Société

Energies renouvelables: «Le Maroc a affiché ses ambitions et il va les atteindre»

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5274 Le 17/05/2018 | Partager
Bertrand Piccard est convaincu des efforts du royaume pour améliorer la planète
Le recordman du monde du vol sans carburant dévoile sa philosophie de vie
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Bertrand Piccard, psychiatre, astronaute et recordman des tours du monde en ballon et en avion solaire: «Vous avez la chance d’avoir un Roi qui a une vision extrêmement ambitieuse en matière d’énergie» (Ph. Marwane Sobai)

Le docteur Bertrand Piccard est le moins que l’on puisse dire impliqué dans la protection de la planète. Psychiatre et astronaute, il s’est lancé un nouveau défi qui est de présenter aux chefs d’Etat dans le monde les 1.000 solutions rentables pour sauver la planète.

Et Piccard est un homme de défis. Il a été le premier à réaliser le tour du monde en ballon et le premier à piloter avec André Borschberg, l'avion solaire Solar Impulse avec lequel ils ont fait le tour du monde. Répondant à l’invitation de la Fondation Auto Hall, Piccard dévoile sa philosophie de vie, parle de ses exploits et de ses buts pour une planète mieux protégée.

 - L’Economiste: Qu’est-ce qui motive un explorateur comme vous pour faire de tels exploits ?
- Bertrand Piccard:
J’ai toujours été marqué dans mon enfance par des explorateurs, par des astronautes que j’ai rencontrés, et forcèment mon père et mon grand-père, qui m’ont donné envie de montrer que l’on peut accomplir beaucoup plus de choses que ce que l’on croit. Lorsque mon grand-père a réalisé son ascension atmosphérique, c’était pour tester la cabine pressurisée qu’il avait inventé qui sert maintenant à toute la navigation en haute altitude. Quand mon père a plongé dans la fosse des Mariannes à 11 km de profondeur avec son batiscave, c’était pour montrer qu’il y avait de la vie marine à l’époque où les gouvernements ont voulu jeter les déchets radioactifs. J’ai donc toujours eu cette démonstration que l’exploration scientifique doit également protéger l’environnement. Lorsque j’ai lancé le projet Solar Impulse, c’était pour crédibiliser les énergies renouvelables et montrer qu’on peut faire des choses impossibles a priori sans carburant, sans énergies fossiles.

- Votre esprit d’exploration scientifique utile, ne provient-il pas de vos illustres aïeux?
- Brian Johns qui a fait le tour du monde en ballon avec moi, André Borschberg qui a fait le tour du monde en avion solaire avec moi ne sont pas issus d’une famille d’explorateurs. Je pense que c’est plutôt une question d’éducation qu’une question de génétique. Mon éducation m’a permis d’être curieux, de poser des questions, d’être stimulé pour chercher et pour explorer. J’ai toujours eu l’impression que la réalité visible n’est qu’une toute petite partie de la vraie réalité et que les connaissances sont certes utiles mais moins que le goût de l’inconnu, que le goût de chercher tout ce qu’il y a en plus de ce que l’on connaît.

- Justement, quels enseignements tirez-vous de vos différents exploits?
- Je dirais, en premier, qu’il ne faut pas baisser les bras face aux moments de doute, de frustration, de déception, de crise… Car tout cela est normal lorsque nous voulons réaliser des choses qui n’ont jamais été faites. Comme je l’ai toujours dit à mon équipe et que je me dis à moi-même, si c’était facile quelqu’un d’autre l’aurait déjà fait. En réalité, il faut de la persévérance.
En second lieu, il faut être flexible. Si les choses ne fonctionnent pas d’une manière, il faut essayer une autre manière, sans tomber dans l’acharnement. Lorsqu’on essaie de résoudre un problème de la même façon alors que ça ne marche pas on peut créer beaucoup d’échec et de frustration.
Il faut un sens à ce que l’on fait. Si le but est seulement de battre des records du monde, on n'aura probablement pas la persévérance qu’il faut et l’équipe qui vous soutiendra pendant longtemps. Le plus important est de savoir dans quel but on fait ce qu’on fait. Dans le cas de Solar Impulse, le but était de montrer au monde qu’on est capable de faire mieux sans pétrole. C’est donc un projet qui était là pour donner de l’espoir et pour mettre la société en action. Pour montrer qu’aujourd’hui on peut aller beaucoup plus vite que ce que l’on croit dans les énergies renouvelables et dans l’efficience énergétique.

