Régions

Fès-Tourisme: Une reprise mitigée

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5089 Le 18/08/2017 | Partager
Plus 38% pour le premier semestre, et zéro client en juillet-août
Les professionnels réclament des mesures d’appui
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 Les touristes chinois sont de plus en plus nombreux à visiter la médina de Fès. Toutefois, ils dépensent très peu. Ils posent surtout pour des photos souvenirs avec les sites chargés d’histoire, de beauté, d’émerveillement (Ph YSA)

«D’une capitale spirituelle et culturelle à une capitale de la criminalité et du chômage… La ville de Fès fait peur». Les propos sont de Oufae El Bekkali, députée (RNI), à l’occasion de la dernière  séance des questions au Parlement, mardi 8 août 2017. Sur la même longueur d’onde, Allal Amraoui, député (PI), a interpellé le ministre du Tourisme, sur la lutte contre les guides clandestins étrangers qui nuisent à l’image de la ville et à l’activité des guides accompagnateurs encartés.

«Ils racontent du n’importe quoi en dépit de la vraie histoire de la ville millénaire», déplore le conseiller communal. Et d’ajouter: «le secteur mise sur le tourisme spirituel et les pèlerins tijanes. Toutefois, la ligne directe Fès-Dakar, promise par la RAM, tarde à se concrétiser».

Face à ces critiques, et dans une réaction inattendue, le député-maire (PJD), Driss El Azami El Idrissi, a noté que «tout va bien pour la ville qu’il dirige et qui a atteint une hausse des arrivées de près de 40%». Ce qui a provoqué la colère des professionnels du tourisme pour qui «l’année de référence (2016) était catastrophique». «Nous espérions que le maire réclame des mesures d’appui au profit de notre destination».

D’autant plus que Mohamed Sajid, le ministre de tutelle, a reconnu, lui-même, que «Fès n’a pas encore profité pleinement de l’appui qu’elle mérite». En tant que premier responsable du secteur, Sajid ne s’est pas encore déplacé à Fès pour rencontrer les professionnels. Et surtout annoncer des mesures d’appui pour une ville en détresse.

«Comment voulez-vous séduire des touristes alors que l’insécurité sévit toujours?», s’interroge un opérateur. Pour la seule journée du 14 août, les policiers ont fait usage de leurs armes, à deux reprises, afin de mettre fin aux menaces de deux bandes criminelles.

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S’agissant de l’activité touristique, les chiffres officiels des 6 premiers mois de l’année étaient encourageants. En fait, les nuitées touristiques dans les établissements d'hébergement classés de la ville de Fès ont enregistré une hausse de 38% à fin juin 2017 en comparaison avec la même période de l'année précédente. Soit un total de 450.602 nuitées, contre 326.201 nuitées durant la même période de l'année 2016, selon des statistiques de l’Observatoire national du Tourisme.

Mais depuis juillet, l’activité a brusquement chuté. «C’est une basse saison… une période de fortes chaleurs qui  fait que même les touristes nationaux boudent la destination», indique un opérateur. Et de poursuivre: «les arrivées au niveau de l’aéroport (+14%) ne reflètent pas la réalité de l’activité touristique. Car, nombre de MRE choisissent le low cost pour regagner le pays durant l’été…ils séjournent, pour la plupart, chez leurs proches».

Pour sa part,  Driss Faceh, président du Conseil régional du tourisme (CRT), se dit confiant. «La base aérienne installée par Air Arabia promet un bel avenir pour la ville», estime-t-il. Et d’ajouter: «le marché asiatique a pris de l’ampleur grâce à une décision salvatrice d’annuler les visas pour les chinois». Toutefois, ces derniers achètent peu ou rien. «Ils posent surtout pour des photos souvenirs avec les monuments», s’accordent les guides accompagnateurs. 

En outre, le marché africain représente un gisement de touristes non encore exploité. A lui seul, il pourrait permettre un réel décollage de la capitale spirituelle et académique du Royaume. En clair, le patron du CRT table sur le potentiel des touristes tijanes qui se chiffrent à plus de 350 millions, rien qu’en Afrique.

Pour les conquérir, il faut créer des lignes directes avec les principales capitales africaines… à commencer par Dakar (Sénégal). Son prix ne devrait pas dépasser les 2.000 DH pour un aller-retour afin d'encourager sa commercialisation et séduire le maximum de pèlerins tijanes. Et ils sont nombreux à réclamer une desserte directe avec Dakar et Lagos (Nigeria). «Grâce à ces nouvelles lignes, nous espérons passer de 600.000 visiteurs aujourd’hui à 1 million à fin 2017», conclut le président du CRT.
De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

 

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