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    Reportage

    Moyen Atlas: L’éternelle malédiction d’un hiver rigoureux!

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4923 Le 23/12/2016 | Partager
    En ce mois de décembre, plusieurs localités au Moyen Atlas sont enclavées par la neige
    Même pas un dispensaire et une école à Aït Boumzil, à 80 km de Khénifra
    Des routes barrées
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    A Ait Boumzil, le bois se fait rare en ce moment. Le quintal coûte 1.000 DH dans cette localité très pauvre

    Le visiteur au Moyen Atlas en ce mois de décembre 2016 ne peut qu’être frappé... en plus du froid et de la neige qui s’abattent sur cette région du Maroc chaque hiver et qui provoquent chaque année d’innombrables dégâts (coupure des routes, isolement complet de villages du reste de la région, décès…), par la pauvreté et le chômage des jeunes diplômés. Mais il y a encore pire, certaines localités, voire régions, souffrent d’un déficit flagrant en infrastructures de base: une école, un hôpital ou dispensaire, une maison de jeunes...
    Que dire des infrastructures de sport et de divertissement! Seul espoir, cette année: des précipitations importantes de pluie rendent confiance aux habitants quant à leurs récoltes, avec, en perspective, les opportunités d’un travail saisonnier. La région, s’étendant de Béni-Mellal jusqu’à Ifrane (quelque 225 km), connaît, en effet, cette année, contrairement aux deux années précédentes, une pluviométrie abondante, beaucoup de neige, et les petits paysans espèrent un bon rendement de blé et d’orge, leur principale culture, non pas pour les commercialiser comme ailleurs et en tirer des revenus, mais principalement pour leur propre consommation et celle de leur bétail. Le patrimoine forestier du Moyen Atlas est très riche avec ses 65.000 ha de cédraie, mais ces petits paysans n’en tirent que des miettes.

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    Des chaumières perchées au milieu de nulle part et enclavées. La population des Aït Ishak vit uniquement des moussems d’été.  Mais elle reste digne, et ne laisse jamais un proche mourir de faim

    Kasba Tadla, le bouquet de blé

    On est à Kasba Tadla (le bouquet de blé en langue amazighe), petite ville de la province de Béni-Mellal (loin de 28 km) dont elle relève administrativement. La localité est la porte d’entrée du Moyen Atlas proprement dit. Juste à l’entrée de la ville, nous rencontrons un café avec terrasse où quelques jeunes sirotent du thé, se retournent les pouces. Dans cette petite ville de quelque 40.000 habitants, les ressources sont dérisoires et les gens comptent sur la pluie pour trouver du travail. Quand la saison agricole est bonne, ils vont dans les fermes avoisinantes faire la cueillette des olives et des oranges, ou travailler dans des champs de betterave. Comme partout ailleurs au Maroc, Kasba Tadla a son lot de diplômés chômeurs. Le serveur dans ce café en est un.
    Après son bac, il a fait l’Ecole supérieure de technologie (EST) de Béni-Mellal et a obtenu, au bout de trois ans (en 2015), un diplôme de technicien spécialisé. Il a envoyé une cinquantaine de CV... point de travail. Il se résigne alors à rester sur place et à travailler en tant que garçon de café, pour subvenir aux besoins de sa famille. «C’est une ville sinistrée, où la pauvreté et le chômage sont plus importants que dans toute la région du Moyen Atlas. Ici, je gagne 35 dirhams par jour, pas assez pour assurer mes besoins et ceux de ma famille», se plaint Issam, c’est son prénom. «Il y a à peine quelques années, l’activité économique était plus ou moins florissante, et il y avait davantage de travail, mais depuis la fermeture de l’usine, c’est la mort lente de cette ville», poursuit-il. Notre interlocuteur fait allusion à l’usine Icoz, naguère installée sur deux sites (Oued Zem et Kasba Tadla), fleuron du textile marocain aux années 1990, dont l’exportation atteignait  plus de 60% de sa production, et qui a baissé le rideau en 1997, deux ans après sa cession par l’Etat au privé. Le millier de salariés qui y travaillaient se sont retrouvés du jour au lendemain à la rue, sans ressources. C’est le début de la descente aux enfers de Kasba Tadla.
    Juste en face du café où travaille Issam, un édifice imposant attire l’attention du visiteur, c’est l’hôpital Moulay Ismail, inauguré en 1987, et, juste à proximité, un centre social où une cinquantaine de Tadlaouis y suivent leurs cours de broderie et d’informatique. Les quelques habitants rencontrés se plaignent du manque d’équipements et de ressources humaines dans cet hôpital, en dépit de quelques dons de bienfaiteurs. Mais l’hôpital, même avec quelques équipements de base, sans ressources humaines suffisantes, reste «une coquille vide», commente avec ironie Jamal Benja, membre d’une association locale. Il a cependant le mérite d’exister, des femmes de la ville et des environs viennent y accoucher, «pas beaucoup, la

