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    Tribune

    Plaidoyer pour une nouvelle stratégie de croissance

    Par Tarik EL MALKI | Edition N°:4854 Le 09/09/2016 | Partager

    Tarik El Malki, docteur en économie, plusieurs fois distingué par des prix de recherche, dont celui de L’Economiste. Il est directeur du développement, des relations internationales et de la recherche scientifique du groupe ISCAE et chroniqueur sur Atlantic Radio  (Ph. TM)

    L’année 2016 restera dans les annales de l’Histoire comme la pire en termes de performances économiques depuis 20 ans. En effet, la croissance de l’économie marocaine ne devrait pas dépasser 1% avec une création d’à peine 33.000 emplois nets. Aussi,  devant l’échec patent du gouvernement sortant en matière économique et sociale, il devient impératif pour notre économie de passer à un nouveau seuil de croissance qui permette de créer des emplois de qualité et durables. L’objectif étant bien évidemment de juguler le chômage des jeunes qui devient endémique et de faire enfin entrer le Maroc dans le concert des pays émergents.
    Cette  nouvelle stratégie de croissance que nous souhaitons inclusive devra, à mon sens, s’articuler autour des éléments suivants:
    1. Le cadre macroéconomique, à travers les politiques monétaire, budgétaire, fiscale et de change, doit être révisé de manière à atténuer les fluctuations du taux de croissance potentiel, à maintenir des taux d’inflation actuels et anticipés stables, à réduire les risques d’instabilité financière et à gérer l’endettement du pays. Dans ce contexte, la mise en place d’une réforme fiscale qui soit juste, équitable, et basée sur la progressivité s’avère nécessaire de manière à favoriser le renforcement de la compétitivité des entreprises et  l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages. L’alignement progressif de l’imposition du capital sur celle du travail est une nécessité. En outre, une plus grande flexibilité de la politique monétaire s’avère indispensable. De la même manière, en ce qui concerne la conduite de la politique budgétaire, il s’agit d’une part de faire le choix de la prudence en matière d’endettement et de déficit budgétaire et d’autre part, de faire le choix de la transparence au niveau de la gestion des finances de l’Etat. L’Etat doit également mettre en place de nouveaux instruments de gouvernance afin de porter cette vision, à travers notamment la multiplication des Partenariats public-privé (PPP).
    2. Les dépenses d’investissement public devront être réallouées ou réaffectées dans le sens d’une consolidation des infrastructures de base (routes, énergie, systèmes de télécommunications de base, eau et assainissement) et l’infrastructure avancée (technologies de l’information et de la communication), ainsi qu’une meilleure répartition du capital public entre les différentes régions.
    3. L’évolution du régime de change, à parité fixe actuellement, vers un régime de change plus flexible s’avère nécessaire de manière à refléter  la véritable valeur de la monnaie nationale, surévaluée aujourd’hui, et d’aider au rétablissement de l’équilibre de la balance des paiements, de retrouver une compétitivité-coût qui s’est érodée ces dernières années, et de faciliter l’absorption des chocs externes.
     

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    Les différents plans d’accélération industrielle ont certes donné un élan à l’économie marocaine mais gagneraient pour certains d’entre eux à être renforcés, voire révisés (Ph. L’Economiste)

    4. Les politiques sectorielles mises en place dans plusieurs secteurs productifs stratégiques, dont les secteurs agricole, industriel, du tourisme, des énergies renouvelables devront être soit révisées, ou bien renforcées et accélérées tandis que de nouveaux secteurs fortement prometteurs (l’économie numérique notamment) doivent connaître la mise en place de  plans sectoriels adaptés. Au-delà des spécificités inhérentes à chaque secteur, ils ont un défi commun, celui de s’adapter à un environnement international complexe, en pleine mutation. L’objectif serait de redéployer les ressources matérielles et immatérielles de manière à favoriser l’innovation, permettre un positionnement plus favorable au niveau des marchés étrangers, et ainsi bénéficier au mieux de la croissance et de la demande attendue dans ces secteurs.
    5. La mise en place d’une grande réforme du marché du travail s’impose également visant non pas une diminution du coût de la main-d’œuvre mais plutôt l’assouplissement de la réglementation du travail et le renforcement des capacités et des compétences dans des secteurs où le Maroc détient des avantages comparatifs (métiers mondiaux, automobile, aéronautique, énergies renouvelables…) afin de permettre au pays de tirer profit des opportunités créées par les changements en cours dans les marchés mondiaux. A ce titre, l’exemple de la réforme du travail opérée récemment en Italie est à étudier.
    6. Le  rôle du secteur financier national dans le financement des PME/TPE devra être renforcé, tant au niveau des activités de production que de celles d’innovation, et dans sa capacité à soutenir le processus d’intégration à l’international des entreprises marocaines. Il s’agit également de favoriser une concurrence plus forte dans le secteur financier afin d’accélérer le développement du financement de marché non bancaire, de développer l’épargne et l’expansion du financement de l’économie. De nouveaux outils de financement doivent être mis en place, tels qu’une Banque publique d’investissement, les fonds de capital-investissement en PPP, le crowdfunding, etc.
    7. Enfin,  l’intégration régionale du Maroc devra être renforcée, que ce soit au plan de la réactivation de l’UMA et de la mise en place de partenariats commerciaux avec les pays d’Afrique subsaharienne. L’enjeu pour le Maroc est de capitaliser sur sa position géostratégique, dans le contexte de la nouvelle division internationale du travail, pour se concentrer sur la «montée en gamme» du pays. A ce titre, le Maroc bénéficie d’une présence bien établie en Afrique dans de nombreux secteurs et d’un héritage culturel commun nécessaire pour affronter une concurrence internationale féroce. Aussi, le renforcement de cette dynamique d’intégration régionale permettrait à terme de développer des marchés d’exportation pour une production à contenu technologique plus élevé.
    Dans un souci d’efficacité et d’efficience, ces politiques doivent être mises en place de manière simultanée pour permettre à notre économie d’émerger véritablement. Ce faisant,  l’impact en termes de taux de croissance et de création d’emplois qualifiés n’en sera que favorablement impacté. Ces réformes devraient atteindre des niveaux de croissance de 6-7% et de permettre la création de 200.000 emplois par an.

     

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