Reportage

Zoo de Rabat: Des chats des sables

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5174 Le 22/12/2017 | Partager
Une découverte considérée comme une grande avancée par les scientifiques
Ces félins suivis par GPS pour la première fois à l’état sauvage
Le zoo de Rabat table sur la recherche scientifique et la conservation des espèces
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Le chat des sables, appelé aussi chat du désert, est l’espèce de félins la plus adaptée aux habitats désertiques, ayant une végétation clairsemée, dans les déserts caillouteux et sablonneux du climat aride. L’équipe de chercheurs a pu prendre pour la première fois au monde des images de chatons à l’état sauvage dans le sud du Sahara (Ph. GB)

Pour les communs des mortels, ce sont des chats comme on en voit tous les jours. Pour les scientifiques, il s’agit d’une grande découverte, une première mondiale à l’issue d’une étude sur le chat des sables menée au sud du Maroc. Ce thème a fait l’objet dernièrement d’une conférence scientifique, animée par Alexandre Sliwa, curateur du zoo de Cologne en Allemagne, Grégory Breton, DG de Panthera France, Abderrahim Essalhi et Saâd Azizi, vétérinaires au Jardin zoologique de Rabat (JZR).

Cette équipe de chercheurs a réussi à opérer un suivi scientifique des chats des sables via des émetteurs GPS dont l’objectif est de mieux connaître l’éco-éthologie de l’espèce. Grâce au dispositif photographique, l’équipe a pu prendre pour la première fois au monde des images de chatons à l’état sauvage.  

Parcourir de grandes distances en une seule nuit

Le chat des sables, appelé aussi chat du désert, est l’espèce de félins la plus adaptée aux habitats désertiques, ayant une végétation clairsemée, dans les déserts caillouteux et sablonneux du climat aride. L’étude a démarré en 2013 et se poursuit actuellement dans la région de Dakhla-Oued Dahab. Elle présente la particularité d’être la première réalisée en Afrique du Nord sur l’éco-éthologie de cette espèce.

Les chercheurs ont observé 29 chats dont 3 chatons, dans leur milieu naturel, un bilan qui dépasse de loin les résultats obtenus par d’autres scientifiques dans le monde. Cependant, ils n’ont doté que 13 chats des sables de colliers émetteurs qui permettent de «collecter des données sur ces animaux rares et vulnérables».

Ces petits félins couvrent de larges zones et peuvent parcourir de grandes distances en une seule nuit, soit 21 km linéaires. Des photos mises sur YouTube le 18 septembre ont enregistré plus de 5,5 millions de vues.  Cette trouvaille est considérée comme une grande avancée au sein de la communauté scientifique. C’est d’ailleurs la première fois que «nous disposons de données sur ces chats», souligne Salma Slimani, DG du JZR.

Selon une note du JZR, l’aire de répartition du chat des sables s’étend des pays du nord de l’Afrique (Maroc, Algérie, Tchad, Mauritanie, Niger et Egypte) jusqu’en Asie du Sud-Ouest et en Asie centrale, en passant par le Moyen-Orient. Ce document précise que cette espèce est inscrite à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction.

Préserver la biodiversité et développer la recherche

Par ailleurs, cette découverte s’inscrit dans le cadre des nouvelles ambitions du JZR. Pour Salma Slimani, «l’objectif est de mettre en perspective la recherche scientifique et la conservation des espèces menacées de disparition. Il nous semble important d’axer notre stratégie sur la conservation du patrimoine national qu’est la faune sauvage marocaine et même africaine puisque le Jardin zoologique de Rabat est spécialisé exclusivement en faune africaine».

Pour elle, le divertissement, l’espace de détente et de loisirs pour les visiteurs demeurent le noyau dur. Mais le JZR opère une transition qui porte sur la présentation d’un programme d’éducation et de sensibilisation à la nécessité de préserver la biodiversité et de développer la recherche.

«Cette mue devient le fil conducteur dans la mission des zoos modernes à l’échelle internationale. Nous travaillons sur les normes et les standards pour placer le Jardin zoologique de Rabat sur l’échelle africaine, arabe et européenne. Dans notre plan d’action pour 2018, nous avons le projet d’adhérer à l’Association africaine des zoos et aquariums, avant d’intégrer l’Association internationale des zoos et aquariums», indique la DG.

Au cours de cette année, le zoo qu’elle dirige a reçu 600.000 visiteurs. Ce nombre est considéré comme la moyenne annuelle réalisée au cours des cinq dernières années. Rappelons que le JZR, qui dispose de 2.000 animaux et de 190 espèces, avait démarré avec la moitié de cette population. Dans deux semaines, il bouclera sa 5e année. Son inauguration le 9 janvier 2012 a été la première activité officielle du Prince héritier Moulay El Hassan.

Une séquence qui avait dopé l’attractivité du site au point d’accueillir jusqu’à 13.000 visiteurs par jour. En temps normal, le nombre tombe à près de 3.000 par jour le week-end.Cette vocation supplémentaire n’exclue pas l’activité normale qui se développe. En effet, au cours du prochain semestre, le zoo ouvrira un vivarium rassemblant 150 reptiles représentant 5 zones géographiques africaines.

Cela permettra de découvrir une autre facette du monde animal et constituer une attraction supplémentaire pour les périodes pluvieuses, dit-elle. La démarche de diversification de l’offre a permis de présenter en 2016 et 2017 de nouvelles espèces animales telles que le lion blanc (le premier à l’échelle du Maroc), des panthères tachetées, des singes magots,…

« Nous avons également ouvert un parcours muséographique, un espace dédié à la faune préhistorique du Maroc et qui a pour objectif de retracer l’évolution de la faune marocaine depuis 2,5 millions d’années», précise Slimani. Sur le plan de la diversification, la coopération internationale, particulièrement avec les Emirats Arabes Unis, permet d’accueillir des espèces d’antilopes sahariennes comme les gazelles Cuvier et Oryx. Parfois, il fait l’objet d’un programme de réintroduction de ces animaux dans leur milieu d’habitat naturel.

Tickets et mécénat

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Le budget du Jardin zoologique de Rabat s’élève à 30 millions de DH. Ce montant provient principalement du produit de la vente des tickets d’entrée. La grille tarifaire est graduelle. Le prix est fixé selon l’horaire, le jour et le nombre de visiteurs. Pour une famille de 4 personnes, dont 2 enfants, le prix d’entrée est de 110 DH l’après-midi et 120 DH si la visite a lieu le matin. A cela s’ajoutent les revenus des produits connexes comme notamment les ateliers pédagogiques. Le budget du JZR est également alimenté par des subventions en provenance notamment de grandes entreprises ayant développé des activités de mécénat comme la Fondation BMCE, l’OCP, les Ciments du Maroc et les Eaux d’Oulmès.

 

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