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Presse : La Vie Economique suspendue de l'AMPHP

Par L'Economiste | Edition N°:263 Le 16/01/1997 | Partager

Que s'est-il donc passé pour que la nouvelle Association de la Presse Hebdomadaire et Périodique en arrive à suspendre un de ses membres fondateurs, La Vie Economique, et que l'affaire provoque autant de remous dans l'ensemble de la presse?


Le rachat à la famille de M. Marcel Herzog de l'hebdomadaire La Vie Economique par M. Jean-Louis Servan-Schreiber, qui en est le président, s'est passé en deux tranches, une en 1991 pour la première moitié puis l'autre en 1994.
Engagée dans une profonde révolution, la profession n'avait pas vu d'un mauvais oeil l'arrivée dans le monde de la presse d'un grand professionnel français. Certes, M. Servan-Schreiber avait eu des déboires quant à la ligne éditoriale comme sur le plan financier avec le titre L'Expansion en France, mais cela pouvait être interprété diversement, y compris comme des dissensions au sein du Comité de direction. Toujours est-il qu'en 1994 le groupe CEP-Le Moniteur des Travaux Publics avait dû reprendre L'Expansion. C'est à cette époque que La Vie Economique a cessé de faire partie du groupe L'Expansion, Le Moniteur n'ayant pas étendu la reprise jusqu'aux titres détenus en propre au Maroc par M. Servan-Schreiber. Il n'en restait pas moins que M. J.-L. Servan-Schreiber ainsi que les membres du Comité de L'Expansion avaient participé à la modernisation de l'économie française dans les années 60 et début 70. Cette carte de visite faisait donc largement contrepoids aux ombres survenues dans les années 80.

Au moment de l'arrivée de M. Servan-Schreiber, en 1991, la presse marocaine s'apprêtait à vivre un bouleversement total. On a peine aujourd'hui à se souvenir des kiosques sans L'Economiste, Maroc Hebdo, Téléplus dans sa version très volumineuse, La Nouvelle Tribune, Le Quotidien du Maroc, en français puis en arabe, Maison du Maroc, Maghreb Elyoum, Femmes du Maroc... On a peine aussi à se souvenir du Matin du Sahara sans couleurs et avec un maximum de 16 pages. En cinq ans la presse a connu une explosion, largement favorisée par le très gros investissement du Matin du Sahara dans son imprimerie. C'est en effet elle qui supporte la quasi-intégralité de l'impression, sans abuser, il faut le souligner, de sa position de quasi-monopole. Au passage, il faut aussi saluer le dévouement des équipes de M. Rouissi, directeur du Matin, et la discipline que les journaux ont établie entre eux pour que chacun soit imprimé à temps.
La partie nouvelle du secteur, celle qui n'existait pas à la mi-1991, emploie aujourd'hui directement quelque 200 personnes pour des investissements un peu supérieurs à 100 millions de DH. Les employés sont de jeunes diplômés, dont les salaires et les avantages sociaux sont alignés sur ceux des secteurs privés modernes comme la banque, l'informatique ou l'ingénierie. Les anciennes publications sont aussi concernées par ce mouvement de fond. L'informatisation de première génération, qui avait commencé à L'Opinion-Al Alam au milieu des années 80, s'est répandue dans toute la presse et en est à sa 3ème génération, le statut social n'est plus au misérabilisme des années 80... et les tirages ont considérablement augmenté. C'est peut-être parce que cette véritable révolution est profondément ancrée dans l'évolution économique et politique du Maroc qu'il est difficile de mesurer combien ce bouleversement est fondamental, dans son volume, dans sa forme et dans son fond.