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    grande majorité est dirigée plutôt vers Béni-Mellal», interrompt Jamal.
    Il y a aussi des malades d’insuffisances rénales qui y viennent se faire prodiguer des soins. Fatema, une quinquagénaire, mère de cinq filles et d’un garçon, en sort justement ce matin après avoir subi une séance de dialyse. Elle s’adresse à nous pour avoir de quoi payer son transport jusqu’à Souk Sebt, dans la province de Fquih Ben Salah où elle habite, situé à 70 km de Kasba Tadla. Pourquoi n’ira-t-elle pas à Béni-Mellal, plus proche? «Il n’y a pas assez de places», soupire-t-elle. Il lui faut donc parcourir toute cette distance, deux fois par semaine, pour avoir droit à ses séances de dialyse qui lui coûtent 700 DH, sans parler du transport en taxi qui lui coûte 40 DH aller-retour.
    Comme dans tout le Moyen Atlas, l’hiver est rigoureux à Kasba Tadla. Il ne neige pas intramuros, mais la neige est à proximité sur les altitudes de plus de 1.500 mètres, dans des villages comme El Kbab et Aghbala (les deux relevant de la province de Khénifra), et ses effluves atteignent les chaumières à Kasba Tadla.
    A part une minorité qui dispose d’un système de chauffage moderne, le reste de la population se rabat sur le bois pour se chauffer, et, surtout, sur le charbon puisqu’il se consume moins vite et il est plus économique (un quintal de bois coûte dans les 1.000 DH). Nous nous dirigeons vers le centre de la ville. Nous traversons un terrain vague et un quartier appelé «El Mars» où des maisons HLM sont construites en 2002 à la place de dizaines de baraques en tôle ondulée. Là aussi, la visite du Roi dans la région a été déterminante dans cette métamorphose. Sans oublier le travail de sensibilisation et de lobbying de la société civile dans les transformations que connaît ce bourg ces dernières années. En 2010, un sit-in d’une dizaine de jours devant la bachaouiya de la ville, organisé par les acteurs associatifs, dont la section locale de l’AMDH, pour étendre le réseau de distribution d’eau et d’électricité aux quartiers non couverts, a donné ses fruits.
    Un autre aspect de Kasba Tadla mérite le détour. Qu’en est-il de la mémoire juive? Nous posons la question aux Tadlaouis. Pas grand-chose: un mellah où il n’y a plus la moindre trace des juifs berbères, eux qui avaient pourtant habité massivement la ville (et tout le Moyen Atlas) avant qu’ils ne soient poussés vers l’exil en Israël et ailleurs aux années 1960. Et un cimetière qui résiste à l’outrage du temps et de l’oubli, vers lequel se dirigent chaque année des descendants de cette communauté pour se recueillir sur les tombes de leurs aïeuxs. Il n’y a plus aucun juif dans la ville, mais plusieurs douars et bourgs dans la région de Kasba Tadla portent encore des noms à connotation judaïque, dont le village Aït Daoud ou Moussa, à quelques encablure de Kasba Tadla. «La mémoire juive est encore présente, ne serait-ce que parce que nombre de juifs se sont convertis à l’islam. Ma mère est issue du village Aït Daoud ou Moussa et le sang de cette communauté juive coule dans ses veines», rappelle sans complexe Jamal.
    Comme à Kasba Tadla, ou plus encore, cette mémoire juive s’est estompée à Aït Ishak. Aucune trace d’un cimetière, d’une synagogue ou d’un mellah. Pourtant, selon la légende, le bourg, qui s’appelait auparavant Zaouia Dilaia, du nom de la confrérie qui avait étendu sa puissance au milieu du 17e siècle sur tout le Moyen Atlas jusqu’à Fès, serait fondé par un guérisseur berbère de confession juive portant le nom d’Ishak. Il aurait planté sa tente sur une colline aux environs, et des milliers de malades dans la région se dirigeaient vers lui pour se faire soigner.

