se vit sur le temps court, en revanche, elle se construit sur le temps long. 
    Accouplé au partenariat public-privé et à l’adhésion des acteurs institutionnels et socio-économiques, ce portage politique, de surcroît quand il est au plus haut niveau de l’Etat, est un gage de réussite aux projets.

     

    Pour un système de planification urbaine «smart»

    LA réussite de cette nouvelle génération de villes nouvelles nécessite, certes, un portage politique, mais surtout une assise économique axée sur des partenariats public-privé efficients et durables, et un système de planification urbaine «smart».  
    Voulu comme une réponse aux différentes formes d’exclusions sociales et spatiales générées par un système de planification ayant fait preuve de ses limites, le modèle préconisé permet de passer du zonage fonctionnel, qui prévaut dans l’urbanisme depuis fort longtemps, à la ville intégrée et à fonction (industrielle/technologique /écologique...). 
    L’archaïsme dans l’adoption des instruments de planification, l’obsolescence programmée (un plan d’aménagement a de forte chance qu’il soit dépassé dès sa naissance), et la faible articulation entre les documents d’urbanisme sont les faits saillants d’un système de planification inerte qui a besoin d’une mue à défaut d’un changement de logiciel.

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