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Chômage, investissement, endettement…: Les bonnes prévisions de Bruxelles

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5390 Le 12/11/2018 | Partager
Le PIB devrait continuer de croître, mais à un rythme plus lent
Des réformes nécessaires pour dynamiser la croissance et l’emploi
Un effet probablement positif sur le Maroc
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Selon les prévisions de Bruxelles, la zone euro verra sa croissance fléchir, pour passer de 2,4% en 2017 à 2,1% en 2018, puis à 1,9% en 2019 et 1,7% en 2020. Pour l’UE-27, il faudrait s’attendre à un taux de 2,2% cette année, puis 2% l’année prochaine et 1,9% en 2020. Le chômage continuera de reculer. La dette publique de la zone euro devrait continuer de baisser, le déficit demeurant nettement en deçà de 1% du PIB.
NB : Pour le FMI, l’environnement extérieur est devenu moins favorable. D’après ses projections, la croissance de l’Europe devrait aussi tomber de 2,8% en 2017 à 2,3% en 2018 et ensuite à 1,9% en 2019

Après les chiffres d’Eurostat (cf. notre édition N° 5385 du 02/11/2018), c’est au tour de la Commission européenne de publier ses perspectives économiques de l’automne. A moins de chocs majeurs, l’Europe (principal partenaire commercial du Maroc) devrait être en mesure de maintenir une croissance économique supérieure au potentiel, une création d’emplois solide et un chômage en baisse.

L’économie marocaine devrait bénéficier de toute accélération de la croissance de ses partenaires européens. Elle peut être ressentie à plusieurs niveaux que ce soit sur la demande étrangère adressée au Maroc, les recettes touristiques, les transferts des MRE ou encore les flux d’investissements étrangers.

■ La demande intérieure continue de tirer l’économie: La montée de l’incertitude, les tensions commerciales (de nouvelles discussions sur le commerce sont prévues cette semaine à Washington) et le renchérissement du pétrole auront un effet modérateur sur la croissance en Europe. Les locomotives de la reprise économique sont appelées à devenir de plus en plus nationales. La consommation privée devrait bénéficier d’une croissance plus forte des salaires et de mesures budgétaires dans certains Etats membres. Les conditions de financement et les taux élevés d’utilisation des capacités devraient également rester favorables à l’investissement. En 2019, pour la première fois depuis 2007, celui-ci devrait progresser. Compte tenu de l’ensemble de ces facteurs, le produit intérieur brut (PIB) devrait continuer de croître, mais à un rythme plus lent. Et, selon toute vraisemblance, un peu moins soutenu qu’escompté pendant l’été.
■ Accalmie sur le chômage: La situation sur le marché du travail s’est encore améliorée au cours du premier semestre de 2018. La croissance de l’emploi demeurant stable malgré le fléchissement conjoncturel. Par conséquent, de nouvelles réformes structurelles s’imposent pour accélérer la cadence.
La décrue du chômage devrait se poursuivre, mais à un rythme plus lent que par le passé. Ceci étant donné que la progression de l’emploi sera freinée à terme par une pénurie croissante de main-d’oeuvre et par le ralentissement des perspectives. Dans la zone euro, le taux de chômage devrait tomber à 8,4% cette année, puis à 7,9% en 2019 et 7,5% en 2020.
Dans l’UE-27, il devrait s’établir à 7,4% cette année, avant de tomber à 7% et à 6,6% pour les deux prochaines années. Il s’agirait du taux de chômage le plus faible enregistré depuis le lancement, en janvier 2000, de la série des chiffres mensuels du chômage.
■ Les finances publiques sur la bonne trajectoire: Le déficit public de la zone euro rapporté au PIB devrait continuer de baisser cette année, grâce à des dépenses d’intérêts moins importantes. Cette baisse devrait s’interrompre l’année prochaine pour la première fois depuis 2009, étant donné que l’orientation budgétaire deviendra légèrement expansionniste en 2019 et globalement neutre en 2020. Le déficit public de la zone euro devrait augmenter, pour passer de 0,6% du PIB en 2018 à 0,8% en 2019, puis diminuer à 0,7% en 2020. Pour l’UE-27, il devrait passer de 0,6% du PIB en 2018 à 0,8% en 2019, puis refluer à 0,6% en 2020.
■ Les ratios de la dette au PIB: D’une manière générale, la tendance demeure celle d’une amélioration considérable par rapport à il y a dix ans, quand, en 2009, le déficit atteignait un niveau record de 6,2% dans la zone euro et de 6,6% dans l’UE. Les ratios de la dette au PIB devraient continuer de diminuer dans la zone euro et dans la quasi-totalité des Etats membres. Et ce, à la faveur d’excédents primaires ayant un effet réducteur sur la dette et de la poursuite de la croissance. Le ratio de la dette publique de la zone euro devrait diminuer, pour passer de 86,9% du PIB en 2018 à 84,9% en 2019, puis à 82,8% en 2020, alors qu’il atteignait le niveau record de 94,2% en 2014. Dans l’UE-27, ce ratio devrait tomber de 80,6% du PIB en 2018 à 78,6% en 2019 et 76,7% en 2020.

