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Culture

Le Musée de l’histoire et des civilisations: Eclairage sur un Maroc multimillénaire

Par Amine Boushaba | Edition N°:4988 Le 24/03/2017 | Partager
L’ancien musée archéologique fait peau neuve
L’histoire du Maroc depuis la préhistoire jusqu’à l’époque islamique
Une des plus belles collections de bronzes antiques de la Méditerranée
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L’institution, qui a vocation à présenter l’histoire du Maroc depuis la préhistoire jusqu’à l’époque islamique, abrite un véritable trésor national méconnu de la plupart des  Marocains  (Ph. Abo)

«Je suis très fière d’être la conservatrice du plus beau musée du Maroc», déclare d’emblée, avec des étoiles dans les yeux,  Fatima Zahra CHBIHI, la conservatrice du Musée de l’histoire et des civilisations et comissaire de l’exposition. Il faut dire que les motifs de fierté sont nombreux. Dépoussiéré, restauré, modernisé et rebaptisé, l’ancien musée archéologique de Rabat s’apprête à ouvrir ses portes dans la capitale du Royaume. L’institution, qui a vocation à présenter l’histoire du Maroc depuis la préhistoire jusqu’à l’époque islamique, abrite un véritable trésor national méconnu de la plupart des Marocains. «Le Marocain doit prendre conscience qu’il a une culture très ancienne.

J’insiste sur le «très», parce que nous avons une culture qui est beaucoup plus ancienne par la découverte des objets datant de 6.000 ans av. J.-C. La culture marocaine est plus ancienne que celle des Pharaons d’Egypte», déclarait, il y a peu, Mehdi

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Le chien de bronze, l’une des découvertes majeures de Volubilis par Louis Châtelain en février 1916. Les fouilles systématiques du site ont démarré en 1915  (Ph. Abo)

Qotbi, le président de la Fondation des musées sur nos colonnes (cf. notre édition du 24 février 2017 www.leconomiste.com). Une histoire multimillénaire qui a enfin trouvé un écrin à sa mesure. Outils préhistoriques, mobilier néolithique, inscriptions libyco-berbères, splendide collection de divinités romaines, statuettes en bronze ou en marbre, céramique des premières cités de l’époque islamique...

Tout un éventail d’objets, issus principalement des trouvailles archéologiques mises au jour dans les différents sites de fouilles du Maroc, notamment ceux de Volubilis, Banassa,Thamusida..., y trouve place. Autant de témoignages des différentes civilisations qui se sont succédé et dont chacune a laissé des empreintes indélébiles qui ont façonné notre identité actuelle.
Toutes ces magnifiques pièces sont minutieusement disposées, suivant une scénographie savamment étudiée. Dès l’entrée du musée, le visiteur se trouve face à un écran géant tactile, une borne interactive présentant les principaux sites archéologiques du Maroc, avant d’être accueilli par une statue de belle facture de Ptolémée, dernier roi de Maurétanie, fils et successeur de Juba II, petit-fils de Cléopâtre VII et de Marc Antoine.

L’exposition se décline ensuite en plusieurs parties respectant un parcours chronologique qui sera le fil conducteur de toute la visite. Le Maroc préhistorique, les civilisations antiques et l’époque islamique se succèdent en effet  dans chacune des

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L’une des pièces maîtresses du musée est certainement le célèbre buste de Juba II. Une pièce exceptionnelle qui a fait le tour des plus grands musées  (Ph. FNM)

aires de l’exposition. Des gravures rupestres de l’âge du néolithique à celui du bronze, des stèles funéraires comportant des écritures libyco-berbères (ancêtre du tifinagh) antérieures à la présence des Phéniciens dans la région, en passant par des stèles votives romaines (petites tables d’offrandes en pierre portant des inscriptions en l’honneur des divinités)… D’autres pièces rares apportent un éclairage important sur les us et coutumes de nos ancêtres, comme ces documents portant des datations précises, à l’image de cette «table de patronat» en bronze portant l’inscription en caractères romains: «Le 1er février  162 ap. J-C., les citoyens de Banassa (cité située au cœur de la plaine du Gharb, sur la rive gauche du Sebou. Ndlr), ont choisi comme patron, pour eux et leurs descendants, Q.

