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    Economie

    Culture: Toujours l’insignifiant 0,2%...

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4899 Le 16/11/2016 | Partager
    Le budget de l’Etat est loin de l’objectif Unesco
    Des projets de loi au frigo du SGG depuis 2014
    Un ministre appelle à faire «pression sur le futur gouvernement»
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    Débattre à bâtons rompus sous le grand chapiteau du «Théâtre nomade» dans les abattoirs de Casablanca. Une idée assez originale de l’association Racines pour «évaluer les politiques culturelles». De gauche à droite: l’universitaire Abderrahmane Allal, représentant de Prometheus, Rahamim Raymond Benhaim, président de Racines, Mohamed Amine Sbihi, ministre de la Culture, et Aadel Essaadani qui a dirigé l’enquête sur «Les pratiques culturelles des Marocains» (Ph. F.F.)

    C’est sous le grand chapiteau du «Théâtre nomade» que le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, a fait ses confidences: «J’ai constaté à mon arrivée que le ministère avait un comportement de mécène (doté de moyens modiques) ou d’acteur culturel déconnecté des attentes du marché. L’exception est devenue la règle». Invité par l’association Racines lors des «Etats généraux de la culture», tenus du 10 au 12 novembre à Casablanca, le ministre, affilié au Parti du progrès et du socialisme (PPS), a plaidé pour «une stratégie nationale de la culture» au lieu que l’Etat «se contente d’une politique sectorielle» éparse et timide. Ce préambule ministériel va enchaîner sur le bilan 2012-2016 du département de la Culture.
    Cinq axes sont à la base de sa politique: proximité, nouveau modèle de soutien à la création culturelle et artistique, réhabilitation et valorisation du patrimoine, diplomatie culturelle et amélioration de la gouvernance, en matière de ressources notamment.
    Tout va démarrer à partir d’avril 2012 avec un état des lieux effarant. Exemple: «105 communes urbaines sur 221 n’avaient ni galeries, ni bibliothèques, ni conservatoires, ni théâtres!». La carte élaborée par le ministère de tutelle relève la «faiblesse des infrastructures» et «leur répartition déséquilibrée».
    C’est sur la base de ce constat alarmant que seront injectés 160 millions de DH. Soit plus des deux tiers du budget investissement. Ainsi, 50 établissements culturels ont été équipés durant le mandat du gouvernement Benkirane. «La priorité a été donnée aux communes urbaines défavorisées et à leur chef-lieu, préfecture ou province», précise le ministère. Les équipements comptent des centres intégrés comprenant bibliothèque, théâtre, ateliers et galerie d’art ou des établissements spécialisés comme les conservatoires de musique.
    Malgré ces efforts, l’action étatique est encore molle. «Le budget de la culture (...) est loin de l’objectif de 1% du budget général prôné par l’Unesco», reconnaît le ministère dans son bilan 2012-2016. La culture n’a droit qu’à un insignifiant 0,2% dans le budget de l’Etat. «Or, l’action culturelle relève de l’espérance qui nourrit la volonté de chaque citoyen. Son organisation joue un rôle important dans la production de sens et d’émotions. La culture transforme la société. C’est une main invisible dans la mesure où tous les citoyens y participent et en profitent», estime le modérateur Rahamim Raymond Benhaim et président de Racines depuis avril 2015. Cet ancien diplômé de HEC Paris est une figure très discrète du monde associatif. La réflexion de Raymond Benhaim,  spécialiste en développement culturel et urbain, laisse entrevoir que l’exécutif  a d’autres priorités (voir encadré). Des épisodes très significatifs le démontrent. Et renseignent par ricochet sur l’état de solitude d’un ministre motivé au sein de son équipe gouvernementale.

