Société

Dans l’intimité partagée des femmes palestiniennes et israéliennes

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5389 Le 09/11/2018 | Partager
Une initiative spontanée de la société civile, sans structure ni leader
Qui fait pression pour un «accord politique bilatéralement acceptable»
Un 52 mn signé Hanna Assouline et Jessica Bertaux
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«Il fallait absolument montrer cette histoire». La jeune réalisatrice Hanna Assouline a présenté son documentaire «Les guerrières de la paix», à l’invitation de Mahi Binebine. «La tentation de la haine est facile lorsqu’on regarde ce film de ce côté là du monde, mais il montre des femmes faire ce que les hommes n’ont pas su faire» affirme l’artiste.

La preuve d’une issue possible, dans ce conflit entre Israël et la Palestine, par l’intelligence des femmes. Programmée par l’Institut français, cette projection a fait figure de coup de poing. Le public réalisant le peu de considération médiatique pour ce sujet contrairement au conflit lui-même.

Ce mouvement de femmes israéliennes et palestiniennes, Women Wage Peace (WWP), s’est formé peu après la guerre de Gaza en 2014. Une initiative spontanée d’un petit groupe de femmes de la société civile, sans structure ni leader. L’objectif étant de faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il parvienne à un «accord politique bilatéralement acceptable» pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

En 2018, elles sont désormais plusieurs dizaines de milliers de femmes juives et arabes, laïques ou religieuses. Elles veulent avoir le dernier mot sur cette guerre vieille de 70 ans faite de deuils, de larmes, de vengeance. Sur une terre où le mot paix est synonyme de trahison à la mère patrie, d’un côté comme de l’autre.

Le documentaire, réalisé par Hanna Assouline et Jessica Bertaux, nous montre un quotidien qui change de celui que le monde connaît. D’autres images comme celles où elles interpellent, les yeux dans les yeux, Benyamin Netanyahou au Parlement israélien, la Knesset, où les membres de WWP vont chaque lundi. «Nous exigeons de vous des réponses» lui lance Orna Shimoni, une des fondatrices du mouvement qui a perdu dans cette guerre un fils, un mari et un frère.

  Pour la palestinienne Houda Abu Arqoub, il ne s’agit pas de regarder en arrière. «Je refuse d’être une victime». Cette habitante d’Hébron en Cisjordanie était venue pour la première fois au Maroc en octobre 2017 à l’occasion du Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira (voir L’Economiste n°5137).

Le film garde la trace de son amitié avec Michal Froman, une juive orthodoxe installée à Tekoa en Cisjordanie. Après une agression au couteau par un jeune adolescent, cette mère de 5 enfants préfère comprendre que se venger. «Nous sommes tous dans des prisons de peur» dit-elle dans le film.

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Le documentaire «Les guerrières de la paix», réalisé par Hanna Assouline et Jessica Bertaux, montre un quotidien qui change de celui que le monde connaît. Un mouvement commun entre les femmes palestiniennes et israéliennes qui ne veulent plus vivre en guerre (Ph. Public Sénat)

Ajoutant que «en revenant ici, nous sommes aussi revenus vers les Palestiniens, vers ceux qui sont sur cette terre, qui racontent l’histoire de cet endroit. Cette terre, c’est aussi eux. «Une autre amitié est racontée, celle entre Noa et Yara, deux jeunes femmes de 18 ans qui vivent de chaque côté du mur.

Condamnée à 4 mois de prison pour avoir refusé de faire son service militaire, Noa confie devant le mur de séparation israélien «que je le veuille ou non, je fais partie de tout ça. Je suis désolée». Car pour Yara ce mur lui «donne le sentiment de vivre dans une gigantesque prison, dans une cage. C’est ce qui me sépare de la mer, de l’autre partie de cette terre», ajoutant pour son amie «ce n’est pas ta faute. Ce n’est pas toi qui a construit ce mur».

Ces guerrières de la paix offrent un nouveau regard et de belles images de cette marche organisée l’année dernière dans des villes juives et arabes. Plongée au coeur de cet événement, la réalisatrice explique que «lorsque l’on est au milieu de ces femmes, portée par leur intense énergie, on se dit que tout est possible, qu’elles peuvent tout changer». Comme des bulldozers, elles veulent éveiller les consciences.

Josephine ADAMS

 

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