Alors pourquoi dans ce nouveau paysage La Vie Economique a-t-il eu du mal à s'insérer, avec tous les atouts qu'il avait en main? La nationalité de son propriétaire n'est pas en cause: en tant que journaliste, il a le droit d'exercer librement ses jugements et, à vrai dire, l'ensemble de la presse marocaine présente depuis toujours cette particularité d'accueillir en son sein diverses nationalités, y compris des Français et des Espagnols aux moments les plus chauds de l'Indépendance.
M. Marcel Herzog, qui a longtemps collaboré au Matin du Sahara avant de s'investir dans La Vie Economique dans les années 70 et 80, restera sans doute la figure emblématique de cette ouverture.
En monopole reconnu sur le terrain économique jusqu'en 1991, La Vie Economique a perdu sa prééminence en 1993. Sa croissance était pourtant bonne, conforme à la croissance du secteur. C'est alors que sont arrivées les ambiguïtés, les déformations de faits sur les tirages, les ventes, les prix de la publicité... Rien de très grave, juste des comportements irritants pour le reste de la profession.
Mais la croissance de La Vie Economique se ralentit, ce qui par rapport au développement du reste du secteur est une régression. L'abandon du terrain économique pour un concept plus généraliste en 1996 ne parvient pas à remettre le titre sur la voie de la croissance.
Avec trois en sept mois, les rédacteurs en chef se succèdent plus rapidement que par le passé. Ils ne parviennent toujours pas à trouver un équilibre dans la ligne éditoriale: les directives contradictoires de M. Servan-Schreiber ne le permettent pas, car elles ont des objectifs commerciaux ou des objectifs de relations personnelles qui ne sont pas toujours en phase avec une information correcte. Ceci met évidemment mal à l'aise les journalistes professionnels. Le secteur a essayé de ramener le titre sur une voie plus professionnelle mais les démarches n'ont pas abouti.
Ce qui devait arriver est donc arrivé: une crise majeure dans la rédaction de La Vie Economique, des journalistes victimes d'abus et un mensonge éhonté sur les ventes pour essayer de sauver le courant publicitaire. Ce sont tous les vieux démons de la presse des années 80 qui refaisaient ici surface.
Compte tenu des ambitions d'éthique et de modernisation du secteur, ceci ne pouvait pas rester sans suite.
D'où la suspension de La Vie Economique de sa qualité de membre de l'Association. S'il est permis de formuler un espoir, c'est celui de voir cet hebdomadaire et son président adopter rapidement les règles normales de fonctionnement d'une entreprise de presse, vis-à-vis de ses employés, de ses annonceurs et de ses lecteurs comme vis-à-vis de ses sources d'informations. Sous cette condition, dont ce titre serait le premier bénéficiaire, c'est avec plaisir que la profession verra La Vie Economique reprendre sa place dans L'Association.

Abdelmounaïm DILAMI

Communiqué de l'Association de la Presse Hebdomadaire et Périodique

Respecter la confraternité et l'éthique


L'Association Marocaine de la Presse Hebdomadaire et Périodique a tenu, vendredi 10 janvier, la réunion de son Bureau directeur constitué de ses membres fondateurs.
Etaient présents MM. Abdelmounaïm Dilami pour L'Economiste, Abdelhafid Rouissi pour Le Temps du Maroc, Mohamed Selhami de Maroc-Hebdo, Nasr Eddine El Afrit pour le groupe Communication Economique, Najib Senhadji pour La Vie Economique et Fahd Yata de La Nouvelle Tribune.
L'ordre du jour de cette réunion comportait les points suivants:
- Examen du projet de statut de l'Association.
- Discussion des relations entre la presse périodique et les divers intervenants du secteur (agences en communications, annonceurs, etc) sur la base d'un rapport introductif de M. El Afrit.
-Questions diverses.
Le Bureau constitutif de l'AMPHP qui se compose du président, M. Dilami, des vice-présidents, MM. Rouissi, Selhami et El Afrit, du trésorier M. Senhadji et du secrétaire général M. Yata, après lecture et approbation des divers articles du projet de statut, a directement abordé le troisième point de l'ordre du jour, en raison de l'importance du problème posé.
En effet, La Vie Economique a tout récement présenté, lors d'une réunion avec des annonceurs et des agences publicitaires, un document qui portait, entre autres, appréciation et estimation des ventes et du "coût au mille" pour plusieurs périodiques de la presse nationale.

Le Bureau constitutif de l'Association, après discussion et confrontation des divers points de vue, a considéré que la démarche de cet hebdomadaire, pourtant membre-fondateur de l'AMPHP, était intempestive, inamicale et déloyale, parce que basée sur des chiffres et données statistiques erronés et tronqués. L'Association a, en outre, considéré que nul n'avait investi cette publication d'une mission d'information sur le tirage et les ventes des uns et des autres.
Regrettant ce "cavalier seul" qui porte préjudice à la pérennité et la viabilité de l'AMPHP, alors que l'un des buts fondamentaux de cette association réside dans l'élaboration d'un code déontologique et d'une éthique faits de transparence et de respect mutuel, les membres du bureau de l'AMPHP n'ont pas accepté les explications et justifications de M. Senhadji. En effet, la démarche de La Vie Economique se base sur des chiffres et estimations totalement récusés par les divers titres qui affirment, par ailleurs, leur entière et réelle volonté de participer à la mise sur pied d'un organisme de contrôle et de vérification indépendant, pour une évaluation fiable des performances de chacun.
Pour ces considérations et dans le souci de préserver à la fois l'unité de l'Association, mais également le climat de confraternité et de solidarité au sein de cette instance, le Bureau constitutif a décidé la suspension de l'adhésion de l'hebdomadaire La Vie Economique. L'AMPHP espère que cette publication apportera rapidement les correctifs nécessaires lui permettant de réintégrer les rangs de l'Association.

Le Bureau Constitutif de l'AMPHP


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