Reportage

Snop: L’emboutisseur passe à 60 millions d’euros de CA en 5 ans!

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4963 Le 17/02/2017 | Partager
40.000 tonnes d’acier consommées chaque année
Un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros pour 2017
450 emplois, 95% des techniciens issus de l’OFPPT
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Tout part de bobines de tôles laminées dans l’usine de Snop Tanger. 40.000 de tonnes d’acier sont consommées chaque année sur ce site de la capitale du détroit (Ph. JM)

Se promener dans l’usine de découpage emboutissage Snop installée dans la zone franche d’exportation de Tanger (TFZ) donne le tournis au profane dépourvu d’une culture industrielle en matière de fabrication de composants métalliques pour l’automobile. Au travers d’une visite des artères d’un site grand de 15.000 m² (couverts), le process de fabrication devient de plus en plus clair. En gros, des machines qui tournent sans relâche, découpent, emboutissent, profilent, assemblent des pièces métalliques prêtes à être montées par la fabricant automobile: traverse de poste de conduite, traverse de support de la planche de bord, rails et autres mécanismes de portes coulissantes… Des dizaines d’autres pièces de toutes formes. 40.000 tonnes d’aciers sont consommées chaque année dans cette usine. De 100 salariés au démarrage en 2011, l’usine emploie 450 en 2017.

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Vue panoramique de l’usine et du process industriel. De 100 salariés en 2011, l’usine emploie actuellement 450

Notre guide Badr Babaali est le directeur de l’usine. Lauréat en 2002 de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique (ENSEM), il y atterrit en 2011 en tant que directeur de production, soit la même année du démarrage du site. Les premières pièces embouties ont approvisionné Alliance Renault-Nissan de Melloussa le mois de juin de la même année. Babaali fait partie de la trentaine d’ingénieurs qu’emploie Snop. Mais pas avant d’avoir acquis une solide formation et perfectionné son expérience dans les technologies mécaniques, en particulier celles de l’industrie automobile.

A Casablanca, avec NRF d’abord, spécialisé dans la fabrication des radiateurs automobiles, avec Valeo ensuite, une unité d’un autre groupe français spécialisé dans la pièce de rechange et de l’accessoire automobile (installée elle aussi dans la même zone franche en juillet 2016 pour être tout près de son principal client, l’usine Renault). Babaali ira enfin enrichir pendant 6 ans sa carrière d’ingénieur mécanicien chez le fabricant Renault avant de débarquer à TZF. «Ici, l’usine est opérationnelle 24h/24, soit 3x8 (après avoir démarré en shift 1x8 puis passée en 2x8), pour satisfaire les commandes. Il n’y pas que l’usine Renault de Tanger qui s’approvisionne de nos pièces métalliques, elles sont désormais exportées vers d’autres sites de fabrication, partout dans le monde. Notre usine est équipée des plus récentes technologie d’emboutissage d’acier», glisse Babaali. 

6 presses Balconi de 160 à 1.200 tonnes, des moyens de profilage, d’assemblage et de soudage, dont une trentaine de robots. Deux machines de contrôle 3D pour assurer la métrologie. La manutention, quant à elle, est équipée de 6 ponts de 5 à 32 tonnes. Le tout sert à façonner chez le fabricant  22.500 véhicules par semaine, 1 million par an. Certifiée ASES (Renault Nissan), ISO 16949 et 14001, cette usine est en effet intégrée au réseau logistique international de Renault ILN (International Logistic Network) et exporte ses pièces assemblées dans des pays comme le  Brésil, la Colombie, l’Inde, l’Argentine, la Turquie et la Russie… L’usine livre aussi des pièces pour le véhicule X87 de Renault, le Crossover Captur fabriqué à Valladolid en Espagne. Sans parler du site Somaca à Casablanca qui assemble des Logan. Et du prochain client PSA Peugeot qui construit actuellement son usine à Kénitra et dont la production démarrera en 2019.

«Nous avons déjà décroché un contrat pour lui fournir nos pièces», se félicite Tajeddine Bennis, directeur général de Snop. C’est en effet un gros client, cette nouvelle usine devrait produire 90.000 véhicules par an à son lancement en 2019, avec pour objectif, à terme, d’en produire 200.000 par an. Ce qui portera, à l’horizon 2023, le nombre de véhicules fabriqués par les trois sites (Tanger, Casablanca et Kénitra) à 1 million par an. C’est l’équivalent de 1 million de tonnes d’acier par an. Ce qui va obliger les fabricants des véhicules et autres accessoires à diversifier leurs fournisseurs. Et c’est Maghreb Steel à Casablanca qui  est en passe de gagner ce gros marché de l’automobile.