Ce que recommande le FMI

Les dirigeants devraient mettre en œuvre des réformes structurelles et dégager de nouveau une marge de manœuvre budgétaire, recommande le FMI dans ses Perspectives économiques régionales de l’Europe (publiées en novembre 2018):
- Les pays très vulnérables devraient s’efforcer de réduire leur dette publique élevée et de reconstituer des amortisseurs budgétaires afin d’être en mesure de faire face aux chocs futurs. En revanche, les pays qui disposent d’un espace budgétaire abondant et dont la position extérieure est solide devraient accroître l’investissement public pour stimuler leur potentiel économique et favoriser le rééquilibrage extérieur.
- Les priorités de la politique monétaire varient d’un pays à l’autre. Dans les pays émergents d’Europe (où les tensions inflationnistes sont globalement en hausse), les banques centrales devraient progressivement normaliser la politique monétaire en communiquant ouvertement afin de garantir un «ajustement en douceur». Dans les pays avancés d’Europe (où les tensions inflationnistes sous-jacentes sont généralement modérées), la politique monétaire devrait rester accommodante afin que l’inflation s’accélère durablement et se rapproche des objectifs fixés.
- Des politiques macroprudentielles bien ciblées peuvent être utiles pour maîtriser certains risques pesant sur la stabilité financière. Ces politiques visent principalement à renforcer la résilience financière ainsi qu’à freiner la hausse des prix des logements et la croissance du crédit…

                                                        

Les risques

Pour Bruxelles, la surchauffe de l’économie américaine, alimentée par des incitations budgétaires procycliques, pourrait provoquer une remontée des taux d’intérêt plus rapide qu’attendue. Ce qui aurait de nombreuses retombées négatives au-delà des Etats-Unis, et en particulier dans les marchés émergents qui sont sensibles aux variations des flux de capitaux et exposés à une dette libellée en dollars. Un tel scénario pourrait exacerber les tensions sur les marchés financiers. L’UE pourrait elle aussi en souffrir, compte tenu de ses liens commerciaux étroits et de l’exposition forte de ses banques.

Le creusement attendu du déficit courant américain pourrait aussi tendre encore davantage les relations commerciales avec la Chine. Il pourrait en résulter un risque accru d’ajustement désordonné dans ce pays, étant donné la fragilité financière et le niveau d’endettement des entreprises. Toute aggravation des tensions commerciales nuirait aussi à l’UE, non seulement par les effets qu’elle aurait sur la confiance et l’investissement mais aussi du fait de l’intégration élevée de l’Union aux chaînes de valeur mondiales.

Au sein de l’UE, les doutes sur la qualité et la viabilité des finances publiques d’Etats membres lourdement endettés pourraient avoir des retombées sur les secteurs bancaires nationaux. Ce qui poserait des problèmes de stabilité financière et pèserait sur l’activité économique. Enfin, il demeure également des risques liés à l’issue des négociations relatives au Brexit.

Fatim-Zahra TOHRY

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