Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Un hommage à Rabiaâ El Adaouiya en ouverture

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5376 Le 22/10/2018 | Partager
La femme qui valait 100 hommes… ressuscitée à Bab Al Makina
Des experts, artistes et penseurs revisitent la pensée des maîtres soufies

«Le soufisme est une culture porteuse de valeurs d’ouverture, de reconnaissance de la diversité, d’altérité des cultures et des religions, et d’humanité». C’est par cette définition que Faouzi Skali a donné, samedi dernier, le coup d’envoi du Festival de Fès de la culture soufie (FFCS).

L’événement, qui célèbre du 20 au 28 octobre sa 11e édition, est tenu sous le haut patronage du Roi, et en partenariat avec le groupe Eco-Médias. Initié sous le thème «Présence du soufisme», ce festival a rendu hommage à Rabiaâ El Adaouiya, la femme qui valait 100 hommes. L’Economiste revient sur les temps forts du premier week-end de cette édition 2018.

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Le festival soufi accueille d’année en année un public et intervenants de marque. Parmi les habituels figurent Abdou Hafidi, Bariza Khiyari, Leili Anvar et bien d’autres experts qui viennent produire des œuvres littéraires, poétiques, artistiques et philosophiques

                                                                         

■ Diversité des religions, ouverture, vivre-ensemble...

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«Ô hommes! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez». Par ce verset coranique, les organisateurs du FFCS ont rappelé que l’Islam reconnaît la diversité des peuples et des religions. Mieux encore, Dieu a appelé les humains à l’ouverture et l’entre-connaissance. «Et le Maroc a su préserver cette tradition des spiritualités et d’ouverture, qui implique de façon naturelle le fait que plusieurs religions vivent sous un même toit, dans la fraternité et la coexistence fructueuse. Ce qui nous a donné une culture commune et un vivre-ensemble commun qui font partie de notre patrimoine», a souligné d’emblée le président du festival. Pour lui, «ce n’est pas fortuit si le Roi est le Commandeur des croyants (musulmans, juifs et chrétiens) et toute la fraternité d’Abraham». «Le monde étant ce qu’il est, il faut élargir cette communauté à l’ensemble des autres fois et spiritualités du monde», estime Skali. Une proposition qui a d’ailleurs enchanté SE Kheya Bhattacharya, ambassadeur de l’Inde à Rabat, présente à l’ouverture du ce 11e FFCS.

                                                                         

■ Un spectacle-création en hommage à la femme mystique

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Être dans l’ouverture n’exclut pas de puiser dans l’élévation des cultures humaines anciennes. Ceci, en vue de chercher les enseignements afin d’établir un rayon de soleil dans un monde d’obscurité. Ce sont quelques conseils du grand érudit, Moulay Abdallah Ouazzani. Pour cet habituel du FFCS, «d’année en année, ce festival s’assagit». Cette édition, l’événement voulait célébrer, en ouverture, les femmes mystiques. Mais elles sont nombreuses et les 100 minutes du spectacle inaugural ne peuvent mettre à l’honneur toutes les femmes qui ont marqué l’histoire. Le choix s’est porté sur Rabiaâ El Adaouiya, la femme dont un cheveu valait 100 hommes. Une pléiade de femmes expertes, artistes et chercheuses ont mis en scène «une ode à cette femme mystique». Leur spectacle-création, qui a animé la scène de Bab Al Makina, a retracé l’embrasement, l’échange et l’intérêt historique d’une femme soufie d’exception. Le but est de revisiter la matrice culturelle de l’Islam avec une présence féminine remarquable dans la sagesse du soufisme.

                                                                         

■ Démontrer la dimension de la sacralité au féminin

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Pour Leili Anvar, experte des œuvres de la poésie persane, «Rabiaâ El Adaouiya, qui vivait à Basora (Syrie), est une figure emblématique de par le monde». Cette mystique qui a vécu au VIIIe siècle a acquis la maternité de la notion de relations amoureuses entre l’âme et le divin. C’est ainsi qu’en Islam, c’est la femme qui a apporté la religion de l’amour. A ce titre, l’ode aux femmes mystiques est l’évocation de la femme mystique par excellence qui est Rabiaâ El Adaouiya. Chez les grands poètes persans, comme Attar et Arroumi, cette femme représente la mystique, la grande amoureuse et un modèle à suivre. «Très souvent, certains disaient, à l’époque médiévale, que Rabiaâ n’est qu’une femme… Enfin, cela n’a pas changé dans quelques endroits. Mais ceux qui étudiaient Rabiaâ répondaient que cette dernière valait 100 homme», indique Anvar. Donc, Mesdames si vous êtes mystiques, vous valez 100 hommes», renchérit-elle. Dans le spectacle du 20 octobre, Anvar, accompagnée notamment de Carole Latifa Ameer, Françoise Atlan, Bahaa Ronda, Driss Berrada, l’ensemble Rhoum El Bakkali, et Hadra chefchaounia, ont choisi une succession poétique et musicale pour évoquer la «lumière Rabiaâ El Adaouiya». On y trouve des extraits de l’interprète du désir «Ibn Arabi», initié lui aussi par des femmes. Ceci afin de démontrer la dimension de la sacralité au féminin.

                                                                         

■ Acceptation et tolérance

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«Ce qui est important dans toute culture est certainement ce qui peut élever notre humanité. En effet, toute culture qui œuvre dans ce sens est digne de respect et de considération», note Souad El Hakim. Pour cette grande spécialiste d’Ibn Arabi, «la culture soufie jouant ce rôle et donnant de l’importance aux deux aspects complémentaires de notre humanité masculine et féminine, mérite cette considération». Même son de cloche auprès de Moulay Abdallah Ouazzani pour qui le FFCS est une institution et une plateforme de réflexion, d’échange et de partage d’idées, pensées, sagesses, sons, mélodies et rythmes. Pour celui qui a prêché en français (une première) devant le Roi, à Madagascar (25 novembre 2016), «ce festival interpelle aussi bien le cœur que l’esprit. Il s’agit d’un geste fort de persistance, d’instance et d’abnégation pour tenir bon et faire bien». En tout cas, Fès qui encourage cette initiative le mérite bien. «C’est dans la pensée et les gènes de Fès la savante et la spirituelle, qui avait accueilli, il y a plus de 10 siècles, le pape Sylvestre II aux côtés de Maïmonide et bien d’autres. Cette ville a toujours fait preuve d’acceptation et de tolérance», souligne Ouazzani. «En somme, le FFCS est une ode à la connaissance du savoir et la reconnaissance pour la femme, cette créature magnifique qui a été toujours là, notamment aux côtés des trois messagers des religions d’Abraham et de la paix: Moussa, Aissa et Sidna Mohamed (Alayhi Assalam), vécus auprès de leurs mamans», conclut-il.

 

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