Reportage

Les producteurs du Tadla à la recherche de «l’or rouge»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4983 Le 17/03/2017 | Partager
Une marge nette moyenne de près de 42.000 DH/ha, du jamais vu!
Le ministère de l’Agriculture enclenche la restructuration de la filière
Modernisation de la valorisation, sécurité sanitaire, encadrement…
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La niora, considérée comme produit spécifique de la région Béni Mellal-Khénifra, constitue l’une des cultures maraîchères les plus produites et compte parmi les plus rentables sur le plan économique (Ph. YSA)

Le Maroc est l’un des premiers pays africains producteurs du piment rouge nommé localement «niora», paprika ou piment doux. Sa production nationale est principalement localisée au niveau du périmètre irrigué du Tadla. Historiquement, les piments sont originaires d’Amérique centrale et du Sud. Ils sont introduits en Europe à travers l’Espagne au XVe siècle. En très peu de temps, cette culture se répandit pratiquement dans le monde entier. Le bassin méditerranéen fut vite une terre fertile pour sa propagation. Les fruits varient énormément en taille, en forme, en saveur et en chaleur sensorielle. Le paprika est un condiment largement consommé dans le monde. Il est utilisé à des fins industrielles, avec plusieurs applications comme un colorant naturel dans l'industrie alimentaire, principalement à corriger, voire à renforcer la couleur des denrées ou pour fournir un certain assaisonnement. Il est également utilisé dans les industries pharmaceutiques et cosmétiques.

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24.500 tonnes de matière fraîche sur 970 ha, soit plus de 90% de la production nationale

Au Maroc, les variétés cultivées prédominantes sont de type Bola et Lukus. L’introduction du niora dans notre pays remonte aux années 1925 dans la région de l’est, mais sa culture dans la région de Tadla-Azilal a eu lieu au début des années 1980. Elle a connu un large succès dans cette région durant les années 90. A cette époque, la superficie cultivée du piment moulu avait atteint un record de l’ordre de 6.788 ha durant la campagne 1990/91. Mais, au fil des ans, cette superficie a progressivement diminué. Ceci, en raison, d’une part, des conditions de sécheresse qu’a connues le périmètre et qui ont obligé l’Office régional de mise en valeur du Tadla (ORMVAT) à opérer des restrictions hydriques, en supprimant notamment la dotation en eau accordée aux cultures maraîchères et, d’autre part, aux problèmes de commercialisation et de qualité de production conjugués aux problèmes phytosanitaires de phytophthora.

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Sur le plan valorisation, la transformation de la production de la culture de niora se fait au niveau de 17 unités traditionnelles de mouture. La niora réduite en poudre est utilisée comme colorant alimentaire dans la cuisine marocaine (Ph YSA)

Actuellement, cette activité constitue l’une des cultures maraîchères les plus produites et compte parmi les plus rentables sur le plan économique. «En témoigne sa contribution active à l’amélioration du niveau socioéconomique de la région à travers la création de plus de 150.000 journées de travail/an et la génération d’une valeur ajoutée estimée à plus de 18 millions de DH», estime Hssain Rahaoui, directeur de l’ORMVAT. Chiffres à l’appui, Rahaoui affirme «qu’au cours des cinq dernières années, cette culture a couvert en moyenne annuelle 950 ha de terres cultivées». Et rien que pour la campagne écoulée (2015-16), la surface cultivée a atteint 970 ha, alors que la production s’est élevée à 24.500 tonnes de matière fraîche, soit plus de 90% de la production nationale.

 

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150.000 journées de travail/an sont créées par la niora qui génère aussi une valeur ajoutée estimée à plus de 18 millions de DH

Le rendement moyen du piment doux est de l’ordre de 25 tonnes/ha. Notons que le prix de la niora fraîche a varié entre 2,50 et 3 DH/kg et entre 12 et 15 DH/kg pour la niora séchée et  20 à 25 DH/kg pour le piment doux (Niora transformé). Ce qui place le paprika parmi les cultures les plus rentables au niveau de la région Béni Mellal- Khénifra. Quand on sait qu’il dégage une marge nette moyenne de 41.870 DH/ha, on comprend mieux la ruée vers ce que l’on appelle ici le «nouvel or rouge».
En matière de valorisation, la transformation de la niora en piment passe par la réception de la matière première, la mouture, l’huilage et malaxage, le tamisage, le conditionnement, le stockage et enfin la livraison. Cependant, la transformation de la production reste précaire et se fait au niveau de 17 unités traditionnelles de mouture qui, le plus souvent, ne répondent pas aux normes d’hygiène et de sécurité alimentaire.

A cet effet, le ministère de l’Agriculture a lancé tout un programme au profit de cette filière. En détail, il est prévu, dans le cadre du PMV, la création d’une unité moderne de déshydrations, transformation et emballage de piment doux moulu. En outre, l’ORMVA du Tadla a signé récemment une convention avec un bureau d’étude pour accompagner les propriétaires de moulins de piment rouge dans la perspective d’une restructuration et d’une mise à niveau de leurs unités. L’opération est coordonnée avec la direction régionale de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Signalons enfin que l’encadrement des agriculteurs pour relever et améliorer leur productivité, le développement de la technique de goutte-à-goutte pour limiter la propagation de bactéries et l’organisation des producteurs au sein de coopératives ou d’associations, ne sont pas en reste. En clair, ces actions devraient hisser les techniques de production, assurer la traçabilité des cultures, et booster les quantités produites… bref, créer une véritable chaîne de valeur.

repères

Perspectives de développement
Dotation en eau pour encourager l'extension de la culture
Encouragement de l'irrigation localisée
Création d'un circuit et d'une plateforme de commercialisation
L’organisation des producteurs en coopératives et éventuellement en associations.
Restructuration des unités de transformation pour améliorer les conditions hygiéniques de séchage et de transformation de la Niora en piment doux moulu
Installation d’une unité moderne de séchage, transformation et conditionnement de la production pour sa valorisation. 

                                                                                 

Un plan de développement régional à 30 milliards de DH

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41.870 DH/ha de marge nette moyenne

«Nous avons trois cultures spécifiques: la niora, la grenadine et le sésame», rappelle Mohamed Dardouri, wali de la région Béni Mellal-Khénifra. Pour lui, le développement de l’agriculture de ce territoire est une priorité. En ce sens, la région a financé une étude (5 millions de DH) visant à créer de véritables chaînes de valeur pour quelque 13 filières agricoles. Allant des productions brutes en passant par la récolte, le stockage et la valorisation agroalimentaire, en plus des dérivés et cosmétiques,

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cette étude a donné une véritable visibilité aux agriculteurs et décideurs de la région. L’ambition est de créer une grande valeur ajoutée et des millions de journées de travail.

Dans ce sens, le Conseil régional de Beni Mellal-Khénifra vient d’adopter son plan de développement régional (PDR). Une feuille de route présentant un investissement global de l’ordre de 30 milliards de DH. Prioritaire dans ce programme, l’agriculture est considérée comme le principal moteur économique de la région. D’ailleurs, ce n’est pas fortuit si Béni Mellal s’est dotée dernièrement d’un agropole de 208 ha de superficie. Aménagée par Sapino, la plateforme connaît un franc succès. Des Allemands y investiront quelque 10 millions d’euros pour monter leur unité de canalisations d’irrigation.

 

 

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