Economie

Mobilité et territoires: Comment l’Ile-de-France compte transférer son expertise

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4913 Le 07/12/2016 | Partager
1er accord de coopération entre Casablanca-Settat et l’Ile-de-France
L’intermodalité et le numérique pour voyager mieux et différemment
Il faut favoriser la mobilité de banlieue à banlieue
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L’Ile-de-France compte dans son tissu économique les leaders mondiaux de la ville durable parmi lesquels Veolia, Vinci, Suez, JC Decaux ou bien encore Alstom et Ratp Dev, qui ont équipé et opèrent le tramway de Casablanca… «Nous pouvons imaginer d’autres coopérations de ce type à l’avenir», assure Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France (Ph. BM)

L’Île de France et la Région Casablanca-Settat scellent, aujourd’hui mercredi 7 décembre, un accord de partenariat qui se traduira par un échange d’expériences et d’expertises dans divers domaines. Il s’agit notamment de l’emploi, la recherche/innovation, l’éducation/formation, le développement durable, l’aménagement du territoire, la mobilité et le tourisme. Un comité mixte sera chargé de l’élaboration du programme de travail ainsi que du suivi et de l’évaluation de la coopération. L’accord, valable pour une durée de 10 ans, pourra être reconduit. Entretien avec Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France.

- L’Economiste: La signature d’un accord de coopération entre la Région Ile-de-France et la Région Casablanca-Settat a fait l’objet de longues discussions lors de la récente visite de Bakkoury en octobre à Paris. Concrètement que devra apporter cette convention à la plus grande région du Maroc?
- Valérie Pécresse:
C’est le premier accord de coopération signé entre l’Ile-de-France et le territoire marocain. Ces dernières années, il en a pourtant été souvent question sans que cela ne débouche sur quoi que ce soit. Cette signature témoigne donc de la volonté forte de l’Ile-de-France et de la Région de Casablanca-Settat de promouvoir une politique de coopération fondée sur des liens d’intérêts réciproques et de développement conjoint. C’est un accord prometteur.
Ainsi, l’Ile-de-France et la Région de Casablanca-Settat vont favoriser le développement de leurs relations dans plusieurs domaines tels que le développement économique et l’emploi en offrant par exemple un cadre privilégié au développement des partenariats économiques entre les entreprises d’Ile-de-France et de Casablanca et en permettant l’essor des investissements croisés, la recherche et l’innovation grâce à la mise en place de partenariats entre universités franciliennes et marocaines, l’éducation et la formation par le biais d’échanges d’expériences entre les centres de formation d’apprentis et les lycées professionnels français et marocains, le développement durable, les énergies renouvelables ou encore la transition énergétique, mais aussi l’aménagement du territoire, l’urbanisme et les transports publics.
Dans le contexte de la COP22, tous ces axes d’action ont un fil rouge, au cœur de notre coopération à venir: le développement durable de nos territoires, pour lequel nos deux régions sont attachées à promouvoir toutes les solutions propices. Par ailleurs et comme vous le savez, de très nombreux Franciliens entretiennent des liens étroits, personnels et professionnels, avec le Maroc. La signature de cet accord permettra une nouvelle fois de renforcer cette union et de montrer que le Maroc est désormais au cœur de la stratégie internationale de la Région Ile-de-France.

- Les enjeux de la mobilité dans des régions à forte densité sont les mêmes un peu partout. Comment l’expérience de l’Ile de France peut contribuer à gérer les déplacements du Grand Casablanca?
- Depuis 10 ans, en Ile-de-France, c’est la Région qui a la compétence transport. Je vous confirme que les enjeux autour de la mobilité sont très importants! Chaque jour, 5 millions de passagers transitent dans le métro parisien et 5 millions d’usagers empruntent le bus en Ile-de-France. Pour faire face, nous sommes en train de mettre en place un vaste plan de modernisation des transports publics franciliens, une véritable révolution dans les transports: 708 nouvelles rames de trains neuves ou rénovées d’ici 2021, création de 10.000 places de parking aux abords des gares, mise en place du Grand Paris des bus, un plan anti-bouchon, un plan vélo... Cette révolution est une série d’actions complémentaires et massives pour faciliter les déplacements en Ile-de-France. Même si le réseau existant est déjà l’un des plus denses du monde, nous pensons qu’il faut favoriser la mobilité de banlieue à banlieue en choisissant toujours le mode de transport approprié. Nous avons des travaux gigantesques avec le Grand Paris Express, soit 209 km de métro supplémentaires en 15 ans - autant que ce qui avait été construit depuis 1900 -. Nous construisons des trams, créons des lignes de bus et réfléchissons aussi à la construction de téléphériques urbains. En parallèle, nous possédons une volonté politique forte d’améliorer la qualité de l’air et nous faisons tout ce qui est possible pour favoriser les véhicules propres, supprimer les déplacements inutiles grâce à un meilleur aménagement du territoire et en encourageant le télétravail, tout en profitant de ce que peuvent offrir les nouvelles technologies. La Région Ile-de-France a donc une expérience forte sur cette thématique. Nous ferons tout pour favoriser les échanges de Casablanca avec les services de la Région et les organismes associés à son action publique comme le STIF (syndicat des transports d’Ile-de-France), l’IAU (Institut d’aménagement et d’urbanisme), Airparif (organisme qui surveille la qualité de l’air en Région Ile-de-France), Bruiparif (observatoire du bruit en Ile-de-France), etc.

- RER, tram, BHNS, bus, taxi… Quelles sont les solutions les plus adaptées à  une grande métropole comme Casablanca?
- Chaque mode de déplacement a sa légitimité propre. En Ile-de-France, c’est la complémentarité de tous les modes de transport qui est intéressante. C’est pour ça que j’insiste autant sur l’intermodalité et l’importance du numérique. Ce sont des outils qui vont vraiment nous permettre de voyager différemment et mieux surtout!

- L’aménagement du territoire, l’urbanisme et les transports publics figurent parmi les priorités de la Région Casa-Settat. Quels peuvent être les axes de coopération en la matière?
- Ça tombe plutôt bien puisqu’il s’agit aussi de priorités pour la Région Ile-de-France. Les axes de coopération sont donc importants. En matière d’urbanisme et d’aménagement, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la Région Ile-de-France (IAU) apporte son expertise francilienne. D’ailleurs, il a un long historique de coopération avec votre pays: il a conçu, avec l’Agence urbaine de Casablanca, le schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU) régional en vigueur depuis 2009.

- Quels types de coopération et de projets à développer entre entreprises franciliennes et celles de la Région de Casa-Settat? Lors de la visite de Bakkoury en Ile-de-France en octobre dernier, il a été décidé de développer la coopération entre les deux territoires dans tous les domaines (éducation, R&D, énergies renouvelables, transports publics…)
- Je pense à des coopérations dans beaucoup de domaines, notamment ceux des «métiers de la ville» tels que la qualité de l’air, de l’eau ou encore le traitement des déchets. Le Maroc détient une expertise certaine sur ces questions. Nous voulons vraiment développer des choses avec vous. Je songe aussi à l’aéronautique car l’Ile-de-France est le premier pôle aéronautique en France. D’ailleurs, Gilles Widawski, représentant du pôle ASTech Paris Région, premier bassin d’emplois en France dans le domaine de l’aéronautique, de l’espace et des systèmes embarqués, qui rassemble plus de 100.000 personnes et qui regroupe la majorité des emplois de R&D français, fait également partie de la délégation qui m’accompagne pendant ce voyage au Maroc.
Enfin, nous avons pour idée de tisser un réseau d’incubateurs de start-up entre l’Ile-de-France et nos pays partenaires, au Maghreb et en Afrique, que nous réunirons au printemps à Paris. Je veux insister sur le numérique car je suis frappée par la capacité de ce secteur économique à mobiliser de jeunes entrepreneurs et à susciter l’innovation. Il y a là un potentiel de croissance à explorer! Il faut aussi souligner que l’Ile-de-France compte dans son tissu économique les leaders mondiaux de la ville durable parmi lesquels Veolia, Vinci, Suez, JC Decaux ou bien encore Alstom et Ratp Dev, qui ont équipé et opèrent le tramway de Casablanca… Nous pouvons imaginer d’autres coopérations de ce type à l’avenir.
- Les moyens d’un territoire comme l’Ile-de-France sont sans commune mesure avec ceux de la Région Casa-Settat. Comment prendre compte des spécificités locales pour adopter les moyens de locomotion les plus appropriés?
- Il y a une corrélation forte entre le développement des transports collectifs et le développement économique. C’est une clef pour l’attractivité et pour la croissance. Aussi, le choix fait pour Casablanca de démarrer par une première ligne de tramway réalisée entre 2009 et 2012, dans le cadre d’un plan qui prévoit d’autres lignes à venir, me paraît judicieux car à la fois ambitieux et réaliste. D’ailleurs, ce tramway est l’exemple type de l’expertise francilienne puisqu’il allie le savoir-faire d’Alstom et celui de la RATP, et mobilise ainsi le meilleur du savoir-faire français au service du peuple marocain. Et puis il semble que ce soit  un succès à Casablanca car il est parfaitement adapté à la ville! Mais je sais aussi que l’ambition de Casablanca va plus loin et que, si les conditions se trouvent réunies, il est envisagé de développer ce réseau par des moyens plus lourds, métro et RER, utilisant parfois des lignes existantes ou créant de nouvelles. Il est essentiel de garder cette ambition, et l’Ile-de-France est disposée à accompagner le Grand Casablanca dans cet important investissement d’avenir.

Parcours

Valérie Pécresse est la présidente de la Région Ile-de-France depuis le 18 décembre 2015, suite à sa victoire aux élections régionales avec 43,8% des suffrages. Après avoir démissionné de la fonction publique en novembre 2015, elle a démissionné de son mandat de députée des Yvelines le 19 janvier 2016, conformément à son engagement de campagne de se consacrer exclusivement à la Région, sans cumul de mandat. Née le 14 juillet 1967, Valérie Pécresse commence sa carrière en tant qu’auditeur au Conseil d’Etat, commissaire du gouvernement, spécialisée en droit de l’Internet, droit des personnes handicapées et en responsabilité hospitalière. Au lendemain de la dissolution de 1995, elle s’engage auprès de Jacques Chirac et rejoint son cabinet à l’Elysée en tant que conseillère technique en charge des études, de la prospective et des technologies de l’information. Elle participe également à la création de l’UMP en 2002 aux côtés de Jérôme Monod et d’Alain Juppé.

Propos recueillis par Aziza EL AFFAS

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