Importé à 100% de l’étranger, en grande partie d’Arcelor Mittal (d’Espagne), l’acier consommé sur le site Snop sera acheté en effet localement de l’usine de Casablanca dans les prochaines semaines dans le cadre d’un plan de validation entrepris en partenariat avec l’usine Renault. Ce qui est valable pour l’acier l’est, ou le sera, pour d’autres produits en termes de plan d’intégration locale. Le secteur de l’automobile, à travers l’Association pour l’industrie et le commerce de l’automobile (Amica), a un engagement d’intégration vis-à-vis des pouvoirs publics de l’ordre de 65% d’ici 2023. C’est le cas de la formation du personnel. Bennis a formé d’abord les débutants dans l’usine par une équipe d’expatriés de passage, ou par l’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile de Tanger (IFMIA). Mais cette expérience a été de courte durée, le management de l’usine s’est vite aperçu que cette formation doit se faire en partenariat avec des établissements locaux de formation.

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Pour accompagner les nouvelles capacités et la demande croissante, la future usine Snop (en construction) sera accolée à l’usine-mère d’emboutissage, sur une superficie de 5.000 m2

Le management est parti d’une logique simple: faire confiance aux jeunes diplômés marocains. Depuis le démarrage, «nous avons établi un partenariat avec l’OFPPT en partant d’une équipe de 65 élèves de diverses filières à qui nous avons assuré une formation de 6 semaines intégrant les basiques de notre métier. Après, cap sur le site pour le stage de fin d’études. Les élèves ont déballé les machines  et fabriqué les premières pièces livrées à notre client. Tous les ans, nous réitérons cette opération. Actuellement, plus de 95% de nos techniciens sont issus de l’OFPPT et nous en sommes très satisfaits».  L’Office  dispose d’ailleurs sur le même site TFZ, proximité oblige, d’une école de formation au service des 700 entreprises qui y sont installées. Snop continue de prendre des stagiaires en formation alternée et elle les engage chez elle après un stage de pré-embauche.

Le résultat n’est pas décevant. «Nous avons tendance à dénigrer notre système de formation, beaucoup veulent des jeunes sur mesure, avec expérience, ça ne peut être possible. Une entreprise citoyenne doit s’impliquer dans l’ingénierie de formation, mais aussi en participant à des séminaires thématiques auprès des organismes comme l’OFPPT et les universités. Cela nous permet d’insérer plus facilement les jeunes diplômés avec les profils qui collent parfaitement à nos besoins», conclut Bennis.

Bientôt une usine d’outillages de presse à Tanger

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Importé à 100% de l’étranger, en grande partie d’Arcelor Mittal en Espagne, l’acier consommé sur le site sera dorénavant acheté localement, notamment auprès de Maghreb Steel

Avec le groupe français Snop, d’ailleurs, l’OFPPT est en train de créer un établissement dédié à l’outillage automobile. La nouvelle équipe formée par cet établissement (jeunes techniciens de niveau bac pro en mécanique ou bac+1 ou 2), 150 salariés en tout sur les trois ans à venir, dont une cinquantaine sera embauchée au démarrage, ira renforcer l’équipe du personnel de la Snop, mais dans la nouvelle usine en voie de construction accolée à l’usine-mère d’emboutissage, sur une superficie de 5.000 m². Nous sommes allés visiter le site, les premières barres de la charpente métallique sont déjà montées et les travaux sont menés à pas de charge pour que l’usine soit prête fin 2017.

La nouvelle unité sera vouée à la fabrication d’outillages de presse (la matrice qui donne la forme des pièces de métal embouties), un investissement estimé à 10 millions d’euros. Jusqu’à présent, cet outillage est importé à 100% par Snop France, de la République tchèque et de la Chine, là où FSD Snop mère a installé, pour alimenter ses besoins en outils de presse, ses usines d’emboutissage. Sauf que l’usine Wuhan en Chine est très loin de ces sites, et son prix de revient est de plus en plus coûteux (main-d’ouvre et éloignement). Ce qui a poussé le management de Snop à penser à un site à Tanger, plus près de l’Europe. Il va y fabriquer  8 outillages par mois, soit un quart des besoins de Snop, l’usine de Tanger.

