Economie

Le barrage Al Wahda ouvre ses vannes

Par L'Economiste | Edition N°:272 Le 20/03/1997 | Partager

La protection de la plaine du Gharb contre les crues, l'irrigation, la production d'énergie et l'alimentation en eau potable, tels sont les quatre objectifs assignés au plus grand barrage du Maroc. Sa capacité de retenue d'eau s'élève à 3,8 milliards de mètres cubes.


L'eau, denrée rare, est sous les feux de l'actualité. L'inauguration ce jeudi 20 mars du barrage Al Wahda par le Souverain et le président italien Oscar Luigi Scalfaro donne beaucoup plus d'éclat à l'événement. Le lendemain démarrent les travaux du premier Forum Mondial de l'Eau à Marrakech. Cette rencontre de trois jours est organisée par le Conseil Mondial de l'Eau.
En fait, le barrage Al Wahda a été mis en service le 12 novembre 1996 pour canaliser les eaux pluviales de décembre. Au 19 mars, le volume d'eau stockée dans le barrage s'élève à 2,355 milliards de mètres cubes, soit 63,1% de sa capacité estimée à 3,8 milliards de mètres cubes. Cette capacité et le délai de réalisation de l'ouvrage font dire à M. Abdelaziz Méziane Belfekih, ministre des Travaux Publics: «C'est le plus grand barrage que le Maroc ne puisse jamais réaliser». L'ouvrage, confié à un consortium d'entreprises dont deux italiennes (Torno et Cogefar), aura coûté pas moins de 8,95 milliards de DH, financés par plusieurs fonds étrangers dont celui du gouvernement italien. Le montant des expropriations a atteint 730 millions de DH. Ce barrage est situé dans la Province de Sidi-Kacem, à 40 km au Sud-Est de Ouazzane et à 60 km au Nord-Ouest de Fès. Considéré comme le deuxième en Afrique après celui d'Assouan en Egypte, ce barrage, dont la construction a duré plus de six ans, s'est assigné quatre objectifs.

Nouvelles cultures


Le premier concerne la mise en valeur du périmètre par l'irrigation de 100.000 ha supplémentaires dans la plaine du Gharb, soit 10% du potentiel irrigable du pays. Cette superficie mobilisera pas moins de 1,7 milliard de mètres cubes d'eau par an. Cette nouvelle configuration de la carte agricole de la région va s'enrichir avec l'introduction de nouvelles cultures et le développement de la production laitière et de viandes.
Le deuxième a trait à la production d'énergie. En effet, une usine hydroélectrique dont le coût est estimé à 1,7 milliard de DH produira en moyenne 400 millions de kWh par an. Cette capacité peut couvrir les besoins en énergie d'une ville de la taille de Tanger, indique un communiqué.
Troisième objectif: la Direction de l'Hydraulique assure qu'un volume de 600 millions de mètres cubes d'eau sera transféré vers la zone de Casablanca et la Chaouïa. 470 millions de mètres cubes seront consacrés à l'alimentation en eau potable et les 130 millions restants à l'irrigation.

Autre objectif: la protection de la plaine du Gharb et de Kénitra contre les inondations. «La mise en eau en novembre dernier a pu en effet faire éviter à cette région des dégâts aux infrastructures et à la production agricole», indique Moulay Hassan Badraoui, chef de la Division de la Planification de l'Eau à la Direction de l'Hydraulique. Grâce donc à sa mise en eau, toutes les crues de décembre dernier enregistrées au niveau de l' Oued Sebou ont été de faible importance. En moyenne, les dommages sont estimés à 200 millions de DH par an. Le taux de rentabilité économique du projet est de 15%.
La réalisation de cet ouvrage ne manquera pas d'avoir des retombées économiques et sociales sur toute la région. En plus de la mise en valeur des 100.000 ha, le projet a prévu la réalisation de 300 km de routes. En outre, la Direction de l'Hydraulique a construit en amont de l'ouvrage quatre barrages moyens qui ne manqueront pas de doper le développement de la région de M'jara, est-il indiqué.
La construction d'Al Wahda s'intègre dans la vision du Ministère des TP qui cherche à résoudre des problèmes de solidarité entre les régions et la gestion de l'eau à long terme. D'ailleurs, la construction des barrages permettra de retarder la pénurie en eau. Pour cela, des ressources alternatives devront être développées. Il s'agit du dessalement de l'eau de mer et du recyclage des eaux usées pour l'irrigation.

Mohamed CHAOUI

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