    A Aït Ishak, une société civile à pied d’œuvre

    A 67 kilomètres de Kasba Tadla, sur la même route nationale 8 reliant Marrakech à Meknès, se trouve donc Aït Ishak, une commune rurale relevant de la province de Khénifra de quelque 20.000 habitants. Comme sa voisine Kasba Tadla, elle connaît

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    Entre Ajdir et Aït Boumzil, la route est impraticable, lorsqu’elle n’est pas complètement barrée. Anfgou est certes mondialement connue, mais Aït Boumzil est pire encore

    un chômage important de jeunes diplômés. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’obtenir un job dans les grandes agglomérations se résignent à rester sur place, oisifs. D’autres, les entreprenants parmi eux, se mobilisent dans des projets de développement local. Une trentaine d’ONG sont à pied d’œuvre pour améliorer la situation socioéconomique et éducative et valoriser la culture amazighe de cette petite ville au cœur du Moyen Atlas.
    Comme à Kasba Tadla avec la fermeture de l’usine Icoz, Aït Ishak s’enfonce encore plus dans la précarité avec la fermeture de la sienne en 2014. Une soixantaine de salariés sont licenciés, et des dizaines de familles se retrouvent subitement sans ressources. Les travailleurs licenciés réclament jusqu’à aujourd’hui réparation du préjudice, l’affaire est encore devant la justice. Dans cette commune où la population est à 100% berbère, le revenu moyen quotidien par habitant ne dépasse pas 50 DH, quand la pluie est au rendez-vous bien entendu, mais la scolarité des enfants reste primordiale, en dépit de la modicité des moyens.
    La pauvreté, comme partout au Moyen Atlas, est palpable, et la localité vit au rythme de petits commerces, du Moussem Sid El Makhfi qui s’y tient annuellement, et du festival Aït Ishak qui a lieu au mois d’août de chaque année. Mais la ville n’a pas l’air de souffrir d’une misère absolue. On est en tout cas loin de la situation d’Anfgou, à 200 km de Khénifra, le village qui se coupe du reste du Maroc quand il y a des  chutes abondantes de neige, et où la mort, suite au froid et au manque de soins médicaux, avait fauché, en 2007, une trentaine de personnes, dont 8 enfants.  Ici, à Aït Ishak, la ville est au moins reliée au réseau routier. C’est un passage obligé entre Marrakech et Meknès, et elle est bien approvisionnée en produits alimentaires. «Oui, il n’y a pas une pauvreté absolue, mais tout le monde compte sur la solidarité familiale, de l’argent vient de l’étranger de parents qui ont émigré. Ici, on ne laisse pas un proche mourir de faim», martèle Larabi.
    La population rencontrée se plaint de deux choses à Aït Ishak: de la faiblesse des infrastructures sanitaires qui sont en deçà des besoins. La commune possède en effet un centre pour les soins de base et un médecin pour toute la région. «Autant dire que pour les interventions importantes et complexes, la ville est démunie...», se plaint-on. En juin 2015, la ville s’émeut après le décès d’un malade, Moha Attou. La version avancée? Des négligences du centre hospitalier qui n’aurait pas su prodiguer à temps les soins nécessaires. Une manifestation est alors organisée devant l’hôpital de la ville pour dénoncer les défaillances du service de santé. La deuxième chose dont on se plaint: l’eau courante qui n’est pas acheminée à toutes les maisons, et une bonne partie de la population ne possède pas de robinet chez elle. En plus, un rationnement de l’eau courante est imposé pendant l’été, les habitants ne peuvent en être servis que deux ou trois heures par jour. C’est un paradoxe pour une ville bien irriguée qui possède une nappe d’eau considérée parmi les meilleures du pays. Le fleuve «Oum Errabiâ» venant des sources éponymes jaillissant des montagnes à quelques dizaines de kilomètres, pour ne citer que le plus grand, traverse la ville et l’eau est en abondance.

    Un autre Anfgou, le village Aït Boumzil

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    Une mère qui chauffe à longueur de journée sa maisonnée par un brasero de fortune

    D’Aït Iskak nous nous rendons à Khénifra (une vingtaine de kilomètres plus loin en allant vers Meknès), la capitale du Moyen Atlas et des Zayanes, la plus grande agglomération, et la plus peuplée de la région (222.000 habitants, selon le recensement de 2014). La ville connaît depuis une dizaine d’années un développement urbanistique qualifié de «sauvage», en raison d’un exode rural massif et de l’absence d’une politique urbaine. D’où la prolifération anarchique d’habitations insalubres dans les zones périurbaines. L’objectif de notre visite est, surtout, de glaner des échos sur le village Anfgou (province de Midelt), à 200 km de la ville, et éventuellement sur d’autres bourgs dans la région qui souffriraient de la même rigueur du froid, des affres de la misère et de peu de centres de santé. En ce mois de décembre 2016, les routes menant à Anfgou, dans la province de Midelt, sont coupées par la neige comme chaque année, mais on n’a pas déploré de morts comme les années précédentes.

