Dossier Spécial

Comment négocier l’après-retour à l’UA

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4968 Le 24/02/2017 | Partager
Maintien de la dynamique d’ouverture sur de nouvelles zones du continent
L’expertise marocaine, un atout pour assurer le codéveloppement
Encadrement du champ religieux, le Maroc se donne les moyens de ses ambitions
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La dynamique de la diplomatie royale en Afrique a permis d’assurer une plus grande ouverture sur de nouvelles régions du continent. Lors de ses déplacements, le Souverain est souvent accompagné de délégations comprenant des responsables de différents départements et des opérateurs économiques. L’objectif est d’axer ces visites sur des projets concrets, avec l’implication de grands groupes comme l’OCP et la mise à contribution des banques marocaines disposant d’un solide réseau à travers l’Afrique 

En réintégrant l’Union africaine, le Maroc a amorcé une nouvelle phase dans sa politique sur le continent. Pour la diplomatie marocaine, ce retour ne constitue pas une fin en soi mais place sa politique  dans une approche institutionnelle multilatérale.  A Addis-Abeba, le Souverain en a rappelé l’esprit puisqu’il s’agit de renforcer le leadership en Afrique, à travers des actions favorisant une plus grande intégration régionale. En se tournant vers le Sud, Rabat agit selon une approche globale. 

L’Afrique est considérée depuis quelques années comme le plus grand gisement de croissance. Tout est à faire dans ce continent qui a longtemps souffert du manque d’infrastructure et de la faiblesse de la production de valeur ajoutée. Rabat est porteuse d’un discours novateur, en phase avec les ambitions de développement des nouveaux leaders africains, lesquels sont conscients de l’apport du partenariat avec le Maroc. L’offre du Royaume est basée sur une logique win-win. C’est un premier atout et de taille. Les conventions signées avec le Ghana ou la Zambie donnent corps à cette orientation et montrent bien que la vision s’étend au-delà des alliés traditionnels du Maroc, y compris auprès  d’Etats ayant exprimé  des positions hostiles aux intérêts du Royaume. En Afrique, les opérateurs marocains peuvent saisir une série d’opportunités. Mais cela passe d’abord par une meilleure connaissance de ces pays qui ont connu de grands changements durant les dernières années. L’idée est de dépasser les préjugés et de se lancer dans la conquête de ce grand marché porté par l’émergence d’une classe moyenne qui a forcé une évolution des habitudes d’achat au niveau de ces pays.

Construire un avenir solidaire et sûr
Les signaux positifs lancés par le Maroc après son retour à l’UA semblent rassurer plusieurs pays du continent. Contrairement à ce qui a été avancé par certains adversaires du Royaume, ce retour ne s’est pas soldé par des divisions au sein de cette organisation panafricaine. Aujourd’hui, Rabat est en train de mettre en œuvre l’ambition de fédérer les actions de développement au niveau du continent. En témoignent les dernières visites royales au Ghana, en Zambie et en Guinée Conakry. Loin d’axer la dynamique marocaine sur la volonté d’exclure les séparatistes du Polisario de l’UA, le Maroc s’adresse à ces partenaires africains avec une vision pragmatique de codéveloppement. Rabat met en avant une logique win-win, à travers un partage d’expertise sans ostentation, comme l’avait annoncé le Souverain lors du discours d’Addis-Abeba. Ce transfert de savoir-faire concerne plusieurs secteurs. Il jette les bases d’une véritable intégration régionale. En mettant à contribution le solide réseau des banques marocaines sur le continent pour consolider les capacités des entreprises locales et accompagner leur développement à l’international, le Maroc pousse vers une meilleure compétitivité des économies africaines. Il s’agit d’une construction qui devrait aboutir, à terme, à un espace économique régional compétitif et complémentaire. Ce qui permettra à l’Afrique de se positionner en tant que véritable bloc régional puissant.

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Diversifier les partenariats
Au-delà des pays de l’Afrique francophone, partenaires traditionnels du Maroc, le cap est mis actuellement sur d’autres zones du continent. Les dernières tournées royales ont favorisé une plus grande ouverture vers d’autres pays de l’Afrique australe et de l’Est. La diplomatie offensive du Maroc, articulée autour d’un nouveau discours, a permis de revigorer les liens avec des Etats considérés jusque-là comme des alliés des adversaires du Royaume. La logique est simple: redynamiser les relations sur la base de projets concrets. L’exemple de l’unité de production de fertilisants au Nigeria est édifiant. Mieux, certains projets, comme celui du gazoduc reliant ce pays à l’Europe, en passant par le Maroc, constitue un exemple d’initiatives bénéfiques à l’ensemble de la région. Ce qui permettra, progressivement, de briser certaines alliances hostiles au Maroc, comme le traditionnel axe Alger-Pretoria, dans lequel Abuja constituait un élément central. Pour plusieurs observateurs, la diplomatie marocaine est appelée à poursuivre sa dynamique pour s’ouvrir sur des pays plus au Sud. En tête, l’Afrique du Sud, qui constitue l’une des plus grandes puissances économiques du continent.

Leadership religieux
C’est l’un des plus grands atouts du Maroc. Les liens spirituels du Maroc ne se sont jamais rompus avec plusieurs pays africains. Traditionnellement, les zaouias, notamment la tijania, la qadiriya et la boutchichia, ont joué un rôle décisif dans le renforcement de ces relations séculaires. Aujourd’hui, Rabat a franchi un nouveau pas en matière de coopération dans le domaine religieux. L’expertise développée après le lancement de la restructuration du champ religieux depuis 2003 est sollicitée par plusieurs pays africains. Mali, Côte d’Ivoire, Gabon, Tunisie… autant de pays qui bénéficient déjà du savoir-faire marocain dans ce domaine. La montée de l’extrémisme en Afrique et l’émergence de plusieurs organisations terroristes poussent vers le renforcement du partenariat pour lutter contre toutes les formes de radicalité. Au-delà des aspects sécuritaires, l’idée est de s’inspirer du modèle marocain en matière d’encadrement du champ religieux, pour prévenir les dérives nées des interprétations erronées de la religion. Le rôle du Roi, Commandeur des croyants, est central dans cette configuration. Ses initiatives ont permis au Maroc de se donner les moyens de ses ambitions. C’est dans ce cadre que s’inscrit la mise en place de l’Institut Mohammed VI de formation des imams. Rabat veut également susciter les débats autour des thématiques religieuses et favoriser les échanges entre les théologiens via la Fondation Mohammed VI des oulémas africains. Basée à Fès, capitale spirituelle du Royaume, elle constitue un «cadre pour la coopération, l’échange des expériences et la coordination des efforts entre les oulémas pour qu’ils puissent remplir le devoir de faire connaître l’image réelle de la religion tolérante de l’Islam», avait expliqué le Souverain lors de l’installation du Conseil supérieur de cette fondation. Celle-ci a une mission claire: «Etre au service de la sécurité, de la stabilité et du développement en Afrique».

Renforcer la présence dans les rouages de l’organisation
Au-delà de l’officialisation du retour du Maroc à l’UA, la prochaine bataille devra avoir lieu au sein des instances de cette organisation panafricaine. L’absence des responsables marocains de ce cadre institutionnel durant plusieurs années a laissé la voie ouverte aux adversaires du Royaume pour tisser un réseau solide au sein de ses organes. Aujourd’hui, l’enjeu est de rattraper le retard. L’implication des représentants du Maroc dans les activités des différentes commissions de l’Union africaine est incontournable pour défendre la vision marocaine de la coopération Sud-Sud. C’est ce qui permettra de converger les visions autour de projets à portée régionale dans différents secteurs, comme l’énergie, l’industrie, l’agriculture, le commerce… Cela permettra également d’atténuer l’influence de certains adversaires du Maroc, essentiellement l’ Algérie, au sein de certaines commissions, comme celle de la paix et de la sécurité.

Task force diplomatique
La concrétisation des ambitions du Maroc en Afrique reste tributaire du dynamisme et de l’implication de ses représentants diplomatiques au sein des instances de l’Union africaine. L’idée est de mobiliser une véritable task force à même de défendre les intérêts du Maroc et mobiliser les autres membres autour de projets portés par le Royaume. Le ministère des Affaires étrangères semble conscient de ces enjeux. Le discours royal relatif aux performances de la diplomatie marocaine avait permis de redynamiser ce département. Aujourd’hui, il mise sur des profils jeunes et hautement qualifiés. Leur maîtrise des différents dossiers économiques et politiques dans lesquels le Maroc est engagé au niveau du continent sera un atout. A côté de ces chevilles ouvrières, la désignation du représentant permanent auprès de cette organisation panafricaine obéit à d’autres logiques. En plus de la compétence, cette personnalité sera choisie parmi les diplomates aguerris, disposant d’une grande expérience et d’une connaissance profonde des enjeux du Maroc en Afrique.

Anti-terrorisme: L’atout de l’expertise marocaine
C’est l’un des dossiers dans lesquels l’appui marocain sera décisif pour plusieurs pays africains. L’expertise marocaine a permis de déjouer plusieurs attentats notamment en Europe. Les pays africains, dont plusieurs souffrent de l’émergence de groupes terroristes, surtout dans la zone sahélienne, ont tout à gagner en renforçant davantage le partenariat sécuritaire avec le Maroc. Abdelhak Khiam a annoncé qu’une «collaboration laborieuse lie Rabat à ses frères africains». Toutefois, l’entêtement de l’Algérie, qui a souvent manœuvré pour exclure le Maroc des initiatives régionales de lutte anti-terroriste, risque d’entraver cet élan. Or, vu la nature transfrontalière de la menace terroriste, la mise en place d’initiatives communes est indispensable pour assurer la sécurité régionale. L’avenir de la sécurité des pays du continent face à la montée des groupes extrémistes se joue sur le terrain du renseignement. Cela concerne essentiellement le renforcement de l’échange d’informations entre les services sécuritaires, décisif pour avorter les tentatives des cellules terroristes.

 

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