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Tribune

L’économie mondiale sur la voie de la reprise?

Par Nouriel ROUBINI | Edition N°:5075 Le 28/07/2017 | Partager

Nouriel ROUBINI est président de Roubini Macro Associates et professeur d’économie à l’université de New York (Stern School of Business, NYU) (Ph. PS)

Depuis deux ans, l’économie mondiale se porte mieux, pourtant elle oscille entre des phases de croissance rapide et de décélération. Au cours de cette période, deux épisodes notamment ont provoqué une chute des Bourses mondiales d’environ 10%. S’agit-il d’un cycle qui apparaît ou bien simplement d’un à-coup dans le redressement de l’économie mondiale?
Le premier épisode a eu lieu en août-septembre 2015, au moment où beaucoup d’observateurs craignaient un atterrissage brutal de l’économie chinoise. Le deuxième, en janvier-février 2016, concernait aussi la Chine. Mais les investisseurs craignaient également un arrêt de la croissance aux USA, un effondrement du prix du pétrole et des matières premières, une hausse rapide des taux d’intérêt américains décidée par la Réserve fédérale (Fed) et une politique non orthodoxe de taux d’intérêt négatifs en Europe et au Japon. Ces phases de décélération ont duré environ deux mois, jusqu’au moment où le mouvement de la Bourse s’est inversé. La crainte des investisseurs s’est révélée injustifiée, tandis que les banques centrales ont entamé leur politique de relâchement monétaire et que la Fed a retardé le moment d’augmenter les taux d’intérêt.
Comme troisième exemple, on peut citer la période qui a suivi le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en juin 2016. Mais cet épisode a été plus court que les autres, et du fait de la faible envergure de l’économie britannique et de la modération de sa politique de relâchement monétaire à ce moment-là, il n’a pas entraîné de ralentissement mondial. Dans les mois qui ont précédé l’élection de Donald Trump en novembre dernier, l’économie mondiale est entrée dans une nouvelle phase d’expansion -même si son potentiel de croissance est resté faible.
Peut-être vivons-nous encore dans ce que le FMI qualifie de «nouvelle médiocrité» et les Chinois de «nouvelle normalité» caractérisée par un potentiel de croissance faible. Pourtant l’activité économique a redémarré aux USA, en Europe, au Japon et dans les principaux pays émergents.
Le taux de croissance chinois s’est stabilisé grâce à de nouvelles mesures de stimulation. L’économie de l’Inde, de certains pays asiatiques et même de la Russie et du Brésil qui ont subi une récession entre 2014 et 2016 s’est redressée depuis. Et avant même que l’élection présidentielle américaine ne suscite une amélioration provisoire des attentes économiques, le pari du marché sur une réflation a indiqué le début d’une nouvelle phase de modeste expansion à l’échelle planétaire.
Les dernières données économiques suggèrent que la croissance pourrait s’accélérer au niveau mondial. Mais on ne peut exclure la possibilité que la phase d’expansion actuelle débouche sur un nouveau ralentissement mondial -ou même sur un arrêt brusque de la croissance- si un risque de baisse se concrétisait.  
Ainsi les marchés ont trop joué à la hausse avec l’arrivée de Trump. Il ne pourra appliquer aucune des mesures radicales en faveur de la croissance qu’il a proposées, et sa politique n’aura qu’un impact limité. Contrairement aux prévisions budgétaires de son gouvernement, la probabilité que le taux de croissance des USA passe de 2% à 3% est infime.
Les marchés ont aussi sous-estimé les risques de la politique du nouveau président américain. A titre d’exemple, les mesures protectionnistes qu’il a annoncées déclencheraient une guerre commerciale et les limitations qu’il a imposées à l’immigration vont probablement affecter la croissance en réduisant la main d’œuvre disponible.
Par ailleurs, il pourrait continuer à pratiquer une politique corporatiste néfaste aux investissements dans le secteur privé, à l’emploi à la production et à la fixation des prix. Son projet de stimulation budgétaire de l’économie est excessif, car les USA sont proches du plein emploi. Ce projet contraindrait la Fed à augmenter encore plus rapidement les taux d’intérêt -ce qui nuirait au redressement de l’économie, car cela augmenterait le coût du crédit à long terme et pousserait le dollar à la hausse.

Trump a introduit une telle incertitude budgétaire que la Fed pourrait facilement faire une erreur. Si elle n’augmente pas les taux d’intérêt assez vite, l’inflation pourrait échapper à tout contrôle. Il lui faudrait alors procéder à une hausse rapide de ces taux, au risque de déclencher une récession. De même si la hausse des taux d’intérêt est trop lente, une bulle du prix des actifs pourrait se former, avec tous les risques liés à son éclatement inévitable (gel du crédit, hausse du chômage, effondrement de la consommation).
La présidente de la Fed, Janet Yellen, ne va probablement pas commettre d’erreur. Néanmoins l’année prochaine Trump va nommer 5 ou peut-être 6 nouveaux membres au sein du Conseil des gouverneurs de la Fed qui en compte 7. S’il fait un mauvais choix, le risque d’erreurs graves par la Fed augmentera notablement. 
Enfin, les résultats des récentes élections en Hollande et en France (et les pronostics favorables pour les élections en Allemagne qui auront lieu en septembre) ont diminué le risque d’une prise du pouvoir par les populistes en Europe. Mais l’UE n’est pas encore tirée d’affaire sur le plan économique. Et les marchés pourraient à nouveau craindre un éclatement de la zone euro si le mouvement Cinq Etoiles anti-euro accède au pouvoir en Italie lors des prochaines élections qui pourraient avoir lieu au début de l’automne.
On ne peut exclure pour l’année prochaine une reprise mondiale plus robuste et durable si les dirigeants politiques ne font pas d’erreurs susceptibles de la faire dérailler. Et nous savons là où il y a le plus de risques qu’ils commettent ces erreurs.

 

Sur la scène internationale, Trump n’est pas le seul danger

LES marchés sous-estiment également les risques géopolitiques, dont beaucoup tiennent à la politique étrangère confuse et dangereuse de Trump. Nombre de scénarios impliquant les USA pourraient déstabiliser l’économie mondiale. Une confrontation militaire entre eux et la Corée du Nord semble désormais plausible. Il en est de même d’un conflit diplomatique ou militaire entre les USA et l’Iran qui pourrait conduire à un choc pétrolier, ou encore une guerre commerciale entre les USA et la Chine qui déboucherait sur un conflit géopolitique de grande ampleur.
Donald Trump n’est pas le seul danger sur la scène internationale. Pour stabiliser sa croissance, la Chine a recours à une nouvelle phase d’investissements fixes appuyés sur le crédit. Autrement dit, à moyen terme elle sera confrontée à un nombre croissant de problèmes d’actifs toxiques, de surendettement et de surcapacité. Or le Congrès national du Parti communiste chinois qui aura lieu cette année donnera la priorité à la croissance et à la stabilité économique. De ce fait, les discussions sur le rééquilibrage de la croissance et sur les réformes structurelles nécessaires passeront à l’arrière-plan. Mais si la Chine ne procède pas à ces réformes dès l’année prochaine et ne contient pas l’explosion de la dette, le risque d’un atterrissage brutal réapparaîtra.

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