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    Reportage

    Avant même de décoller, Saidia s’est laissée mourir

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4881 Le 21/10/2016 | Partager
    Vouée à se tourner vers l’étranger, elle n’aura au final qu’un destin national
    Les MRE, principale clientèle de la destination
    Nouveaux projets pour rallonger la haute saison
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    La marina de Saidia, autour de laquelle s’organise l’animation de la station, est parfois envahie par des détritus (Ph. Privée)

    Les derniers estivants ont plié bagages avant la fête de l’Aid Al Adha. Les commerçants et les restaurateurs avaient déjà baissé leurs rideaux. Ils ont toujours considéré que la dernière semaine du mois d’août marquait le début de la fin de la saison estivale. Les trois grands hôtels de la station devaient suivre le pas pour reprendre l’été prochain. Saidia s’apprête à retomber dans l’oubli d’une petite ville de 12.000 habitants. Dès le début juillet, cette ville côtière de la Méditerranée, située à une vingtaine de km de Berkane, est «envahie» par des centaines de milliers de touristes. Des professionnels parlent de l’arrivée de 300.000 personnes. Le président du Conseil municipal de Saidia, Omar Bensmail, confronté quotidiennement aux difficultés de gestion des besoins de cette importante population,  avance le chiffre de 800.000. Cette montée en puissance de la ville, en l’espace de deux mois, soulève le délicat problème de disponibilité de l’eau. Ce qui a poussé la population à se doter de citernes et de moteurs pour éviter la pénurie, particulièrement à l’heure des douches de la sortie de plage. L’approvisionnement du marché en fruits et légumes est marqué par les intermédiaires qui renchérissent les prix. Mais à travers le «bouche à oreille», la plupart des estivants font le déplacement à Berkane ou à Ahfir pour faire les courses. D’autres problèmes ont plombé les desseins prévus par les initiateurs de cette station balnéaire du plan Azur. Les objectifs arrêtés lors de son lancement n’ont pas été atteints. A l’origine, cette destination était  tournée vers l’international. Le business plan prévoit la vente des résidences à des Anglais, Hollandais, Français,… avec des dessertes aériennes reliées à Saidia par une voie express. En réalité, il n’en est rien. Si les infrastructures ont été réalisées, il en va autrement pour les transactions commerciales. Après les difficultés de Fadesa, le projet a été repris par Addoha qui ne disposait pas d’expérience dans le domaine. Le but a été de sauver les meubles. Plus tard, le groupe CDG a repris le flambeau et mis en place une filière dédiée, la Société de développement de Saidia. Cependant, les différentes initiatives n’ont pas pu remettre la station à flot. D’une vocation internationale, elle a revu ses ambitions à la baisse. Aujourd’hui, son destin est scellé. La destination n’aura qu’un destin national pour le tourisme intérieur.
    Si en ville, les choses commencent à bouger, il en va autrement pour la plage, où règne une véritable pagaille. Plus d’une vingtaine de guinguettes dominent, à la faveur d’autorisations d’occupation du domaine maritime. Leurs transats prennent trop de place, laissant des espaces exigus pour les autres estivants qui veulent planter leurs propres parasols. Certaines guinguettes sont autorisées à exploiter une superficie de 1.200 mètres par exemple, débordent sur le double, parfois le triple, sans être inquiétées sur le respect des cahiers des charges. De même, en de multiples endroits de la plage, des personnes louent aux estivants des parasols, parfois troués, souvent rouillés et délabrés, des chaises et des tables bancales en plastique. Déjà, ce matériel est une sorte de kaléidoscope de couleurs ternies par le soleil. Si des familles utilisent ces équipements pour se délasser, d’autres en revanche y recourent pour pique-niquer, avec souvent comme dessert des pastèques et du melon, lavés dans les vagues de la Méditerranée avant de se mettre à table. Tout cela renseigne sur le peu d’intérêt de la municipalité, qui n’a pas réussi à imposer une couleur unique de la ville. Chaque maison aborde une façade peinte au gré des caprices du propriétaire.
    Ce tableau insolite est accentué par les vendeurs ambulants qui proposent du thé, du café,… servis à partir d’une bouilloire  placée sur un braséro qu’ils trainent le long de la plage. Mais le comble est ailleurs: une pratique a vu le jour, inventée par ces touristes.
    En quittant la plage, ils rincent pieds, maillots de bain,… à côté des bancs et tout au long du mur qui sépare le sable de la corniche. Résultat: des flaques d’eau sur tout le boulevard, gênant ainsi la promenade du soir. En outre, Saidia souffre d’un manque de propreté. Un nettoyage rigoureux de la côte et des zones alentours devient une nécessité. L’embouchure de la Moulouya, rappelons-le,  est classée comme un site d’intérêt biologique et écologique, avec un écosystème fragile. «Le laisser-aller des autorités locales et de la municipalité» revient dans la bouche de plusieurs estivants qui ont l’habitude de passer les vacances ailleurs.  Ils réclament «un minimum d’organisation et de professionnalisme, requis pour la gestion des villes côtières». L’un d’entre eux rappelle un aspect de l’organisation de Saidia dans les années 80. Une partie de la plage était réservée exclusivement aux femmes. Les forces auxiliaires veillaient au respect de cette disposition, disparue au fil du temps. Le reste de la plage était mixte. Les femmes avaient le choix de bronzer là où elles voulaient, avant que le burkini ne fasse des ravages.

