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    Culture

    Fatna El Bouih: «La prison a renforcé mon humanisme»

    Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4917 Le 15/12/2016 | Partager
    L’auteure revient sur son expérience carcérale
    Le premier témoignage d’une détenue politique
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    «J’ai travaillé sur la violence, la question des mères célibataires, et le message ne peut passer que par la culture», précise Fatna El Bouih condamnée en 1977 à 5 ans de prison pendant les années de plomb pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» (Ph. Hélène Harder)

    - L’Economiste: Comment fait-on pour survivre et pour se reconstruire  après une telle expérience?

    - Fatna El Bouih: L’élément essentiel est de rester attaché à ses principes et à ses valeurs, bien que cela reste difficile après tout ce que l’on a vécu. Ce qui aide c’est l’entourage qui te renforce pour pouvoir ressurgir. Durant cette expérience, il y a d’abord eu la famille. Pendant la disparition, il y avait la présence du père, sa présence m’a sauvée. Pendant la torture, nous étions une minorité de détenues politiques femmes entourées d’hommes. Nous étions traitées par des geôliers qui faisaient tout pour nous faire haïr l’homme. Dans cette situation, le sauveteur était mon père qui était omniprésent et qui m’apportait l’équilibre dont j’avais besoin. Ma famille ne m’a jamais lâchée. Dans le cas des hommes, l’image maternelle était très importante, sinon ils basculent vers la folie.

    - Qu’a-t-elle changé en vous?
    - Elle a renforcé mon humanisme, en revanche, elle a cassé mon idéalisation. Aujourd’hui, je regarde les gens à leur juste valeur. Cette expérience était extraordinaire, car nous nous sommes voués à une cause qui n’est pas personnelle. Nous étions une minorité qui s’y est consacrée et nous avons révolutionné plusieurs choses. Il n’y a pas eu que la politique. Il y a également eu la question des relations entre hommes et femmes. J’avais décidé d’avoir un autre honneur que celui de la virginité, notamment celui de l’accès au savoir et l’accès à des valeurs comme le nationalisme.

    -Vous rappelez-vous de la première chose qui vous ait venue en tête lors de votre libération?
    - Le cinéma (rires). C’est d’ailleurs quelque chose qui me revient aujourd’hui en réalisant mon documentaire, ce que j’ai toujours voulu faire. L’écriture ne m’a pas suffi. J’ai vécu plusieurs films, mais je voulais voir un cinéma dont je n’étais pas protagoniste. 

    -Vous avez toujours été une personne engagée. Auriez-vous été la même sans cette incarcération?
    - Je ne sais pas. Ces éléments sont des traits de famille. J’ai des sœurs qui sont battantes. Mais je pense tout de même que la prison a galvanisé un certain nombre de choses. La question du courage a été frottée à plusieurs réalités qui ont été bouleversantes. Je considère que la prison a exacerbé ces traits de caractères. Nous avons été confrontés à la syphilis, aux poux… Nous y avons fait face comme des sœurs, des infirmières et c’était pour nous une autre forme de militantisme. Je pense que c’est à ce moment qu’a eu lieu la transformation. Le changement se fait par les petites actions du quotidien. 

    - Revoyez-vous certaines de vos codétenues? 
    - Oui mais peu. Chacune à ses préoccupations. C’est la vie et non la prison! Mais nous sommes toutes impliquées dans des associations. 

    - Si vous deviez mener un autre combat lequel serait-ce?
    - La culture. J’ai travaillé sur la violence, la question des mères célibataires, et le message ne peut passer que par la culture. C’est le moyen humble et facile qui touche tout le monde. 

     

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