Analyse

Réforme de l’administration: La fenêtre de tir de Benabdelkader

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5088 Le 17/08/2017 | Partager
En tête, la refonte du statut général de la fonction publique, Services extérieurs
Des tournées dans les régions pour rencontrer les fonctionnaires
Les services extérieurs concentrent le plus gros des effectifs
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La répartition des fonctionnaires sur les régions est déséquilibrée. Ainsi, Rabat-Salé-Kénitra (21,9%) et Casablanca Settat 15,8% accaparent une part importante de fonctionnaires (37,7%). Elles sont suivies de la région de Fès-Meknès (12%). En tout cas, ce déséquilibre est criant lorsqu’on sait que 76% des effectifs sont localisés sur le territoire de 6 régions alors que le Maroc en compte 12

En moins de dix mois, les oreilles de Mohamed Benabdelkader, ministre de la Réforme de l’administration et de la fonction publique, ont dû siffler deux fois. La première, à l’ouverture de la cession d’automne du Parlement le 14 octobre dernier. La seconde fois, à l’occasion d’un discours du Trône, prononcé le 29 juillet dernier.

Les deux interventions royales, après un diagnostic sans concessions, ont abordé le mal qui ronge l’administration et les remèdes pour qu’elle dispense un service public de qualité. Des responsables politiques et dans l’administration se préparent à une autre volée de bois vert, plus vigoureuse, à l’occasion du discours de la Révolution du Roi et du peuple du 20 août.

L’objectif fondamental de cette dynamique, initiée par le Souverain, est de remettre l’administration au service des citoyens. Benabdelkader, le nouveau ministre de l’USFP de ce secteur, ne pouvait rêver mieux comme appui décisif et plateforme de lancement à son programme de réformes. L’injonction royale est une véritable fenêtre de tir s’il veut vraiment imprimer sa marque dans les changements profonds à venir dans les relations de la fonction publique et des collectivités territoriales avec le citoyen.

Les promesses d’organisation des réclamations, l’amélioration de l’accueil dans l’administration, la simplification des procédures,… sont d’éternels vœux pieux. Pour répondre à la nouvelle donne, il est impératif de provoquer une rupture avec les habitudes du passé. Le recrutement par contrat sera un baromètre de la mobilisation, mais les choses risquent de se corser lorsqu’il s’agira de s’attaquer à la réforme du statut général de la fonction publique, qui date de 1958. Aucun ministre n’a réussi à le réformer, par crainte du risque politique et syndical. Les plus téméraires y avaient apporté 14 amendements, mais sans aborder la moindre amélioration du service public.

Aujourd’hui, la réforme de ce statut devient incontournable pour accompagner le dynamisme du Maroc, les attentes du monde des affaires, mais aussi des citoyens. Le principe directeur de cette réforme est d’assurer le passage de plans de carrière, basés sur les grades et la promotion par l’ancienneté, à un système de métiers et d’emplois dans la fonction publique. L’idée est de se rapprocher des principes du secteur privé où les objectifs et les performances ne sont pas de vains mots.

Selon une source proche du dossier, «la réflexion sur cette grande réforme est mûre, très avancée au département de tutelle», il reste au ministre à prendre son courage à deux mains pour se lancer dans l’aventure. D’autant qu’il y a moins de trois mois, Mohamed Benabdelkader avait déclaré dans les colonnes de L’Economiste que «le Maroc avait plus besoin de réformistes  que d’études et de rapports qui jonchent les étagères des ministères» (www.leconomiste.com). L’heure de vérité a donc sonné.

Selon nos informations, le ministre compte commencer par des tournées dans les régions afin de sensibiliser les fonctionnaires à la nécessité de cette refonte. D’ailleurs, ce n’est pas à Rabat que se concentre l’essentiel de l’administration. En effet, 94% des effectifs de la fonction publique sont dans les services extérieurs. Les débats décentralisés devront se traduire par des recommandations à soumettre au Conseil supérieur de la fonction publique. Cette instance est habilitée à valider les grandes lignes de la réforme avant de la mettre dans le circuit administratif et législatif. La réunion du Conseil est prévue pour décembre prochain.

Lors de ce marathon dans les provinces, le ministre, qui connaît l’état d’esprit des fonctionnaires puisqu’il a été l’un d’eux, aura comme mots d’ordre, «la préservation de tous les acquis», histoire de rassurer sur les risques politiques. Benabdelkader est censé capitaliser sur son expérience politique et ministérielle: il a été chef de cabinet de Mohamed El Yazghi, alors ministre de l’Urbanisme, au moment du lancement du débat national sur l’aménagement du territoire.

Un débat qui aura lamentablement échoué, les multiples rapports publiés à l’occasion moisissant encore dans les tiroirs du ministère. «Promotion interne,  révision de l’avancement, adoption des systèmes d’information… toutes les réformes dans la fonction publique ont été jusqu’ici orientées vers le soulagement de l’administration. Sauf qu’on a oublié l’essentiel,  la raison d’être de l’administration, qui est celle de servir les citoyens» souligne un fin connaisseur des rouages de l’administration. Le Souverain a remis ces préoccupations au cœur du dispositif de la réforme. L’administration doit passer à l’acte maintenant.

Au service du citoyen… Ahfir, cas d’école

C’est le sujet de conversations de la population d’Ahfir, une petite ville située à la frontière avec l’Algérie, et qui grossit de manière surdimensionnée lors du retour des MRE l’été. Mohamed Zerdali, ancien député UC, médecin et actuel président du Conseil municipal, a commis un impair, en remballant une femme MRE, qui protestait, Ventoline à la main, contre les ordures qui s’amoncelaient devant chez elle à la suite d’une grève de la société chargée du nettoyage de la ville. Au lieu de prendre à bras le corps sa requête, le président lui a répliqué d’aller se plaindre là où elle voulait. Cette affaire, qui a aussi enflammé les réseaux sociaux, montre le peu d’importance accordée à l’intérêt général et aux citoyens.

Charte de déconcentration

Le Chef de gouvernement a promis de sortir le projet de Charte de déconcentration, un dossier qui traîne depuis une vingtaine d’années.  Saâdeddine El Othmani a annoncé la mise en place d’une commission pour le faire aboutir. La mouture finale serait quasi prête.

Mobilité des fonctionnaires?

La mobilité des fonctionnaires est un sujet incontournable dans le débat sur la réforme de l’administration. Il y a quelques années, une commission nationale sur la mobilité, qui devait se pencher sur des cas concrets, avait vu le jour, mais sans résultats tangibles. La plupart des ministères avaient exprimé leurs besoins, mais sans formuler des offres sur les effectifs qui pourraient être déployés ailleurs. Il manquait donc l’essentiel: la volonté de faire aboutir ce projet.

 

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