    Tourner le dos à l’isolement du passé

    En attendant, les touristes viennent des différentes régions du Maroc. Si les Œuvres sociales des différents ministères disposent d’infrastructures d’hébergement du personnel, l’autoroute Fès-Oujda a rapproché Saidia des estivants de Fès, de Taza et

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    Les guinguettes ont pris tellement de place à la faveur d’autorisation d’occupation du domaine maritime au point que des estivants n’ont plus beaucoup de place pour mettre les serviettes et planter leurs parasols  (Ph. Privée)

    d’ailleurs à franchir le pas. La voie express entre Saidia et Berkane, qui sera réalisée au cours de cette année, permettra de fluidifier la circulation et encourager les estivants à découvrir les multiples facettes de l’arrière pays. Désormais, la ville a tourné le dos à l’isolement du passé pour s’inscrire dans un ancrage national. Ses atouts naturels: la mer douce, transparente et chaude qui distingue la méditerranée de l’océan atlantique où l’eau froide et la présence de grandes vagues dissuadent beaucoup de baigneurs.
    La plage de sable fin, qui s’étale d’un seul tenant sur 18 kms, font de la perle bleue de l’Oriental un havre de paix et de tranquillité.  Sauf que passé le charme de la découverte, la ville n’offre pas d’animation et de loisirs  à la hauteur de sa réputation.
    Si le jour l’estivant est occupé par des activités balnéaires, en revanche, le soir, la gamme de choix est cruellement limitée. Même les services de la restauration n’offrent pas ou peu d’intérêt pour les estivants au regard des prix pratiqués et de l’absence de diversification.  D’ailleurs, les commerces, les cafés et les restaurants ne sont pas très satisfaits de cette saison. Pour la plupart d’entre eux, le chiffre d’affaires réalisé cet été est inférieur à l’année dernière. Pourtant, c’est l’inverse qui devait se produire, puisqu’en théorie, ils tablaient  sur un plus comme conséquence de l’allongement de la saison estivale, dû au recul du mois de ramadan.
    D’autres profils de touristes, et ils sont les plus visibles, proviennent des différents pays européens. Originaires de la région, ces MRE reviennent chaque été pour revoir la famille et pour bronzer sur le sable doré de Saidia. Les chiffres officiels l’attestent : près du quart de la diaspora marocaine établie à l’étranger est originaire de l’Oriental. D’ailleurs, les routes sont submergées de véhicules immatriculés en Europe. Selon les données d’Attijariwafa bank datant de juillet 2016 et fournies par le ministère de tutelle, l’attachement aux racines de cette communauté est si important que les transferts des MRE vers cette région ont totalisé 15 milliards de DH en 2015.  

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    Sur la plage, par endroits, c’est une véritable pagaille. Des vendeurs ambulants proposent du thé, du café,… servis à partir d’une bouilloire  placée sur un braséro qu’ils trainent le long de la plage. Ici, la charrette propose aux estivants des épis de maïs (Ph. Privée)

    En tant que  créneau  d’investissement et de création d’emploi tout indiqué pour la petite entreprise et la PME, la restauration est délaissée à cause de la concurrence déloyale, semble-t-il,  que lui livrent  la cohorte des personnes qui louent, fin juin, des garages, mettent des tables et des chaises et s’autoproclament professionnels du secteur. Au milieu de cette pratique, deux initiatives se sont distinguées et dont les promoteurs sont qualifiés de «kamikazes pour avoir investi gros dans des affaires qui ne tournent que pendant deux mois». La première est celle de Lhoussaine Laâbadi, un MRE originaire de Café Maure,  qui a investi près de 35 millions de DH dans un projet d’appart-hôtel en plein centre ville, sous le label de Pelligrini. C’est la première fois à Saidia qu’une telle formule est proposée: un prix unique pour les différentes superficies des 16 appartements. En gastronomie, l’initiateur du projet fait de la diversité de sa carte et de la qualité du service  offert à la clientèle, les ingrédients de sa force de vente. Il envisage par ailleurs d’acquérir à terme des bateaux pour organiser des excursions et des calèches hollandaises  pour faire visiter à sa clientèle, l’arrière-pays. Cet hôtel ambitionne de rester  ouvert toute l’année.
    Un autre projet d’une valeur globale similaire a également ouvert ses portes sous forme de motel d’une capacité d’accueil de trente chambres, adossées à un immense restaurant, à l’entrée de Saidia, côté oued Kiss, à quelques mètres du tracé de la frontière maroco-algérienne. Le promoteur, Majid Chbabi,  est aussi un MRE, originaire de Chouihiya, autre bourgade environnante  de Berkane. Cependant, pour faire tourner  ces deux affaires, les promoteurs doivent faire preuve d’imagination. Car, le reste de l’année, la ville retombe dans le coma. L’ouverture de la frontière entre le Maroc et l’Algérie, qui n’est pas pour demain à moins d’un coup de théâtre,  pourrait lui donner une autre trajectoire.

    Offre insuffisante

    Selon les professionnels sur place, la capacité litière de Saidia s’élève à 3.200 lits. Une offre insuffisante pour accrocher les grands tours opérateurs en vue de programmer Saidia sur leurs radars. Outre les unités existantes, le programme prévoit la construction de deux hôtels qui seront opérationnels à partir de la saison prochaine. Il s’agit du Beach Club de 5 étoiles qui comprend 794 lits et le family club de 400 lits. Les opérateurs espèrent que l’ancien Barcelo, d’une capacité de 620 chambres, fermé depuis trois ans, ouvrira ses portes. L’acquéreur, H Parteners, est désormais dirigé par Abbès Azouzi, ancien patron de Medi 1TV et de l’ONMT. A cela s’ajoute une résidence hôtelière de 760 lits. La première tranche du premier aqua-parc à Saïdia est en cours d’achèvement.

    Concept caduc

    Saidia fonctionne à deux vitesses. L’ancienne ville vit à son rythme toute l’année, avec la parenthèse de l’été. Ce n’est pas le cas de la station balnéaire qui se transforme en ville fantôme à partir de la mi-septembre. Tous les ministres du Tourisme avaient promis, sans y parvenir, de s’attaquer à cette saisonnalité réduite. «La ville est pleine à craquer mais commence à se vider après le départ des MRE. Ce phénomène est accéléré par une rentrée scolaire précoce», souligne Youssef Zaki, président du Conseil régional du tourisme depuis avril dernier. Le personnel administratif et enseignant est obligé d’écourter son congé pour signer les PV le premier septembre. «Pour encourager le tourisme intérieur, le meilleur système est d’organiser une rentrée scolaire tardive d’autant que septembre est un mois chaud», dit-il.
    En outre, les résidences de la station ont été conçues autour des piscines, un concept qui devient caduc dès que l’automne pointe son nez. Pour sortir de ce cercle vicieux et traiter  sérieusement ce phénomène qui plombe la ville, Youssef Zaki propose de mettre en synergie les activités de promotion de la lagune de Marchica de Nador et de la station de Saidia. Il s’agit de créer une académie de golf, une école de voile, autant d’opportunités pour organiser des activités  et des compétitions entre les deux stations. Pour le président, l’erreur à ne pas commettre est de concevoir les hôtels et les résidences uniquement sous l’angle des vacances d’été. Il est impératif de prévoir des activités pour l’hiver, comme des piscines chauffées, des terrains de tennis, des salles de sports,… Et surtout activer le contrat programme pour le développement de l’arrière-pays, signé en juin 2013, sans être concrétisé.

     

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