Economie

Agences de développement: Le plan de liquidation

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
Un échéancier de la dissolution arrêté
Les trois agences disposent d’un délai pour liquider les projets en cours
Elles ne doivent engager aucune nouvelle activité

Terminus, tout le monde descend. Les trois agences de développement du Nord, celle du sud et celle de l’Oriental sont sommées de plier bagages et de mettre la clé sous le paillasson. Le ministère de l’Intérieur a décidé la suppression de ces établissements censés se charger du développement dans leurs zones d’influence.

Depuis la mise en œuvre de la régionalisation avancée, l’avenir de ces agences était mis en question. La nouvelle architecture institutionnelle prévoit la création d’une agence d’exécution pour chaque région. Il semble que pour les provinces du sud, on n’a prévu qu’une seule structure. Donc tout le territoire est couvert par cette nouvelle génération d’agences. Les risques de télescopage et de cacophonie institutionnelle sont multiples.

La réflexion a duré une période où toutes les possibilités ont été explorées. Leur transformation en agences pour les régions a été retenue, mais le risque d’imposer une structure à cette collectivité territoriale qui vient d’être lancée, a fini par convaincre de la nécessité de les supprimer.

C’est donc chose faite. Les trois agences doivent liquider les projets en cours, mais sans en engager de nouveaux. Un échéancier de trois ans, à compter de l’année prochaine, a été arrêté. Le tout sera bouclé d’ici 2021. Les ministères de l’Intérieur et des Finances s’engagent à mettre en place un comité de suivi pour garantir la mise en œuvre du plan de liquidation des trois agences.

En parallèle, il est impératif d’activer la préparation d’un projet de loi et des textes réglementaires afin d’acter le schéma et les modalités de la dissolution de ces établissements. De même, les deux ministères vont donner aux agences les moyens pour faire appel à l’assistance technique des bureaux d’études spécialisés afin d’accélérer l’exécution des projets en cours.

Une opération qualifiée de progressive

Le ministère des Finances a prévu un budget pour cette opération qui sera progressive. Pour 2018, une enveloppe de 800 millions de DH servira à financer cette liquidation. Un responsable de ce ministère affirme qu’il s’agit du coût d’achèvement des projets qui sont en cours. Pour le personnel, le redéploiement sera activé. Certaines personnes détachées des ministères vont réintégrer leurs départements d’origine, d’autres vont rejoindre les agences d’exécution.

En attendant, le bilan de ces trois agences créées pour des cahiers des charges précis n’a pas été reluisant. A leur création, ces établissements devaient se charger de la convergence et décliner les programmes sectoriels en projets intégrés territorialement. Des années après, ils n’ont pas atteint les objectifs escomptés. Aujourd’hui, ces agences n’ont pas d’impact économique sur leurs régions. La première mise en place a été l’agence de développement du nord. Elle devait apporter une alternative à la culture du cannabis.

On avait alors commencé à planter des amandiers, des oliviers pour remplacer le haschich. Cette opération n’a pas marché. Le deuxième axe a été l’intégration des programmes ministériels. Là encore, cela n’a pas été concluant à l’exception de la période du tremblement de terre d’Al Hoceïma.

Quant à l’agence de développement de l’Oriental, elle a eu un autre casting. Au début des années 2000, cette vaste région vivait dans une grande précarité. Sous l’impulsion royale, l’Etat voulait lui insuffler une dynamique économique et sociale. Le schéma était dessiné: il fallait développer cette région, la vitrine du Maroc devant l’Algérie, appelée à jouer un rôle de plateforme dans le cadre de l’UMA.

Le rôle d’intégration que devait jouer l’agence a été un échec. Au fil du temps, l’agence de l’Oriental (comme les deux autres d’ailleurs) n’a pas assumé sa responsabilité dans la convergence et l’intégration sectorielle. Son impact économique au regard de ses cahiers des charges est insignifiant.

La gouvernance n’a pas été en reste. Si l’agence du nord a connu plusieurs DG (Hassan Amrani, Driss Benhima, Fouad Brini et Mounir Bouyoussfi ) celle du Sud deux (Ahmed Hajji et Jabrane Reklaoui), celle de l’Oriental est restée depuis sa création entre les mains de l’ancien ministre Mohamed Mbarki.

Rebondissements

L’histoire des agences de développement est à rebondissements. L’épisode le plus curieux a concerné la publication au Bulletin officiel d’un décret qui transfère la tutelle de ces établissements de la primature au ministère de l’Habitat et de l’aménagement du territoire. Cette initiative de Abbès El Fassi alors Premier ministre n’était pas du goût des patrons de ces établissements. Le lobbying des DG, particulièrement celui de l’Agence de l’Oriental Mohamed Mbarki, qui voulaient conserver le statu quo, pour que le Premier ministre reste président du conseil d’administration au lieu de basculer dans la chapelle de Taoufik Héjira, alors en charge du département de l’habitat et de l’aménagement spatial. Le lobbying a fini par payer et les choses sont rentrées dans l’ordre. Le plus surprenant est que Abbès El Fassi n’a jamais voulu donner une explication officielle au gel du décret en question. L’autre épisode a été le déménagement des agences de développement de Rabat vers les villes chefs lieu de leur zone d’influence. Les pressions et les manœuvres des DG n’ont pas produit leurs effets. L’agence de l’Oriental a donc quitté la capitale pour Oujda, celle du Nord pour Tanger et celle du Sud pour Laâyoune.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc