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    Economie

    Haro sur le gaspillage alimentaire

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4917 Le 15/12/2016 | Partager
    Un rapport de la FAO et du Ciheam tire la sonnette d’alarme
    Les Marocains gaspillent près de 45% de la production
    Les pertes peuvent atteindre 50 dollars par an et par personne

    Si l’art de la table chez nous est synonyme de la légendaire hospitalité marocaine, il n’en demeure pas moins que cette «générosité»  conduit souvent à des comportements de consommation irresponsables: Le gaspillage alimentaire.
    Un phénomène qui prend de l’ampleur et qui a des répercussions économiques mais également écologiques. C’est ce que souligne une étude réalisée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et  le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (Ciheam). Un document de 450 pages qui permet d'appréhender avec précision ce phénomène de gaspillage et ses  conséquences aussi bien sur l'environnement que sur l'économie des pays de la Méditerranée. Les chiffres ont de quoi faire réfléchir. Près de la moitié de l'alimentation consommée par les Marocains finit à la poubelle!  Intitulé «Zéro déchet en Méditerranée», le rapport nous  apprend que le gaspillage alimentaire concernerait  en effet pas moins de 45,1% de la production alimentaire au Maroc.
    Les changements dans les modes de consommation des Marocains, l’urbanisation de la société et les mutations des structures familiales que cela entraîne d’un côté et la persistance des traditions familiales, particulièrement celles concernant l’alimentation, font que les habitudes d’achats alimentaires des familles sont souvent beaucoup plus importantes que leurs réels besoins, particulièrement lors de périodes de fêtes ou pendant le Ramadan, souligne le sociologue Mohssine Belmehdi. Un constat que confirme l’étude qui précise que le pic le plus important du gaspillage alimentaire est constaté pendant le mois sacré.
    Le gaspillage peut atteindre près de 85% dans les pays où le rite du jeûne est pratiqué (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Liban et Turquie). L’expression «avoir les yeux plus gros que le ventre» prend tout son sens lors de ce mois de «modération» puisque la FAO constate que «beaucoup de plats sont préparés et finissent à la poubelle sans même avoir été consommés en partie». Les ménages marocains sont-ils conscients de ce gaspillage? Seuls 3,3% d’entre eux disent ne presque rien jeter, alors que presque 20% considèrent tout de même qu’ils gaspillent plus qu’il n’en faut alors que plus de 25% estiment le faire «raisonnablement». Tout ce gaspillage a un coût non négligeable. La FAO annonce que les  pertes et gaspillages alimentaires au Proche-Orient et en Afrique du Nord s’élèvent chaque année à 250 kg par habitant. Ce qui représente un montant annuel de plus de 60 milliards de dollars, soit 120 dollars par habitant  selon une estimation que l’organisation onusienne qualifie de «prudente». Au Maroc, les pertes peuvent atteindre... 50 dollars par foyer. Dans le détail, près de 10,7% des Marocains  jettent l'équivalent de 21 à 50 dollars, et 42% se débarrassent de l'équivalent de 6 à 20 dollars de nourriture mensuellement. Seuls 0,8% des ménages gaspillent plus de 51 dollars de produits alimentaires. Sans surprise, c’est le pain et les autres produits à base de blé (pâtes, biscuits secs, gâteaux…) qui sont le plus gaspillés. S'ensuit  une quantité non négligeable de fruits, de légumes et de produits laitiers qui finissent à la poubelle. La viande étant le produit le moins gaspillé.
    Mais il serait injuste de dire que seuls les consommateurs sont responsables de ce gaspillage. L’étude pointe également du doigt les distributeurs et les transporteurs. «Certains produits sont non propres à la consommation bien avant leur arrivée chez le client». En effet, la non-maîtrise de la chaîne du froid dans les lieux de stockage, les marchés et autres surfaces de vente rend non propre à la consommation une bonne quantité d'aliments. Une situation jugée inacceptable par la FAO: «Si l’on peut  comprendre que des quantités de fruits et légumes, produits fragiles, soient gâchées dans les phases de transport, il est plus difficilement acceptable de voir du blé, plus facile à manipuler, être autant gaspillé. Or, trop souvent encore, une partie des récoltes est perdue faute de stockage efficace et d’infrastructures adaptées». Des aliments jetés à la poubelle, des récoltes passées à la trappe, des fruits et légumes impropres à la consommation, signifient également un gaspillage des énergies et des ressources naturelles.
    Le document rappelle que des études réalisées en Afrique du Nord et au Proche-Orient suggèrent qu’avec 250 kg de nourriture par an gaspillée pour chaque ménage «l'empreinte aquatique de ces pertes (42 kilomètres cubes chaque année) représente 17% des pertes mondiales en eau, avec pour origine le gaspillage alimentaire».

     

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