Analyse

Agriculture : Marrakech déploie son goutte-à-goutte

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4941 Le 18/01/2017 | Partager
Une région aride où l’eau doit être préservée
500 ha irrigués à Saâda, une pierre à l’édifice
Le plan national prévoit 100.900 ha à l’horizon 2020
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Source: Historique météo
Marrakech voit ses précipitations aller et venir sans grande logique. Pour ce climat aride et semi-aride, mieux vaut bien s’équiper pour une économie de l’eau indispensable, voire vitale. L’agriculture n’a pas d’autre choix que de déployer l’irrigation au goutte-à-goutte pour préserver des ressources capricieuses

L’esprit «COP22» continue sa route. Le soufflet n’est pas retombé. L’organisation à Marrakech de la 22e Conférence sur le climat a permis au monde de, notamment, se mettre d’accord sur des délais resserrés pour limiter le réchauffement climatique, mais a également initié tout un tas d’initiatives locales. Un élan indispensable aujourd’hui. Le Maroc fait ainsi figure d’élève exemplaire. Et la région ne quitte plus sa stratégie: se développer pourvu que ce soit durable. Sur ces questions écologiques, l’agriculture est en haut de l’affiche. Il faut jongler avec les caractéristiques régionales: climat aride et semi-aride, pluviométrie et températures variables face à des menaces environnementales importantes. Rareté des ressources en eau, déficit structurel en eau de surface de l’ordre de 40 à 60% selon les années, surexploitation des ressources en eau souterraines et valorisation de l’eau insuffisante par les pratiques actuelles. Voici les grandes lignes à travailler pour s’ancrer toujours plus dans la stratégie du plan Maroc Vert et assurer une modernisation accélérée et un développement équitable et durable du secteur. 

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Source : Direction régionale de l'Agriulture
Le projet prévoit la reconversion d’une superficie de 4.000 ha de l’irrigation gravitaire à l’irrigation localisée. Sur ce secteur N’Fis et les 2 communes rurales concernées, Saâda et Souihla, le sol est en majorité dédié à l’olivier, puis aux céréales, aux rosacées, fourrage… Une agriculture moderne basée sur une gestion rationnelle et durable des ressources en eau qui se développe au bénéfice de 2.300 agriculteurs

C’est ainsi que le Roi Mohammed VI a inauguré à Saâda un système d’irrigation par goutte-à-goutte déployé sur 500 hectares, permettant le développement d’une agriculture moderne basée sur une gestion rationnelle et durable des ressources en eau. Sur ce secteur N’Fis et les 2 communes rurales concernées, Saâda et Souihla, le sol est en majorité dédié à l’olivier, puis aux céréales, aux rosacées, fourrage… Une pierre à l’édifice du projet global qui prévoit la reconversion totale d’une superficie de 4.000 ha de l’irrigation gravitaire à l’irrigation localisée, au bénéfice de 2.300 agriculteurs dont la majorité possède des exploitations inférieures à 5 ha. Pour le reste, 780 ha sont en cours d’équipement, et 2.720 ha en cours d’attribution aux sociétés. L’enveloppe de 287 millions de DH, partagée entre l’Etat, la Banque mondiale et le Fonds de développement agricole, va permettre la mise en place d’une station de filtration de l’eau d’irrigation d’un débit de 3 m3/s avec l’extension sur 136 km du réseau de distribution sous pression de diamètre de 90 mm à 400 mm, l’installation et l’équipement hydromécanique de 1.200 prises propriétés et l’équipement interne des parcelles en goutte-à-goutte. Mais également, la réalisation d’un bassin de décantation de l’eau d’irrigation d’un volume de 100 000 m3. Les bénéfices attendus pour ce projet étant l’augmentation de la valeur ajoutée de 16.000 à 40.000 DH/ha, l’augmentation de la valorisation de l’eau passant de 3 à 6 DH/m3 d’eau, et la création de 480 emplois permanents.
Plus ambitieux encore sur l’ensemble de la région, le Programme national d’économie de l’eau d’irrigation, qui consiste en la reconversion de l’irrigation gravitaire à l’irrigation localisée, table sur une superficie totale de 100.900 ha à l’horizon 2020. Pour y parvenir, l’enveloppe budgétaire s’élève à 6,6 milliards de DH au bénéfice de 90.000 agriculteurs. Il s’agit d’abord de la reconversion collective de 57.100 ha, entre modernisation du réseau d’irrigation par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime et l’équipement à la parcelle par les agriculteurs dans le cadre du Fonds de développement agricole. Si le calendrier table sur des délais serrés, les travaux de la première tranche sont terminés sur 8.000 ha, et le seront cette année sur 2.000 autres ha. Les 4 prochaines tranches vont concerner plus de 40.000 ha. De quoi occuper les années à venir. Il s’agit également de la reconversion individuelle de 43.800 ha avec équipement à la parcelle par les agriculteurs. Sur ce volet, le taux de réalisation par rapport à l’objectif est de 121%. En effet, la superficie équipée entre 2009 et 2016 atteint ici les 53.175 ha. 
Rappelons que l’agriculture occupe plus de la moitié de la population active dans une région qui compte près de 1,7 million d’hectares de superficie agricole utile (SAU), dont 21% de SAU irriguée.

Des barrages au top!

EN début d’année, les principaux barrages de la région Marrakech-Safi enregistraient un taux de remplissage de 86,5% avec 135,55 millions de m3. Si les niveaux du barrage Lalla Takerkoust et Abou El Abbas Essabti sont en hausse par rapport à janvier 2016, ceux du barrage Yaakoub Mansour et S. M’Hamed Ben Slimane Jazouli ont enregistré quelques points de baisse de leurs réserves d’eau. Toujours en fonction des caprices du temps, le régime hydrologique de l’ensemble des bassins au Maroc est caractérisé par une très grande variabilité interannuelle marquée par l’alternance des séquences humides et sèches, intercalées par des années de forte hydraulicité ou de sécheresse sévère. Une bonne raison pour s’organiser.

 

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