    Hôpital militaire mobile

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    La mémoire juive est encore présente. Un cimetière qui résiste à l’outrage du temps et de l’oubli, vers lequel se dirigent chaque année des descendants de la communauté pour se recueillir sur les tombes de leurs aïeux

    Le bourg et ses 1.200 habitants reviennent de loin depuis la visite du Roi en 2008. «Si la population reste sous-alimentée et sous-équipée, elle dispose désormais au moins d’un hôpital militaire mobile pour venir en aide aux cas les plus urgents», remarque Youssef Bouzekraoui, chargé de programme au sein de l’association Alanqae pour la culture et le développement social. Au mois de novembre dernier, pour éviter que le drame des années 2007 et 2008 ne se reproduise, cette unité mobile composée de généralistes, de sages-femmes ou d’infirmiers, a été en effet installée suite aux instructions royales, et des opération d’hébergement ont été menées par les autorités locales et la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Néanmoins, le village n’est pas sorti de l’auberge. S’il dispose désormais d’une école primaire avec internat et d’un dispensaire, s’il est relié aux réseaux d’électricité et de téléphonie, «ses conditions de vie n’ont sensiblement pas changé, il est en tout cas loin, comme d’ailleurs Khénifra, d’avoir bénéficié du programme Maroc Vert du ministère de l’Agriculture», remarque Bouzekraoui qui connaît bien la région. Et d’ajouter que des Anfgou existent dans plusieurs endroits au Moyen Atlas. Par exemple? «Le village Aït Boumzil ou Ouchnim, à 80 km de Khénifra», répond-il sans hésitation. S’y rendre pour entériner de visu les dires de cet acteur associatif nous a tenté, hélas c’était impossible. Le village en question est situé à 80 km de Khénifra (sur la même route qui mène à Ajdir, là où le Roi Mohammed VI avait prononcé son fameux discours de création de l’Institut royal de la culture amazighe -IRCAM-), et les voies d’accès sont coupées par la neige.
    «La route y menant est impraticable, sinon par des pick-up ou en 4×4, une bonne vingtaine de kilomètres est une piste, et Aït Boumzil est coupée du reste de la région quand la neige est abondante. C’est le cas de cette année». Il n’y existe en deuxième lieu pas le moindre dispensaire pour soigner les gens, «quand il y a des complications dans l’accouchement, les femmes enceintes et leurs bébés sont en danger absolu. Certains y laissent leur peau», ajoute-t-il. Le village, en troisième lieu, n’est pas relié aux réseaux d’électricité et de téléphone. «Or, le douar Krochen, à un kilomètre plus loin, est, lui, relié à ce réseau. Quant à l’eau, elle y est en abondance, mais la population est à court de moyens pour creuser des séguias et irriguer le peu d’agriculture qu’elle pratique». Quatrième bémol: il n’y a pas d’école dans le village, «il faut traverser 7 kilomètres pour fréquenter la plus proche, et en hiver, avec toute leur bonne volonté, les élèves sont obligés de s’absenter car la route est coupée par la neige et par l’oued Srou qui se remplit à ras-bord», continue Akka.  Fondateur de l’association Tighboula Ouchnin, Akka, avec le peu de moyens dont il dispose, essaye de communiquer autour de son village, en attendant des jours meilleurs. Le seul média qui a envoyé un correspondant pour un reportage dans cette zone est la chaîne 2M, ce fut en 2008. On y voit des familles amazighes habitant dans des huttes en bois de cèdre et de chêne vert, couvertes de plastiques. Des femmes se réveillent à l’aube pour filer de la laine et tisser le textile, et des familles essayent toujours de s’adapter à la nature rude. Mais ne jamais penser fuir ailleurs. Rahhou, un habitant du village, en témoigne: «Nous n’avons pas abandonné la terre de nos ancêtres, malgré le manque des infrastructures, je m’arme toujours d’espoir, je rêve d’un futur proche qui nous apportera des projets générateurs de revenus pour améliorer les conditions de notre vie quotidienne».

