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Chronique

L’inquiétant Monsieur Erdogan

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4839 Le 19/08/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

La Turquie d'Erdogan après le putsch raté est en train de vivre de grandes transformations. Non seulement le président turc Erdogan profite de cette épreuve pour régler leurs comptes à ses ennemis intimes, incarnés par Fethulah Gulen, installé aux Etats-Unis, en se livrant à une gigantesque purge mais il saisit cette séquence et les contraintes qu'elle lui impose pour tenter d'aboutir à d'autres alliances politiques régionales et réécrire sa politique étrangère.
De sa rencontre avec Vladimir Poutine est née une conviction que la Turquie pourrait, sinon changer ses alliances, du moins réajuster sa politique à l'égard des crises régionales. Un assouplissement à l'encontre de la Syrie et du régime de Bachar El Assad est pressenti. Un virage dans la guerre contre Daesh avec des opérations communes avec les russes est attendu. Une grande révision de la très stratégique relation entre Ankara et Washington est dans tous les esprits. Sans parler de ce rôle de chef d'une confrérie internationale invisible qui vise à favoriser l'accès de l'islam politique au pouvoir là où cela est possible. Cette accusation d'être le chef d'orchestre des frères musulmans lui vaut actuellement une haine féroce de la part du président égyptien Abdelfatah Sissi.

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De la récente rencontre avec Vladimir Poutine est née chez Erdogan  une conviction que la Turquie pourrait, sinon changer ses alliances, du moins réajuster sa politique à l’égard des crises régionales (Ph. AFP)

Par ailleurs les informations parues dans la presse internationale selon lesquelles ce sont les russes qui avaient alerté Erdogan de l'éminence d'un coup d'Etat n'ont  reçu de démenti ni de Moscou ni d'Ankara. Et si elles s'avéraient pertinentes, elle feront de Erdogan un obligé. Et cela est d'autant plus important qu'il intervient dans un contexte de tension avec Washington. Il est vrai que le vice-président américain est attendu en Turquie ce 24 août avec pour mission principale de recoudre les fils distendus de leurs relations. Mais les turcs semblent l'attendre de pied ferme. Le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusolgu est catégorique: «L'élément principal dont dépend l'amélioration de nos relations avec les États-Unis est l'extradition de Gülen, où il n'y a pas de place pour la négociation».
Mais le changement le plus palpable qui se profile touchera la relation avec l'Union Européenne. Déjà tendue avant le putsch, les liaisons entre Bruxelles et la Turquie risquent de subir une grande pression. Erdogan ne cache plus son amertume. Il perçoit la déception de certains Européens quand ils avaient constaté l'échec du Coup d'Etat militaire. Il est d'autant plus remonté que ceux qui, après une hésitation, ont montré leur soutien et leur solidarité à son égard,  l'ont fait en posant des conditions si crues qu'ils ont fini par jeter de la lumière sur ses défauts et ses tendances despotiques.
Le chèque en blanc refusé à Erdogan depuis Paris, Berlin ou Bruxelles, était de nature à radicaliser les positions du président Turc et à ternir son image déjà assombrie par une sulfureuse réputation. D'ailleurs une des plumes du journal «Le Figaro» Renaud Girard n'hésite pas à le qualifier de menace pour

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l'Europe:
«Pour les Européens, Erdogan est une menace spécifique parce que, contrairement à Mustapha Kemal, il n'a ni admiration ni affection pour la culture occidentale». Cette approche ne semble plus choquer personne.
Erdogan, qui n'était déjà pas chaud pour signer l'accord historique avec Bruxelles sur la crise des réfugiés, semble profiter de la nouvelle donne pour exiger davantage de concessions de la part de l'Union européenne en échange du rôle de gendarme qu'elle lui a dévolu pour protéger ses frontières et réguler les puissants flux migratoires qui utilisent la porte turque pour s'infiltrer en Europe.  En ces temps de grande incertitude, Erdogan appuie sur un levier très sensible à Bruxelles avec une tonalité de maître chanteur avérée: supprimer le système des visas imposés aux citoyens Turcs et donner un coup d'accélérateur au processus d'adhésion ou revoir l'ensemble du deal passé avec l'Union européenne avec le risque de voir se déverser sur ses territoires tous ceux qui fuient les conflits du Moyen-Orient.
L'Union européenne n'a pas encore répondu à cette nouvelle posture turque. Sans doute, incrédule, est-elle en train de s'interroger pour distinguer la part de sérieux et celle de la surenchère et du marchandage propre à toute logique de négociations politiques dans les nouvelles positions de Erdogan...

Dindons d’une farce internationale

Dans le sillage du putsch raté du 15 juillet, Erdogan a clairement fait savoir qu’il allait militer pour le retour de la peine de mort en Turquie pour punir tous les félons qui ont essayé de la faire tomber. Cette menace a fait l’effet d’une bombe dans les capitales européennes. Elle signifie deux choses essentielles. La première est que le régime Erdogan se raidit sous l’effet de la peur au point de vouloir faire revivre un arsenal juridique pour éradiquer son opposition. La seconde est que si cette démarche aboutit, elle clôt de manière définitive tout le long et difficile processus d’adhésion à l’Union Européenne. La peine de mort rendrait inéluctablement incompatible une adhésion de la Turquie à la famille européenne. Même massivement rejetée par les opinions européennes, cette adhésion servait de précieux levier pour la fois séduire et exercer des pressions sur le pouvoir d’Ankara pour contenir ses démons despotiques. Signes des temps, le ministre des affaires étrangères turc parle ouvertement «d’humiliation» pour qualifier l’actuelle relation entre Bruxelles et Ankara. Les turcs ont l’impression d’être les dindons d’une farce internationale. Le coup d’Etat raté a eu ces dommages collatéraux de révéler au grand jour ce qui se murmurait avec contrition dans les couloirs de cette relation.

 

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