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Politique

Communication
Comment fabriquer l’opinion publique

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4873 Le 11/10/2016 | Partager
Marketing, idéologie... Un bon mix devra faire la différence
Chaque mot et chaque action entraînent une responsabilité
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Oumama  Ech-Cherif El Kettani est professeur de l’enseignement supérieur à l’Université Mohammed V à Rabat. Elle est experte en communication politique et stratégique (Ph. OEE)

- L’Economiste: Quelle est la différence entre la com’politique et la communication en général?
-  Oumama Ech-cherif El Kettani:
Je considère que la communication politique englobe le rôle de la communication dans la vie politique au sens large, dans ses dimensions électorale, parlementaire, gouvernementale ou non moins gouvernementale, en intégrant aussi bien les médias que les sondages, le marketing et la publicité politique.
La communication politique met en scène, dans l’espace public, des acteurs qui s’expriment au nom d’institutions et de logiques collectives, les partis politiques par exemple, susceptibles de fédérer ou d’engager les sujets singuliers de la sociabilité.  La communication politique s’érige alors comme l’un des vecteurs principaux de transformation, sinon comme le «moteur» de l’espace public où elle exerce des effets persuasifs sur la société, et de là, le véritable moteur de la démocratie. Elle représente l’espace symbolique, constitué par le jeu des acteurs politiques, des médias, de l’opinion publique, et la circulation de leur discours.

 - Quel est alors le rôle du politicien dans cette communication?
- Le politicien a des comptes à rendre dans l’espace public, lequel est limité par un champ de conscience collective assimilable à l’ordre juridique dans lequel il se trouve. La conséquence de ce rapport de représentation, largement codé depuis l’émergence de la démocratie représentative, est que l’affirmation lisible vaut intentionnalité («la parole correspond à ce que je veux, et ce que je veux est l’accès au pouvoir»). Cette considération est importante car elle conditionne l’image même du politique dans l’espace public. Chaque mot entraîne une responsabilité, mais aussi, chaque projet politique ne pourra exister qu’à travers des mots agencés selon une stratégie discursive déterminée ayant pour objectif d’obtenir l’adhésion maximale de l’opinion publique.
- Et celui des médias?
- Le rôle des médias, comme toujours, a été central pour expliquer les enjeux et organiser des confrontations. Surtout quand ils ont réalisé l’ampleur du déni. Le contenu des débats aurait-il conduit à un autre résultat si les médias avaient commencé plus tôt un travail d’explication et de débats? La communication politique est donc au cœur de la co-construction politique, donc de la démocratie.
De même que la tentation de réduire l’opinion publique aux sondages est forte. Ne sachant pas comment se forment les opinions dans une sociologie plurielle, le Maroc n’est pas encore un espace public nécessitant un minimum de langue, représentations, idéologies, enjeux communs. Les «opinions» des uns et des autres ne veulent pas dire la même chose. Mieux vaut d’abord interroger l’histoire, comparer. En un mot, admettre que la question des opinions des partis politiques n’a rien à voir avec celle de chacune des opinions individuelles. Une opinion, chez un individu, suppose comprendre les rapports entre information, connaissance, représentation, idéologie, stéréotype, rumeur, préjugés. Sans omettre de relever au passage que nous assistons à une évolution vers une nouvelle sociologie électorale aujourd’hui orientée vers ce que je qualifierais de «scandalophilie»…

- Justement la communication politique ne s’intéresse-t-elle pas uniquement aux campagnes électorales?
- Ce sont effectivement des moments intenses de la communication politique. Quoique le recours, lors de ces campagnes, aux techniques de la publicité et du marketing politique par pur mimétisme, sans en maîtriser les rouages, les réels enjeux et soubassements, sachant qu’on ne vend pas une idée comme on vend un produit de consommation, aboutit à un résultat totalement opposé au résultat escompté! Communiquer, lors d’une campagne électorale, c’est se dépasser pour donner vie à une intention incarnée dans un projet et le transmettre. C’est donc, pour beaucoup, une question d’aptitude, d’entraînement et de maîtrise d’un certain nombre d’outils linguistiques et paralinguistiques, ensemble de techniques de communication publique utilisées durant l’exercice du pouvoir en vue de l’obtention, et surtout de la conservation, du soutien populaire sur la voie de l’accès à l’enjeu unique de cette communication: le pouvoir.
 
- Comment évaluez-vous la communication des partis politiques au Maroc?
- Les partis politiques marocains, du moins les plus représentatifs d’entre eux, s’étaient structurés, au lendemain de l’Indépendance, dans la perspective de confrontation avec le gouvernant et non dans la perspective de participer à l’exercice du pouvoir: ils ont été conçus pour revendiquer la démocratie, pas pour la vivre. En conséquence, il est évident que leurs structures internes, leur idéologie ou leur mode de fonctionnement, ont été conçus en fonction de ce dessein. Cette logique revendicative, imbue d’un attrait à la révolte, marinée dans un parfum syndicalisant, répondait aux nécessités de l’époque. Ce serait pur anachronisme que de reprocher aux partis d’avoir été ainsi. Mais l’anachronisme est encore grand de les voir continuer à fonctionner aujourd’hui selon un modèle obsolète. Nous ne sommes plus dans une logique politique belligérante. Nous entrons dans une logique participative pour l’exercice du pouvoir.

- Cela est-il assimilé par tout le monde?
- Au Maroc, le temps n’étant plus aux grandes idéologies, on assiste à une absence de positionnement ou de choix politique exprimés par un nomadisme politique jusque là, incontrôlé. Le phénomène de transhumance était un facteur déterminant dans la dé-crédibilisation des partis politiques, impliquant forcément l’abus de confiance infligé à l’électeur. Par conséquent, aucune formation politique ne peut déterminer avec certitude le type d’électorat qui lui soit acquis à partir d’une «solidarité structurelle». D’autre part, on assiste également à un relâchement de la pratique militante et partisane sur la durée, conséquence logique du fait que les partis soient devenus de simples «boutiques électorales» faisant des élections une période d’actions conjoncturelles.

Impossible de faire taire le citoyen!

Déficit de communication ou déclin des partis politiques, pour Oumama Ech-Cherif El Kettani, la conséquence logique est l’incompréhension de la majeure partie de la population de ce qui se passe dans l’espace public ; automatiquement, elle réagit en manifestant son indifférence, ou son désintérêt de la chose politique. «Je rappelle que la communication politique n’est ni les paillettes, ni le marketing, ni la publicité. C’est tout au plus l’espace symbolique, constitué par le jeu des acteurs politiques, des médias, de l’opinion publique, et la circulation de leur discours». Selon l’experte en communication politique, on ne peut pas aspirer à la démocratie avec un grand nombre d’acteurs, le suffrage universel, beaucoup d’informations, de médias, de sondages, sans une réflexion sur le rôle essentiel de ce triangle de la communication politique. Pour l’enseignante à l’Université Mohammed V à Rabat, le risque est de se refermer, perdre le contact avec la réalité, rétrécir le jeu politique et ne pas maîtriser la réaction des citoyens. Réaction qui a d’ailleurs été variable et non constante sur les trois dernières échéances législatives. De nos jours, ni les médias, ni les élites ne font l’opinion et l’élection. Ils ne font que les subir, d’autant plus que le citoyen est de plus en plus expressif et communicant: «Le citoyen détient désormais le comment et le quand de la fabrication de l’opinion publique, ne serait-ce que grâce aux réseaux sociaux virtuels et aux autoroutes de l’information: impossible de faire taire le citoyen».

Propos recueillis par Amine Boushaba

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