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    Quartier El Mars à Kasba Tadla. Le degré zéro de l’urbanisme. Un terrain vague où des maisons HLM sont construites en 2002 à la place de dizaines de baraques en tôle ondulée

    La capitale des Zayanes

    Comme ailleurs dans le Moyen Atlas, dans la ville de Khénifra, le chômage des diplômés bat son plein. La ville connaît une déperdition scolaire et un taux d’analphabétisme des plus élevés au Maroc, et des infrastructures sanitaires loin de répondre aux besoins. Pourtant, les potentialités et les richesses naturelles de la province de la capitale du Moyen Atlas et des Zayanes sont inestimables sur le plan hydraulique (c’est le château d’eau de toute la région), forestier, minier et touristique. Youssef Bouzekraoui est l’un de ces diplômés chômeurs rencontrés à Khénifra. Lauréat de l’IST de Meknès, ne trouvant pas de travail, il rentre lui aussi dans sa ville natale pour faire œuvre utile, servir sa communauté et gagner sa vie dans le travail associatif.  «Dans notre ville, l’absentéisme électoral a battu cette année un record, les gens n’ont plus confiance en les politiques.
    La ville est dépourvue d’infrastructures sanitaires dignes de ce nom, nous espérons que le grand hôpital régional qui vient d’ouvrir en 2016 comblera ces lacunes», lâche Bouzekraoui. Cet hôpital est le plus grand de la région, érigé sur une superficie de 18.500 m², d’une capacité de 175 lits. Il a été financé par le ministère de la Santé et la Banque européenne d’investissement (BEI). Mais à peine ouvert, des images choquantes de malades hospitalisés dans des conditions inhumaines ont circulé au mois d’août dernier sur les réseaux sociaux et provoqué l’indignation. On y voit des vieillards squelettiques dormant à même le sol. Des SDF ramassés dans la rue «qui ne voulaient pas dormir sur des lits par peur de tomber», avait justifié à l’époque le directeur de l’hôpital, Abdellatif Laâroussi.

    Moyen Atlas: Carte de visite

    Le Moyen Atlas est un massif montagneux allongé sur quelque 350 km, du sud-ouest au nord-est du Maroc, situé entre le Rif et le Haut Atlas, et couvrant une superficie totale de 2,3 millions d’hectares, soit 18% du domaine altimontain de ce pays. Il intéresse principalement les provinces de Khénifra, Ifrane, Boulmane, Sefrou, El Hajeb, ainsi qu’une partie des provinces de Taza et de Béni Mellal -que l’on désigne sous le nom de «porte du Moyen Atlas». La chaîne du Moyen Atlas est formée de chaînons séparés tels que le Tichoukt (2700 m), le Jbel Fazaz et surtout les puissants et majestueux Bouiblane et Bou Nasser (plus de 3.000 m) qui surplombent la plaine de la Moulouya au sud. Très bien arrosé (600 à 800 mm/an), ayant des sources vauclusiennes puissantes (Ain Asserdoun, Arougou, Tit Hssen, Ain Khadem…), bien boisé (la plus grande surface forestière du Maroc), le Moyen Atlas est le château d’eau du Maroc d’où sortent tous les cours d’eau importants: Oum Rr-rabiâ, Sebou, Beht et Moulouya… Avec sa position de château d’eau du Royaume, ses lacs, ses sources, sa cédraie et sa richesse faunistique, le Moyen Atlas  représente une destination touristique de premier choix.

                                                                           

    Un nombre élevé de handicapés à Khénifra

    Pour Bouzekraoui, militant associatif, le taux des handicapés à Khénifra et région est élevé par rapport à la moyenne nationale. En cause, le manque d’entretien sanitaire. «D’après les investigations de notre association, les nouveaux-nés sont accouchés dans des conditions défavorables. Il y a des retards dans le transport des femmes enceintes, une seule salle d’accouchement existait dans l’ancien hôpital, un seul gynéco et deux sages-femmes. Tous les ingrédients pour qu’il y ait ce nombre de handicapés. Cela est aggravé par l’absence de centres de santé de proximité», ajoute notre interlocuteur. En partenariat avec l’ambassade suisse, la Fondation Swisscor et une amicale des Marocains de l’étranger, l’association a équipé 7 centres de santé dans le rural (échographie, lits…). Le projet, d’un montant de 1,4 million de DH, est finalisé en 2015. Pour ce qui est des personnes à mobilité réduite, un deuxième projet est mené par la même ONG et les mêmes partenaires. Le programme a porté sur la rééducation, l’achat d’appareillages et l’appui scolaire pour cette catégorie de la population. Le chargé de projet, Bouzekraoui, nous parle d’un troisième projet en faveur des élèves du préscolaire dans le monde rural. En partenariat avec la délégation de l’éducation nationale de la région, 62 centres ont été équipés ayant concerné  la formation de 70 à 80 élèves dans chaque centre.  «C’est un exemple à suivre à l’échelon national, les élèves concernés que nous avons suivis n’ont pas trouvé des difficultés scolaires une fois dans le primaire», se félicite  Bouzekraoui.

    (Photos GAIZ)

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