Entreprises

Uber gagne du terrain… les taximen fulminent

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4946 Le 25/01/2017 | Partager
Face à la concurrence, les taxis ont recours à la violence
Les agressions se multiplient à l’encontre des clients Uber, Careem…
Nouvel arrêté pour régir la profession
uber_taxi_manifs_046.jpg

Les taximen organisent régulièrement des sit-in devant le siège d’Uber sur Bd Rachidi à Casablanca (Ph Jarfi)

Les taximen ne décolèrent pas. L’uberisation de leur activité continue de susciter de vives réactions. Le dernier incident en date, largement relayé par les réseaux sociaux, est celui du tabassage d’une jeune femme, travaillant pour l’un des intermédiaires en services de transport par taxi. Guet-apens, fausse réservation, intimidations, voire agressions… Plusieurs clients se font écho d’histoires similaires. «Récemment, trois individus m’ont tirée sans ménagement de l’intérieur d’un véhicule Uber», raconte une cliente d’Uber à Casablanca. Des dizaines d’incidents sont rapportés régulièrement. A tel point que des chauffeurs préfèrent jouer au chat et à la souris avec le lobby violent des taxis. Certains demandent à leurs clients de les attendre au détour d’une ruelle ou de se mettre côté passager pour ne pas attirer les regards.

«Nous condamnons toutes les violences et nous soutenons nos chauffeurs légalement et financièrement», réagit Meryem Belkziz, DG d’Uber, qui qualifie ces violences d’«actes isolés». Cette multiplication des incidents dénote en fait d’un engouement croissant des usagers pour ce nouveau modèle. En effet, au-delà d’un simple service de transport, des entreprises comme Uber, Careem… offrent un package qui séduit de plus en plus de clientèle. Moyennant un supplément (autour de 10 à 20 DH), le client a droit à des services de qualité: sécurité, traçabilité, propreté du véhicule, ponctualité… en plus de l’évaluation de la prestation.

En face, les taximen font pâle figure. Parc vétuste, hygiène douteuse, chauffeurs récalcitrants, trajets détournés, compteurs traficotés, chaos aux alentours des gares, certains fument durant les trajets… la liste des griefs s’allonge et avec elle les plaintes des usagers. Au lieu d’épingler la «concurrence déloyale», les taximen gagneraient plutôt à rehausser les standards de qualité. «Les clients de plus en plus exigeants ne trouvent plus leur compte dans le système actuel de transport par taxi», témoigne un autre usager.

Les services des intermédiaires en services de transport par taxi répondent ainsi à un réel besoin. Celui d’une clientèle prête à payer le prix fort pour bénéficier d’un service aux normes. «Notre réseau compte déjà 250 taxis rouges, sans compter 3.000 personnes enregistrées en tant qu’auto-entrepreneurs ou société de transport touristique», explique Belkziz. Pour motiver les taximen, Uber ne perçoit aucune commission sur les courses. «Nous appliquons un système de bonus pour mieux les intégrer», poursuit Belkziz. Selon la dirigeante, les chauffeurs inscrits chez Uber n’exercent pas dans l’informel, n’ont rien des «khattafas» (transporteurs clandestins).

Au contraire, ils sont triés sur le volet et soumis à des règles strictes d’hygiène, de sécurité… En utilisant la plateforme Uber, les passagers peuvent voir le nom des chauffeurs, photo et plaque d’immatriculation du véhicule au moment de la commande. Ils ont aussi la possibilité de partager leur parcours en temps réel avec leurs amis et familles via une technologie GPS. Les chauffeurs partenaires sont en outre incités à fournir un service de qualité, via un système de notation par les passagers. Quant au mode de rémunération, la gérante d’Uber Maroc déclare «ne pas communiquer sur ce sujet». Selon des estimations, la commission serait de 25% sur le prix de la course.
Uber revendique aujourd’hui pas moins de 15.000 utilisateurs réguliers de son application de service VTC (voiture de transport avec chauffeur).

Hors la loi?

Pour les services compétents auprès de la wilaya de la région Casa-Settat, les intermédiaires en services de transport par taxi sont tout simplement «hors la loi». «Ces entreprises ne sont pas autorisées à exercer le métier de transport par taxi sur le territoire de Casablanca». Mais pour l’heure, le flou juridique qui entoure cette nouvelle activité profite aux entreprises d’intermédiation.
Pour redorer un tant soit peu le blason des taximen, la wilaya planche actuellement sur un nouvel arrêté gubernatorial qui régira le métier de transport par taxi (1re et 2e catégorie). «Il s’agit d’une version revue et améliorée de l’ancien arrêté datant de 1962», indique la même source. La multiplication des plaintes sur la mauvaise qualité des services a fini par pousser les autorités locales à réagir. Le nouveau texte stipule notamment que «le chauffeur de taxi doit faire preuve de bonne conduite et s’habiller de manière décente». Ce dernier ne doit pas refuser de prendre des clients à besoins spécifiques. Il est tenu également de respecter la file d’attente devant les gares et les stations, ne pas entraver la circulation, s’abstenir de fumer et manger à bord … Et surtout il ne peut imposer à un client de prendre un autre en cours de route, sans son accord préalable.

 

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc