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    Tribune

    Chômage des jeunes en Afrique: Enjeu de sécurité ?

    Par Jamal BELAHRACH | Edition N°:4953 Le 03/02/2017 | Partager

    Ancien DG de la filiale marocaine de Manpower, Jamal Belahrach a été, un temps très court, DRH à l’OCP. Poste qu’il a quitté en décembre dernier. Il a été aussi président de la Commission emploi et relations sociales à la CGEM, membre du conseil de la CGEM et président fondateur de la Fédération nationale des entreprises de travail temporaire (FNETT) et du Centre des jeunes dirigeants au Maroc (CJD). Il a initié la couverture maladie et la bancarisation pour les salariés temporaires et le projet de loi sur le travail temporaire. Il a posé le concept de «flexibilité responsable» pas encore exploité par le monde politique et économique (Ph. JB)  

    En 2017, continuer à aborder la question de l’emploi sous l’angle social et économique ne suffit plus. Face au désordre mondial, aux populismes, aux obscurantistes de toutes sortes, le changement de paradigme s’impose à tous.
    Dans un environnement vulnérable, incertain, complexe et ambigu, notre défi sociétal consiste à redessiner les contours d’une société nouvelle dans laquelle chacun peut exprimer sa dignité sans tomber dans les bras des chasseurs de déclassés sociaux, des égarés idéologiques qui recrutent pour créer un pseudo nouvel ordre civilisationnel sans issue.
    Mais, en réalité, par notre propension à voir le monde tel que nous le pensons plutôt que tel qu’il est, nous avons tous et toutes une coresponsabilité. Entrer dans le réel et y rester, voilà notre nouveau défi. Cet ancrage devient vital si nous voulons que les valeurs et le sens reprennent le pouvoir sur le chacun pour soi et l’ignorance.
    Notre combat est de faire barrage à cet autre monde plus égoïste, plus communautaire, plus xénophobe, plus misérabiliste, plus fataliste, plus nihiliste.
    L’ordre mondial change. Les faibles d’hier commencent à prendre des couleurs et les forts d’hier déploient des stratagèmes pour continuer d’exister…sans se remettre en cause. Le changement de leadership aux Etats-Unis, le repositionnement de la Russie, la faiblesse de l’Europe, le Brexit, le ralentissement de la croissance chinoise et ses impacts sur le reste du monde (cette même Chine qui fait la promotion de la mondialisation aujourd’hui) et la liste est longue: tous ces bouleversements doivent nous amener à nous poser les bonnes questions et nous focaliser sur les vrais sujets.
    Parmi les faibles d’hier, il y a notre continent, l’Afrique. Ou plutôt LES Afrique. Car notre continent est pluriel et toute approche monolithique serait vouée à l’échec.  

    Où en sommes-nous?

    Il est vrai que, durant des décennies, l’Afrique était regardée à travers le prisme de la pauvreté, des guerres ou des dictatures…Il semble que les regards aient non seulement changé, mais aussi que l’Afrique aiguise les appétits des puissances mondiales, ce que l’on peut comprendre au vu de certains éléments factuels:
    1. l’Afrique a affiché un dynamisme patent au cours des dix dernières années et un taux de croissance remarquable de 6 à 7 % avant la crise;
    2. l’Afrique est un continent jeune en pleine transition démographique – celle qui offre aux deux ou trois prochaines décennies une chance de transformer ce dividende démographique en croissance et richesse économiques;
    3. le continent a connu un remarquable développement en matière de nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment la téléphonie mobile;
    4. l’Afrique dispose d’abondantes terres arables pour le développement de son agriculture, et le continent possède de véritables ressources naturelles et minières;
    5. l’Afrique est dotée d’une classe moyenne grandissante et d’une forte urbanisation de sa population.
    Cependant, ces points d’appui ne doivent pas occulter les faiblesses qui mettent en péril le décollage durable de notre continent. Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on…
    La croissance économique n’a pas réussi à générer suffisamment d’emplois formels pour faire face à une entrée massive des jeunes et des femmes sur le marché du travail. Et pour satisfaire les demandes des travailleurs diplômés et qualifiés. Cette croissance n’est pas inclusive.
    Comment, en tant que responsables, leaders d’opinion, acteurs de la société civile et du progrès, peut-on rester inertes face à̀ ce fléau qu’est le manque d’emplois, en particulier pour la jeunesse d’un continent en devenir?
    L’emploi ne se crée pas par décret mais par les entreprises qui ont besoin d’un cadre dynamique, compétitif et flexible pour générer une croissance durable. L’enjeu du chômage mérite que nous passions d’une posture dogmatique à une attitude plus pragmatique et plus socialement responsable. D’où une véritable mobilisation de toutes les parties prenantes: Etat, employeurs et syndicats.
    Cette mobilisation ne doit être ni une simple posture, ni une énième stratégie nationale, mais bien un nouveau contrat social pour une société nouvelle du travail.
    Nous devons être prêts à revisiter notre approche et nos programmes, et à identifier les principales voies pour créer cette nouvelle société du travail et donc, de nouveaux emplois et de nouveaux métiers. Notre population active va doubler à l’horizon 2050: soit 1 milliard de personnes en capacité de travailler!
    Secteur agricole, environnement, milieu rural, industrie, services, éducation, numérique…: sur notre continent, tous ces secteurs sont porteurs, à condition de mettre en place les mécanismes nécessaires pour favoriser leur émergence.
    Si les parties prenantes prennent véritablement conscience de l’enjeu, alors il est possible de mobiliser le continent sur cette question de l’emploi qui doit fédérer les 54 pays. De la BAD à l’Union Européenne, en passant par l’Union Africaine et l’ensemble des acteurs sociaux, l’heure est à la synergie et à l’unité face à ce fléau.
    Soulignons par ailleurs que l’une des réponses aux problèmes des flux migratoires est la création d’emplois durables dans les pays d’origine.
    De manière très concrète, avec le Bureau international du Travail (BIT), l’Organisation internationale des employeurs (OIE) et la contribution des syndicats africains, nous avons pris l’initiative de créer une fondation pour accompagner les parties prenantes sur cette problématique de l’emploi.
    La fondation Jobs For Africa a pour ambition d’être ce catalyseur, fédérateur et Think Tank qui créera les conditions de la mobilisation et produira les idées dans le cadre d’une intelligence collective avec les talents africains qui connaissent mieux leurs environnements respectifs.
    L’emploi n’est plus un problème économique ou social, mais devient un enjeu de sécurité national pour tous nos pays africains. Il est urgent de lancer une réelle mobilisation à l’échelle du continent et que chaque pays prenne conscience des dangers de l’immobilisme sur la question de l’emploi, de l’éducation et de la formation.
    L’immobilisme des uns favorise l’activisme des autres… A quand le réveil?

                                                                                            

    Prendre la mesure de la gravité de notre situation continentale

    Nous allons devoir faire face à des défis majeurs:
    Le chômage des jeunes, principale source de troubles sociaux et d’instabilité;
    Le taux de sous-emploi et du travail dans l’économie informelle est estimé à 50 à 70 % de la population active africaine;
    Le développement continu de l’économie informelle;
    L’inadéquation entre la formation et les besoins en compétences des entreprises;
    La capacité productive est faible et la balance commerciale est déficitaire à 80 % (exportation de matières premières sans valeur et importation de produits manufacturés);
    Regardons quelques chiffres pour étayer le propos et prendre la mesure de la gravité de notre situation continentale.
    1 million de jeunes arrivent chaque mois sur le marché du travail
    Notre population active s’accroît de 18 millions chaque année
    70 % des Africains ont moins de 25 ans
    80 % des emplois sont dans l’informel
    200 millions d’habitants sont âgés de 15 à 24 ans
    550 millions de personnes sur notre continent sont en âge de travailler. En 2050, on atteindra 1 milliard, dépassant ainsi la Chine et l’Inde
    sur 73 millions d’emplois créés sur notre continent, seuls 16 millions ont concerné les jeunes.
    Avec ces chiffres, nous avons la population la plus jeune du monde. Ce qui constitue un avantage concurrentiel évident si nous savons apporter les bonnes réponses et offrir des perspectives à cette jeunesse.o

     

     

     

     

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