- S’agit-il uniquement de donner de l’espoir?
- La première phase de Solar Impulse était en effet de donner de l’espoir et de montrer que c’est possible. La seconde, c’est ce que je fais maintenant avec la fondation Solar Impulse. Il s’agit de sélectionner 1.000 solutions qui permettent de protéger l’environnement de façon rentable, en créant des emplois, en faisant des profits et en permettant un développement industriel. Vous voyez que le projet est devenu extrêmement concret et plus pratique. En réalité, nous rassemblons les entreprises qui ont des solutions rentables pour protéger l’environnement que ce soit des technologies, des produits, des processus, des programmes… dans l’alliance mondiale des solutions efficientes que j’ai créée. Elles sont ensuite labélisées par un collège d’experts indépendants sur le plan de leurs qualités technologiques et sur le plan de la rentabilité. C’est la première fois qu’il y aura un label certifiant la rentabilité de solutions environnementales. C’est une manière de parler le langage industriel et faire une alliance avec l’industrie au lieu de se battre contre elle comme l’ont longtemps fait les écologistes. Et j’emmènerai les 1.000 premières de ces solutions labélisées dans un nouveau tour du monde pour les présenter aux gouvernements, aux grandes entreprises, aux grandes institutions, aux chefs d’Etat… pour leur montrer les solutions qui vont leur permettre d’avoir des politiques environnementales et énergétiques beaucoup plus prometteuses.

- Pouvez-vous en dévoiler quelques unes?
- La première solution est celle qui m’a amené ici, c’est Prime Energy. Elle permet aux investisseurs privés de gagner de l’argent grâce à l’énergie solaire. Il y a aussi une solution qui permet de réduire de 20% la consommation d’essence dans les voitures et de 80% les émissions de particules. Sur un taxi, la solution est rentabilisée en 6 mois. En Inde, une petite société a pris le même système de moteurs que ceux de Solar Impulse pour les ventilateurs de plafond, ce qui permet d’économiser 75% d’électricité.

- Qu’est-ce qui vous lie à Prime Energy?
- J'ai investi chez Prime Energy parce que je me suis dit que c’était vraiment quelque chose qu’il fallait pousser. Il fallait montrer aux petits épargnants dans le public qu’ils pouvaient bénéficier d’un rendement de 3,5% en achetant des obligations dans le solaire.

- Dans tout cela, où se situe le Maroc, selon vous?
- Vous avez la chance d’avoir un Roi qui a une vision extrêmement ambitieuse en matière d’énergie. Mettre comme objectif 52% d’énergies renouvelables pour 2030, c’est absolument remarquable.

- Croyez-vous cet objectif réalisable?
- Totalement réalisable car l’échéance est à 2030. Cela veut dire qu’on commence aujourd’hui. Si l’objectif avait été mis à 2050, cela aurait signifié qu’on n’allait jamais commencer. Et je vois que cela avance. Il y a une implémentation d’éoliennes dans de nombreux endroits venteux du Maroc. Il y a aussi une implémentation de solaire. D’ailleurs Sa Majesté Mohammed VI m’a demandé d’être le parrain de la centrale Noor I à Ouarzazate que nous avons inaugurée ensemble il y a deux ans. C’est juste remarquable de voir ce qui se passe au Maroc. Il faut savoir que les pays proches de la Suisse qui ont de vraies ambitions en termes d’empreinte carbone sont les Etats de la Scandinavie (ndlr: Danemark, Norvège et Suède) et l’Espagne. Et puis il y a le Maroc qui a affiché ses ambitions et il va les atteindre. Il faudra juste le faire passer dans la conscience populaire.

Prime Energy, une des solutions pour la planète

Parmi les 1.000 solutions rentables que promeut Bertrand Piccard, il y a Prime Energy, société dans laquelle il a investi. Créée en 2015, l’entreprise est présente dans pas moins de 9 pays dont le Maroc. Dirigées par Boubker Chemaou, les équipes de la filiale marocaine ont été à l’origine de la construction de la centrale solaire photovoltaïque qu’a installée Auto Hall dans son siège.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

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