International

Protectionnisme américain: L’UE sort ses griffes

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5224 Le 07/03/2018 | Partager
Matières premières, industrie, agriculture… mesures de rétorsion
Si besoin, une plainte commune sera déposée devant l’OMC
FMI, Moody’s… les différentes lectures
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Les droits de douane que les Etats-Unis menacent de faire peser sur leurs importations d’acier (25%) et d’aluminium (10%) font courir un risque à l’industrie européenne. Mais l’UE affirme qu’elle avait anticipé la menace protectionniste américaine. Le Fonds monétaire international (FMI) a maintes fois prévenu depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche que toute tentation protectionniste menaçait la reprise économique mondiale.

Quant à la Chine, elle ne restera pas les bras croisés. Elle a ouvert une enquête antidumping sur les importations de sorgho américain et n’exclut pas de cibler le soja en provenance des Etats-Unis.

■ Motos Harley-Davidson, jeans Levi’s…: Les Européens envisagent dans l’immédiat des mesures de rétorsion rapides sur des entreprises américaines dans les matières premières, l’industrie et l’agriculture. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mentionné les motos Harley-Davidson, les jeans Levi’s et les producteurs de bourbon. Ces mesures, conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), compenseraient en valeur les pertes potentielles pour l’industrie européenne. L’UE va également contacter les autres pays concernés (y compris la Chine) pour déposer si besoin «une plainte commune devant l’OMC». La procédure prendrait des années. L’Union pourrait également décider de mesures dites de «sauvegarde» pour protéger son industrie.

■ Instruments de défense commerciale: Les Etats membres sont parvenus en 2017 à réformer leurs instruments de défense commerciale et à s’entendre sur une nouvelle approche des droits antidumping. La Commission européenne a également accéléré les négociations d’accords bilatéraux. Outre l’entrée en vigueur provisoire du CETA (le traité avec le Canada négocié avant l’arrivée de Trump), l’UE a annoncé l’an passé la conclusion d’un important accord avec le Japon. Bruxelles espère aussi que les accords avec Singapour et le Vietnam entreront rapidement en application. Elle a annoncé l’ouverture prochaine de discussions avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Deux accords distincts avec le Mexique et les pays du Mercosur sont au stade de négociations.

■ D’autres débouchés: Les taxes américaines limiteront l’accès des sidérurgistes européens à leur troisième marché d’exportation, où ils vendent chaque année pour environ 5 milliards d’euros d’acier (1 milliard d’euros pour l’aluminium). Une étude de l’agence Moody’s citée par AFP relativise cependant cet impact. D’abord parce que les Européens n’exportent que 14% de leur acier vers les Etats-Unis. Ensuite parce qu’il s’agit d’un acier de très haute qualité, moins sensible aux prix que celui du Brésil, du Mexique ou de la Russie. Les mesures américaines pourraient en revanche détourner vers l’Europe une production qui ne trouverait plus de débouchés aux Etats-Unis. Moody’s craint la concurrence de la Corée du Sud et surtout de la Turquie, étant donné qu’Ankara bénéficie d’un accord douanier avec l’UE qui pourrait faciliter l’écoulement de sa production.

■ Ce que risquent les consommateurs: Taxer les produits importés pourrait se traduire par une hausse des prix dans différents secteurs. Le constructeur automobile Toyota a, d’ores et déjà, mis en garde que s’il n’était plus en mesure d’importer aux Etats-Unis de l’acier bon marché pour y fabriquer des véhicules dans ses usines américaines, leur prix augmenterait considérablement. Cela pourrait ainsi freiner la consommation, un risque pour la croissance américaine traditionnellement tirée par la consommation des ménages.

 

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