L’éloignement de la Chine des marchés européens a été déterminant dans ce choix. «Les délais de développement des véhicules sont de plus en plus courts. Ce qui se répercute sur le cycle de conception et fabrication des outillages, particulièrement long et minutieux. Il faut compter 8 semaines de logistique depuis Wuhan contre quelques jours au Maroc. C’est le besoin de proximité qui justifie ce projet», avait indiqué Michel Pinaire, président et fondateur de FSD, un groupe disposant d’une trentaine de sites à travers le monde.

L’usine Renault Melloussa, principal client

Snop Tanger fournit aux deux usines Renault Tanger et Somaca (qui cumulent environ 9.000 salariés) l’essentiel de sa production, et elle doit suivre le rythme de développement de ces deux usines. Une bonne partie des véhicules montés à l’aide de l’acier embouti par Snop est destinée à l’export. L’année 2016 a vu ainsi une augmentation de leur production de véhicules de l’ordre de 18% par rapport à 2015. 345.000 véhicules fabriqués dans ces deux usines dont près de 303.000 exportés vers 73 pays à travers le monde. Le volume à l’export a concerné notamment la marque Dacia montée dans le site de Tanger et qui est allée alimenter les marchés français, espagnol et allemand. Quant au site Somaca de Casablanca, il a alimenté, lui, les marchés de Turquie, d’Egypte et de Tunisie. Mais pas uniquement, la voiture fabriquée au Maroc a été exportée vers d’autres pays d’Europe comme l’Italie, la Russie et la Grande Bretagne, des pays d’Amérique du Sud, d’Asie comme l’Arabie saoudite, et d’Afrique subsaharienne. Quant au marché marocain, il a absorbé, lui, en 2016, quelque 160.000 véhicules. Les voitures montées dans les usines Renault Maroc sont en effet les plus vendues localement. L’usine Snop a encore de beaux jours devant elle.

                                                                    

Tajeddine Bennis: Bio express

Il quitte Fès à 18 ans après son bac décroché au lycée My Idriss pour aller à Nancy faire l’Ecole des mines. Il décroche son diplôme en 1990 puis rejoint juste après Renault, à Boulogne Billancourt, pour faire carrière dans l’industrie automobile jusqu’à aujourd’hui.
D’abord 10 ans en France, ensuite 4 ans (entre 2000 et 2004) au Portugal à l’usine Renault Cacia et puis 5 ans à Casablanca, à Somaca, dans le cadre du démarrage du projet Logan. En 2009, il intègre TMSA à TFZ pour lancer Tanger Automotive City. Deux ans après (2011), il intègre le groupe FSD pour lancer l’usine Snop Tanger dans la même zone franche, après que ce dernier ait décroché un contrat de fourniture de pièces d’emboutissage à l’usine Renault Tanger.

Il participe ainsi directement à la construction de l’usine, à la constitution de la première équipe de collaborateurs et à la formation du personnel, jusqu’à la première livraison en juin 2011. Six ans plus tard, l’usine est passée de 100 à 450 salariés, dont 25% de femmes réparties sur les différentes catégories professionnelles: opératrices, caristes, techniciennes, agents de maîtrise, cadres et membres du comité de direction. «Le groupe a investi dans des machines d’emboutissage dernière génération, de robots d’assemblage, d’où une avance technologique confortable. Si le groupe a opté pour le Maroc, c’est qu’il a confiance en ses potentialités, et s’il l’a choisi, c’est avec une vision de développement à long terme, avec au départ un investissement initial de 300 millions de DH suivi par une extension et renforcement du parc machines de 100 millions additionnels», lance Tajeddine Bennis.

Deux ans après le démarrage de l’usine, les premières livraisons à l’export ont commencé vers d’autres usines Renault, Valladolid en Espagne, le Brésil, la Colombie, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud.  Le chiffre d’affaires annuel prévisionnel de 30 millions d’euros devrait atteindre 60 millions d’euros pour l’exercice en cours, avec une consommation d’environ 40.000 tonnes d’acier en bobines.

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