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Tribune

La grande crise des valeurs: Mettre fin à «l’Etat toujours coupable»

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

Entre les obscénités publiques en Espagne ou en Allemagne  après le drame finlandais où des adolescents marocains ont été inculpés pour harcèlement, après les  actes zoophiliques à Sidi Kacem, et la tentative collective et  filmée de viol dans un bus…

Une série noire de faits divers (pas si divers) s’est nouée faisant du Maroc un invité d’honneur dans les Unes des médias en  Europe. En une semaine, le Maroc a défrayé la chronique internationale pour des… «performances comportementales» bien peu honorables; ce qui confirme un mal social et un système de valeur défaillant ou presque inexistant.
Le point commun entre tous ces incidents est qu’ils sont menés par des jeunes individus, censés porter et promouvoir des valeurs d’espoir et de tolérance pour un Maroc moderne et ambitieux.

Un Maroc extrémiste et violent

Mais le constat est amer à digérer, surtout lorsqu’on entend et lit plusieurs tribunes et journaux européens véhiculant, à tort ou à raison, un constat implacable: il y a un Maroc extrémiste et violent, et cela rend la tentative de justification tout simplement compliquée.Le calendrier des épisodes politiques et sociaux dont le Maroc est le théâtre depuis quelques mois s’est condensé avec ces secousses sociétales et morales, comme si un malheur n’arrivait  jamais seul. Le vivre-ensemble national cimenté jusqu’à présent par des symboles religieux et politiques communs, présente des syndromes de fissuration accentuée par une polarisation sociale.
La crise politique, à en croire certaines voix et analystes, semble cacher en réalité l’essoufflement d’un modèle sociétal. C’est le modèle sociétal qui croit en la seule vertu d’une démocratie élargie et des droits humains afin d’atteindre le développement.
Sauf que l’équation devient d’autant plus complexe qu’il s’agit d’une nation qui se contente d’énoncer des valeurs humaines suprêmes alors qu’elles demeurent souvent de la rhétorique recyclée. Cette crise est profonde et existentielle. Ce n’est pas un hasard si le transport en commun est le plus souvent le théâtre des exactions.  Partout, il est le laboratoire  propice pour mesurer la prospérité des nations et la maturité des mentalités de leurs citoyens.

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Les transports en commun sont le lieu géométrique qui dévoile les grands problèmes de valeurs d’une société. Ici des préadolescents tentent d’envahir le bus pour rentrer chez eux après les matches, autobus qu’ils viennent de bombarder à coups de pierres. Ceci montre la grande crise des valeurs dans laquelle le Maroc est tombé. La remise en cause individuelle et collective devient urgente (Ph. Archives de L’Economiste)

Dans la vie des peuples et des nations

 L’histoire a la puissance d’interpeller par des signaux limpides qui incitent à la relecture des valeurs communes pour, à la fois, réajuster et redéfinir les caps. Quant à la version marocaine, la multiplicité des détracteurs régionaux et continentaux, et la nouvelle approche économique et diplomatique offensive du Royaume, rendent la remise en cause individuelle et collective primordiale. Bien entendu, cela exige un sursaut moral et générationnel afin de rebâtir un idéal national à la rescousse du développement de notre pays.

Gros impact économique

En termes économiques,  dans un espace mondialisé et une économie connectée et ouverte, une étiquette d’immoralité risque d’impacter significativement une croissance économique modestement inclusive et en quête perpétuelle des équilibres.
Cet impact concernera directement le tourisme et l’attractivité des investissements et les effets ne tarderont pas à se  faire sentir chez tout le monde. En effet, le prix de la faillite morale est inestimable pour une nation qui aspire au développement et l’image collée pour l’occasion serait délicatement retirée.
La question d’éducation, au-delà du concept «Etat toujours coupable», est la pièce manquante jusqu’à présent dans cet édifice moral fragile, qui devrait se conjuguer avec un rôle accru de l’école et la famille. D’autre part, il faudrait que la société civile ainsi que les partis politiques jouent pleinement leurs rôles d’encadrement et d’orientation et principalement envers une jeunesse majoritairement perdue entre morosité économique et démagogie manipulatrice.

 

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