Habillage_leco
Société

Droits des femmes: Ramid, «Monsieur Gaston Lagaffe»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5018 Le 08/05/2017 | Partager
Ses déclarations à Genève sont considérées comme «une volonté de légitimer la discrimination et la violence»
Les ONG se disent outrées par sa référence à la religion pour justifier l’injustifiable
Seules 14 mesures sur 234 dédiées aux droits des femmes dans le programme gouvernemental
ramid_droit_de_femmes_018.jpg

Après Bassima Hakkaoui, c’est Mustapha Ramid, ministre d’Etat en charge des Droits de l’homme, qui se retrouve dans le viseur des ONG féministes. Elles lui reprochent de tenir des propos en contradiction avec les positions officielles du Maroc sur les dossiers de la parité et de la consécration des droits des femmes (Ph. Bziouat)

C’était prévu. La confrontation des ONG et Mustapha Ramid, ministre d’Etat en charge des Droits de l’homme, ne s’est pas fait attendre. Près de 70 associations des droits des femmes ont haussé le ton contre les déclarations du ministre d’Etat, à l’occasion de la présentation du rapport sur la situation générale des droits humains, devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.

Après Bassima Hakkaoui, c’est Ramid, connu pour être bigame, qui est dans la ligne de mire de ces ONG. Elles ont interpellé le gouvernement sur «les contradictions entre le discours adopté officiellement et les résistances que traduisent les déclarations de certains ministres». Elles exigent «des explications concernant la position défendue par Ramid, chef de la délégation marocaine».

Elles ont mis en garde contre «l’incapacité de certains ministres à distinguer entre les choix du pays et leurs avis personnels». Cette levée de boucliers intervient suite aux réponses de Mustapha Ramid devant cette instance onusienne. Les associations féministes ont été «outrées» de constater que le ministre d’Etat ait avancé que «l’alignement du Maroc aux principes universels se heurte à la nécessité de se conformer aux préceptes religieux».

Pour lui, «cela ne concerne que quelques cas, particulièrement ceux liés aux droits des femmes». Les ONG ont déploré que Ramid ait «recours à des prétextes basés sur une interprétation de la religion pour justifier les dysfonctionnements dont souffre la protection des droits des femmes au Maroc». Elles ont refusé que cela soit «exploité dans le maintien des exclusions dont souffrent les femmes». Surtout que le ministre a mis en garde contre les risques sur «la stabilité du pays». Pour lui, cette catégorie de réforme «peut conduire à des bouleversements sociaux». Il a rappelé que «le pacte social risquait d’être rompu suite aux divisions ayant marqué la société marocaine au moment de la réforme du code de la famille».

A l’époque, la confrontation entre islamistes et modernistes autour du plan proposé par l’ex-ministre Said Saâdi s’était traduite par l’organisation de deux grandes marches, à Casablanca et Rabat. Les ONG n’ont pas hésité à adresser une pique à Ramid, en rappelant qu’il était «l’une des personnalités les plus hostiles à cette réforme». Aujourd’hui, ses déclarations devant le Conseil des droits de l’homme sont considérées par ces ONG comme étant «l’expression d’une volonté politique de consacrer la discrimination et la violence à l’égard des femmes». Ce qui encourage, selon elles, «l’idéologie conservatrice qui appuie l’exclusion des femmes».

Aujourd’hui, seuls 16% des postes de responsabilité dans le public sont occupés par des femmes. Elles ne représentent aussi que 7% des propriétaires fonciers. En face, plus de 62,8% des femmes sont victimes de violences. Ce qui nécessite l’accélération de la mise en œuvre du Plan national de la démocratie et des droits de l’homme. Ramid s’est engagé devant cette instance onusienne d’activer ce mécanisme. Mais les ONG insistent sur le fait que cette exécution soit globale, avec toutes les dispositions relatives aux droits des femmes.

Les mises en garde des ONG sont aussi motivées par le faible intérêt accordé à la consécration de la parité et à la lutte contre les discriminations à l’égard des femmes dans le programme gouvernemental. Analysé en privilégiant l’approche genre, il reste loin de répondre aux attentes des associations. Elles ont déploré que «les mesures liées à la parité et aux droits des femmes se limitent à 14 sur 234».

Pire, «aucun indicateur n’est prévu pour mesurer l’effectivité de la consécration de ces droits. Les expressions utilisées dans le programme ne reflètent pas une véritable volonté politique, se contentant d’évoquer la nécessité de l’encouragement ou de l’amélioration de certaines situations», ont-elles expliqué. Aujourd’hui, les ONG appellent le gouvernement à rompre avec «la logique d’assistanat adoptée dans le traitement des dossiers liés aux droits des femmes». Pour elles, il faut «en finir avec les déclarations d’intention sans qu’elles soient accompagnées de mesures concrètes».

Repères

  •  16% des postes de responsabilité sont occupés par des femmes
  •  10% des entreprises sont dirigées par des femmes
  •  28,3% des femmes sont au chômage
  •  8 femmes au chômage sur 10 sont diplômées
  •  62,8% des femmes sont victimes de violences
  • 52,6% des femmes sont analphabètes

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc