Competences & rh

Les dirigeants malheureux au travail!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5035 Le 31/05/2017 | Partager
60% sont découragés et épuisés, selon la dernière enquête de Rekrute.com
Si 48% sont attachés à leur entreprise, le tiers ressent de l’indifférence ou du rejet
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Du stress, de la fatigue morale, de la fatigue chronique et des insomnies. Voilà ce que procure le poste de manager à 55% des dirigeants sondés. Seuls 27% y trouvent du bonheur et du plaisir

Pour endosser le costume de dirigeant, il faut avoir les épaules bien larges, mais surtout, être motivé, engagé et passionné. Pourtant, c’est loin d’être le cas d’une bonne partie des managers. C’est ce que vient de relever la dernière enquête du cabinet Rekrute.com, menée auprès de 120 directeurs et DG de différents secteurs et types de structures. La majorité justifie d’une expérience de 15 ans et plus (74%).

Six sur dix ne sont pas vraiment heureux au travail, selon l’enquête. Près du quart (23%) trouvent leur vie professionnelle décourageante, 18% la jugent épuisante, tandis que 19% restent neutres. Seuls 19% et 21%  déclarent respectivement avoir une vie professionnelle stimulante et agréable.

Leur travail ne leur procure pas de bonheur ou du plaisir, loin de là. Il s’agit plus pour eux d’une source de stress, de fatigue chronique et d’insomnies (voir illustration). «La vie d’un dirigeant n’a jamais été un long fleuve tranquille. Cela dit, depuis la crise de 2008, les attentes à leur égard sont beaucoup plus fortes», explique Mohamed Tassafout, membre du bureau national de l’Agef (Association nationale des gestionnaires et formateurs des ressources humaines), DRH de Delattre Levivier Maroc (DLM). La situation est telle que les dirigeants se trouvent sous haute pression, d’autant plus que la crise attise les tensions entre managers et salariés.

Leur vie professionnelle empiète souvent sur leur vie personnelle. 65% avouent être incapables de trouver un équilibre entre les deux. Leurs structures ne les aident pas à s’en sortir. 62% ne prennent aucune mesure pour améliorer le bien-être au travail. «Il s’agit d’une notion toujours embryonnaire au Maroc. Nous en sommes encore à la logique de performance», note Tassafout. 

Globalement, les managers sont moyennement satisfaits de leur entreprise actuelle. Pour les salaires, ils attribuent une note de 12,24/20 (6/10 à leur propre rémunération), contre 11,96 pour les mesures destinées à encourager leurs efforts. Les avantages offerts ne semblent pas trop les emballer non plus. Ils leur mettent une note de 11,44. 

Malgré cette situation, près de la moitié (48%) des dirigeants se disent attachés à leurs entreprises, tandis que 18% déclarent ressentir de la fierté d’y appartenir. «Cela signifie que seules 18% des entreprises optent pour un management basé sur des valeurs émotionnelles et humaines, à même de fidéliser et de susciter de la fierté. Car dans les 48%, l’on peut trouver des gens fidélisés par la rémunération», regrette Khalid Jababdi, DRH de Uniforce/Forum, groupe Medtech. 24% ressentent de l’indifférence et 10% du rejet.

Côté business, en revanche, la tendance est plutôt à l’optimisme. 38% s’attendent à une légère amélioration de la conjoncture, 7% à de forts progrès et 27% à une stabilité. 83% prévoient un bon chiffre d’affaires à moyen et long terme.

                                                                

Individualistes les patrons?

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Leurs missions, leur salaire et le chiffre d’affaires de leur entreprise. C’est ce qui motive le plus les dirigeants. L’ambiance de travail, ou encore les relations avec les collaborateurs, ce n’est pas ce qui leur importe le plus. Sont-ils finalement individualistes les dirigeants? Préfèrent-ils manager du haut de leur tour d’ivoire? «Des études le prouvent, les gens qui progressent rapidement sont souvent des égoïstes.

En général, les patrons justifient d’une expérience minimum de 10 ans et sont âgés de plus de 40 ans. A cet âge, ils ont tendance à se recentrer sur eux-mêmes. Mais cela ne devrait pas être le cas, car toute l’entreprise repose sur eux», pense Amine Oulahyane, vice-président de l’Agef, DRH d’Atlas Copco. En effet, c’est à eux qu’il revient de véhiculer les valeurs de la société et de galvaniser les troupes. Or, uniquement 5% des managers interrogés citent la relation avec les collègues et les collaborateurs comme une source de motivation. 

«Le dirigeant par définition a un lien profond avec la solitude. Néanmoins, elle ne doit pas être synonyme d’égoïsme», pense, pour sa part, Mohamed Tassafout, DRH de DLM. «De toutes les façons, celui qui est égoïste ne peut être durablement performant. Il s’épuisera trop vite, puisqu’il s’obligera à tout faire à la place des autres», conclut-il.

                                                                

Ce qu’en pensent les DRH

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■ Mohamed Tassafout, vice-président de l’Agef, DRH de DLM: «Depuis la crise de 2008, les attentes à l’égard des dirigeants se sont amplifiées. Mais il existe différentes manières d’appréhender la responsabilité. L’on peut lire l’opportunité, comme l’on peut se braquer sur les contraintes. La mission du dirigeant n’est pas forcément simple. Elle s’apparente à celle d’un sportif de haut niveau, sauf qu’elle s’étale sur la durée, et ce n’est pas évident».

 
 

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■ Khalid Jababdi, DRH Uniforce/Forum, groupe Medtech: «La crise économique a créé beaucoup de tensions au sein des entreprises. Les managers sont plus exigeants et plus susceptibles, tandis que les salariés sont plus démotivés. Or, dans ce genre de contexte, il faut manager autrement, en essayant de rassembler les équipes et de miser sur des valeurs humaines. Et quand le discours est sincère, le résultat est immédiat. D’ailleurs, il ne faut pas attendre la crise pour fidéliser ses collaborateurs».

 
■ Amine Oulahyane, DRH d’Atlas Copco: «Dans les multinationales où la stratégie est arrêtée, où les missions sont définies et les process clairs, le niveau de

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stress est mesuré quel que soit le degré de difficulté. Ce n’est pas le cas dans les entreprises où l’on vous nomme sans que vous ayez de visibilité sur l’avenir, ni de réels pouvoirs pour exercer vos fonctions. La majorité des DG sont malheureusement dans cette configuration. Même dans les sociétés cotées, il n’est pas exclu de trouver un DG avec un pouvoir limité, du fait de la présence permanente de contrôleurs et d’auditeurs. Ils ne peuvent donc pas s’épanouir ni développer de sentiment d’appartenance vis-à-vis de leur structure».

 

 

 

 

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