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International

Emmanuel Macron à la conquête de l’Afrique

Par Fatim-Zahra TOHRYAbdoulaye TAO | Edition N°:5158 Le 29/11/2017 | Partager
Burkina Faso, Côte d'Ivoire et Ghana, le périple
Objectif: Redresser l'image et l'influence françaises sur le continent
Il participe au 5e Sommet UA-UE au côté du Roi Mohammed VI
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Dans un débat très animé de plus d'une heure avec les jeunes à l'université de Ouagadougou, le Président français Emmanuel Macron a abordé sans complexe les sujets les plus délicats: de la fécondité au franc CFA, en passant par la présence militaire française… Il a proposé aussi de réinventer le partenariat entre la France et l'Afrique (Ph. AFP)

Le Président français Emmanuel Macron a entamé sa première tournée africaine (Burkina Faso, Côte d'Ivoire et Ghana) dans une atmosphère tendue par une attaque contre des soldats français et des manifestations dans la capitale burkinabée. Comme ses prédécesseurs, le Chef de l'Etat français profitera de cette première tournée pour fixer le cadre de la politique africaine de son quinquennat, en s'adressant à la jeunesse.

Justement, lors de son intervention à l'université de Ouagadougou, il a parlé de l'émancipation des femmes africaines. «Je serai aux côtés des dirigeants africains qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles», a-t-il indiqué. Macron a souhaité que des bourses scolaires financées par la France «soient données en priorité à des jeunes filles». Il a estimé aussi que le continent africain devrait relever le défi de la démographie.

Comme il a souhaité lutter partout contre l'obscurantisme religieux et éradiquer le financement de l'extrémisme. Ce sera d’ailleurs le thème de la conférence qui sera organisée à Paris l’an prochain. Devant les étudiants, Macron s’est exprimé longuement sur la situation en Libye et a dénoncé les crimes de la colonisation européenne.

Il a annoncé qu'il allait proposer «une initiative euro-africaine pour combattre les organisations criminelles et les réseaux de passeurs qui exploitent les migrants subsahariens en Libye». Macron a également annoncé «un soutien massif à l'évacuation des personnes en danger en Libye, tout en qualifiant de crime contre l'humanité la vente de migrants comme esclaves».

Le Président a en outre pris des engagements sur un dossier très sensible au Burkina. A l'issue d'un entretien avec le Président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, il a promis que tous les documents français concernant l'assassinat de l'ancien Président burkinabé Thomas Sankara en 1987 seraient «déclassifiés». (voir article ci-dessous)

La démarche de Macron rappelle son discours-programme à la Sorbonne le 26 septembre dernier.  «Notre politique européenne ne doit plus voir l’Afrique comme un voisin menaçant, mais comme le partenaire stratégique avec lequel nous avons à affronter les défis de demain: l’emploi de la jeunesse, la mobilité, la lutte contre le changement climatique, les révolutions technologiques…», avait-il déclaré.

Dans le cadre de cette tournée, le Président français se rend également au 5e Sommet UA-UE prévu les 29 et 30 novembre à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Le Roi Mohammed VI y participe aussi (voir notre édition N° 5157 du mardi 28 novembre). Le Maroc a toujours inscrit l’Afrique au centre de sa politique étrangère. Avant la réunion, le Souverain a d’ailleurs inauguré plusieurs projets d’envergure à Abidjan.

La question de l'immigration africaine vers l'Europe et la sécurité seront au menu du Sommet. Et la jeunesse est au cœur des priorités. Dans un discours adressé au 29e Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine (UA) qui s’est déroulé en juillet dernier à Addis Abeba, le Roi Mohammed VI avait insisté que l’avenir de l’Afrique passe par sa jeunesse.

Aujourd’hui, près de 600 millions d’Africains et d’Africaines sont des jeunes. En 2050, 400 millions  auront entre 15 et 24 ans. Chaque année, plus de 11 millions de jeunes font leur entrée sur le marché du travail alors que seuls 3 millions d’emplois sont créés. Plus de 70% des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars par jour.

                                                                           

Avec les étudiants burkinabés

La rencontre entre le Président français et les étudiants burkinabés était a priori risquée. Parce que le campus de l’université est réputé le fer de lance de toutes les contestations socio-politiques qui ont secoué les différents régimes du Faso. Beaucoup s’attendaient à des échanges houleux, voire même accompagnés de heurts. L’opération a été bien maîtrisée par les organisateurs et les groupes d’étudiants hostiles ont été maintenus loin du campus par les forces de l’ordre.

A l’intérieur de  l’amphithéâtre Moamar El Kadhafi, le Président français, qui semble s’y être bien préparé, a maîtrisé son sujet d’abord sur les dossiers franco-burkinabés tels que celui de Thomas Sankara et ensuite sur des questions transversales concernant la migration, la sécurité et l’éducation.

En réaffirmant devant les étudiants la «déclassification» des dossiers concernant l’ancien Président Thomas Sankara assassiné en 1987, il a tendu une perche à cette jeunesse africaine dont il représente l’icône. Emmanuel Macron s’est même positionné en porte-parole des idéaux du défunt président en invitant les jeunes Africains à oser s’inventer leur propre avenir. Un jeu de séduction qui a plus ou moins bien marché, mais qui n’a pas empêché l’orateur du jour d’appeler à décomplexer les relations franco-africaines: ne pas nier l’histoire, l’assumer et aller au-delà pour une coopération franche et ouverte. 

Cependant, pas un mot sur la «Francafrique» dont son prédécesseur avait annoncé la mort. Macron  a voulu incarner une France volontaire dans son engagement à décomplexer la relation franco-africaine, à appuyer l’aide au développement.  S’il s’engage à augmenter l’aide au développement, il ne manque pas non plus de tancer les responsables africains. Selon lui, la France est ouverte, c'est aux Africains de déterminer ce qu’ils veulent.

Telle a été sa position sur le franc CFA et sur la traite des migrants. L’avenir du FCFA serait, pour lui, entre les mains des Africains et à eux de décider. Sur le dossier libyen, il ne serait pas allé au feu contre Kadhafi. «Mais les conséquences actuelles sont à gérer ensemble et de façon responsable». Pour Macron, ce sont des Africains qui font ce commerce, c’est leur responsabilité, même si la France se dit prête à accueillir une partie au nom du droit d’asile.

Abdoulaye TAO, Rédacteur en chef et Directeur de publication
L’Économiste du Faso

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