Claudius FeroxAeronius Montanus, lequel a accepté», un véritable témoignage de l’histoire administrative du pays, précise la conservatrice. L’introduction à la période islamique passe elle par une vitrine sur la phase transitoire, assez peu connue faute de littérature sur cette période située entre le départ des Romains et l’avènement de l’islam. Elle est  néanmoins représentée par de très belles lampes en verre et en bronze à usage religieux  attestant de la forte présence juive et chrétienne au Maroc. Les arts islamiques sont largement représentés et déclinés en plusieurs thèmes: éléments d’architecture, l’art de vivre ou encore les systèmes hydrauliques, en plus d’une très belle collection de monnaies, présentée toujours dans un ordre chronologique: Idrissides, Almohades, Mérinides, Saadiens et

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Le Musée de l’histoire et des civilisations témoigne des différentes civilisations qui se sont succédé au Maroc. Ici, détail d’architecture de l’époque almoravide (Ph. Abo)

Alaouites.

La déambulation à travers ce patrimoine historique incomparable nous mène vers la salle de marbre, où la tête de la déesse Junon, la reine des dieux et protectrice du mariage, côtoie une splendide divinité fluviale semi-gisante. Mais les scénographes du Musée de l’histoire et des civilisations, ont gardé le meilleur pour la fin, puisque la visite se termine avec la somptueuse salle des bronzes. Une collection de quelque 28 bronzes figurant parmi les plus exceptionnelles du monde antique méditerranéen et dont la pièce maîtresse est sans conteste le célèbre et non moins sublime buste du roi Juba II. Le chef-d’œuvre de bronze, du jeune roi de Maurétanie, dégage une aura hors du commun et ne laisse personne indifférent. 

Les artistes de l’époque ayant parfaitement su saisir la gravité, la mélancolie appuyée par une moue boudeuse  qui confère à ce portrait, dans un état de conservation parfaite, une réputation internationale qui lui a valu plusieurs séjours dans les plus grands musées du monde (le Mucem à Marseille, le Musée Pouchkine à Moscou ou encore le MET à New York). La collection donne également à voir d’autres chefs-d’œuvre des artistes antiques, tels le fameux éphèbe couronné, le vieux pêcheur, le chien de Volubilis ou encore un fragment de manteau impérial orné de patines violettes et orangées.

                                                                          

Volubilis, la résidence des rois

LA salle des bronzes est certainement l’espace le plus prestigieux du Musée de l’histoire et des civilisations. La collection  découverte essentiellement à Volubilis date, pour la plus grande partie, de la période hellénistique et impériale.
De grande qualité et d’excellente facture artistique, la collection est l’une des plus exceptionnelles de la Méditerranée antique, car elle renseigne  d’une manière évidente sur les modes de vie  et témoigne d’un certain savoir-vivre en vogue dans les classes aristocratiques et aisées de la société en Méditerranée entre le IIe siècle avant J.-C. et le IIe siècle après J.-C. Bien que découverts, pour la plupart, à Volubilis, ils n’ont pas été produits dans cette région de l’Empire romain. Les lieux de production supposés de ces œuvres d’art sont  aussi bien  l’Italie, la Grèce, ou la Méditerranée orientale (Turquie, Jordanie - où des ateliers  de fabrication ont été découverts à ce jour).

Les fouilles systématiques du site ont commencé en 1915 et dès février 1916, l’une des pièces maîtresses de la collection (le chien de  volubilis) a été découverte par Louis Chatelain, archéologue et épigraphiste. Inspecteur des antiquités préislamiques du Maroc, à qui ont doit d’ailleurs l’ouverture du Musée quelques années plus tard. Le fameux buste de Juba II a, lui été découvert en 1944, toujours à Volubilis. L’emblématique Roi  berbère de Maurétanie avait fait de la cité sa résidence occasionnelle. Juba II, qui fut emmené enfant à Rome comme otage, avait reçu une excellente éducation à la cour d’Auguste. Il fut marié par Auguste à Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre VII et de Marc Antoine. Monarque au destin fabuleux, Juba II va régner sous la tutelle romaine et prendre comme seconde capitale Volubilis.

Il développa aussi d’autres centres urbains déjà existants, tels que Tanger, Benassa, Lixus et Essaouira. Roi fastueux et grand collectionneur, intellectuel et savant (il a écrit de nombreux livres d’histoire), Juba II vivait entouré d’artistes.
Bâtisseur et mécène, il sut également faire régner la paix et la prospérité dans son Royaume.

 

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