    Le PPS lâche un des siens

    En effet, une convention devait être signée entre les ministères de la Culture, de l’Intérieur et de l’Habitat. Elle visait «à pallier le manque d’équipements culturels dans 70 villes de plus de 20.000 habitants». Avec un budget de 800 millions de DH programmés sur 5 ans. L’enjeu final était de construire jusqu’à six espaces culturels par an. «Malheureusement, la convention n’a pas été signée», regrette Mohamed Amine Sbihi. Pourquoi? lui demande L’Economiste. La réponse du ministre de la Culture est évasive. Y compris lorsqu’on lui fait remarquer qu’il appartient au même parti politique que dirige Nabil Benabdellah, ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville. L’intéressé botte en touche: «Nous ne sommes en conflit avec personne». Le PPS a raté pourtant une belle occasion «pour accélérer le rythme».
    Puis, il y a eu l’idée très inspirée de confier la gestion des centres culturels à des opérateurs expérimentés. Cette formule allait régler deux questions majeures: le financement et les ressources humaines qualifiées. Le ministère et son cocontractant devaient gérer conjointement les centres en question. Orientations, objectifs et financement seraient définis par le conseil d’administration de l’établissement.
    «Nous avons préparé un projet de loi sur ce partenariat innovant. Ce projet aurait permis d’améliorer la gestion des centres culturels. Le texte attend depuis 2014 au Secrétariat général du gouvernement (SGG)», regrette encore une fois le ministre de la Culture. Ce ne sera pas le seul antécédent. Trois autres projets de loi attendent d’être visés par les juristes de Driss Dahak: protection du patrimoine national, trésors humains vivants et un dernier texte sur la conservation des monuments historiques et des sites. «L’idée était de créer une économie de patrimoine en donnant du sens au territoire et au tourisme culturel. Plus on y investit, plus il y aura des retombées». Les prévisions tablaient sur trois milliards de DH d’investissement d’ici 2020. «Ce budget n’était pas disponible et les textes de loi attendent toujours», confie le responsable gouvernemental.     
    Autre projet au frigo, celui de l’auto-entrepreneur culturel: «82 métiers et prestations artistiques sont ciblés avec en parallèle un régime social, de retraite...».
    Face à un auditoire d’acteurs associatifs, le ministère de tutelle appelle «à faire pression sur le prochain gouvernement» pour dépasser la barre psychologique d’un milliard de DH du budget et faire de la culture une priorité d’intérêt national. Mohamed Amine Sbihi est optimiste: «Le futur conseil national des langues et de la culture aura un rôle mobilisateur».

                                                                               

    Prometheus est sans concession

    Abderrahmane Allal, chercheur en sciences politiques et droits de l’homme à l’Université Mohamed Ier à Oujda, n’a pas mâché ses mots lors des «Etats généraux de la culture» organisés du 10 au 12 novembre à Casablanca. Un exercice d’autant plus audacieux que le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, était au côté du jeune responsable des études et de l’analyse politique à l’institut Prometheus. «Existe-t-il une politique publique dédiée à la culture? Négatif. Un surprenant paradoxe persiste: des ministères producteurs de savoir, comme celui de la Culture, n’ont pas assez de ressources. D’autres départements non créateurs de savoir ont droit à beaucoup plus de financement». Le ministère de l’Intérieur est cité comme exemple. Créé par des jeunes étudiants marocains il y a 3 ans, Prometheus a procédé en avril 2016 à l’évaluation de la politique publique culturelle. «Ainsi, aucune question orale n’a été portée au Parlement sur le droit à la culture. Prix, santé et emploi monopolisent par contre le débat, y compris lors de la séance mensuelle du chef du gouvernement sur les questions de politiques publiques». Tout en se montrant très fair-play, le ministre de la Culture ne partage pas les conclusions de Prometheus. Même si l’institut s’est basé sur la Constitution de 2011, la Déclaration gouvernementale, les lois de finances (budget général, postes à créer...), budget ministériel de la Culture et le programme législatif 2012-2016. «De 720 millions de DH, le budget du ministère de la Culture a augmenté de 20% entre 2012 et 2016. Ce financement reste insuffisant. Le gouvernement devrait le porter à 2 milliards de DH», plaide le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi. L’instauration d’un «nouveau modèle de soutien au livre basé sur des cahiers des charges» se veut une rupture dans la gestion des affaires culturelles.

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