Société

Chirurgie esthétique: Quand les hommes succombent aux diktats de la beauté!

Par Fatima HAÏM | Edition N°:4931 Le 04/01/2017 | Partager
Une clientèle qui se masculinise
Et qui n’hésite pas à passer par la case chirurgie pour corriger ses complexes
La liposuccion reste l’intervention la plus courante
chirurgie_esthetique_031.jpg

Les actes de chirurgie esthétique connaissent un engouement croissant même auprès des hommes, plus soucieux qu’avant de leur apparence physique (Ph. L’Economiste)

RHINOPLASTIE, liposuccion, chirurgie des paupières… Toutes ces interventions, qui ont été pendant longtemps l’apanage des femmes intéressent aujourd’hui de plus en plus une clientèle masculine. Et oui! Ces messieurs, soucieux de leur look, ont aussi des petits complexes qu’ils tentent de corriger, en recourant à la chirurgie esthétique… Petit tour d’horizon des opérations les plus en vogue.

Il faut distinguer la médecine esthétique, qui englobe les actes destinés à obtenir un rajeunissement (sans passer par la case bistouri) de la chirurgie esthétique classique, qui vise une transformation physique nécessitant une anesthésie locale ou générale.
La profession étant soumise à une obligation de moyens (pour atteindre un résultat).

liposussion_031.jpg

La liposuccion reste l’intervention de chirurgie la plus demandée. Les «poignées d’amour» complexent aussi ces messieurs, qui n’hésitent pas à mettre le prix pour corriger leurs complexes  (Ph. Clinique Bensouda)

■ La liposuccion
La «lipo», selon le jargon d’usage dans le métier, reste l’intervention vedette chez les hommes, pour qui les bourrelets disgracieux ne sont plus une fatalité!
Ils sont localisés sur des endroits spécifiques, qui caractérisent généralement la silhouette masculine comme les hanches (les fameuses «poignées d’amour»), l’abdomen (la «bouée») et les pectoraux (seins). «On parle de gynécomastie graisseuse, c’est-à-dire un développement anormal des glandes mammaires avec un excès graisseux localisé. Lorsque ces glandes sont très développées, elles sont souvent les séquelles d’un amaigrissement», explique Fayçal El Kouhen, chirurgien esthétique à Casablanca. Une opération qui reste très demandée… Le docteur Taleb Bensouda, un des chirurgiens esthétiques les plus réputés au Maroc, reconnaît une  «masculinisation» de sa clientèle, à sa clinique éponyme à Casablanca.
La «lipo» reste l’acte le plus demandé par les hommes, lorsqu’ils souffrent d’un léger embonpoint que le sport ne parvient pas à corriger… Compter en moyenne entre 15.000 et 20.000 dirhams pour cette opération, chez un bon spécialiste.

■ La chirurgie du visage (rhinoplastie/blépharoplastie/lifting ex-aequo)
Pour le visage, plusieurs interventions sont ex-aequo.Tout d’abord, la rhinoplastie qui reste de loin l’un des actes chirurgicaux les plus pratiqués dans les cliniques spécialisées. «Ce n’est pas uniquement un problème esthétique chez l’homme, cela peut être aussi un problème fonctionnel quand le nez a été cassé ou dévié suite à un traumatisme, comme dans la pratique d’un sport par exemple», note le docteur Bensouda. La chirurgie des paupières, aussi appelée blépharoplastie (supérieures ou inférieures), fait aussi partie des opérations les plus courantes, à partir de 50 ans.
Elle consiste à éliminer l’excès de peau (regard de «cocker» avec paupières tombantes) et les poches sous les yeux, qui donnent une mine fatiguée (incision pour retirer l’excédent cutané).
A noter aussi, le lifting cervico-facial, très courant «chez des hommes qui ont tout simplement envie de se rafraîchir le visage ou alors, dans beaucoup de cas, je remarque que ce sont des hommes de plus de 60 ans qui demandent un lifting quand ils se remarient… avec une femme plus jeune. Ils veulent se mettre au niveau en quelque sorte!», note avec humour le chirurgien.  
■ La chirurgie du pénis
La pénoplastie est aussi très demandée, même s’il n’existe bien évidemment aucune donnée chiffrée sur le nombre d’opérations réalisées. «Lorsqu’un homme est complexé par la taille de son pénis, quand il est petit que ce soit en longueur ou en diamètre, il sollicite un chirurgien plasticien qui a une expertise dans ce domaine… Aujourd’hui, on arrive à améliorer de manière significative la taille d’un pénis… Il faut dire que cet aspect pèse beaucoup sur la psychologie chez l’homme… Ils sont généralement mal informés et n’osent pas demander», relève le Dr Bensouda, qui admet avoir pratiqué jusqu’ici une centaine d’interventions de ce type, toutes tranches d’âge confondues. Là aussi, la fourchette de prix varie  entre 15.000 et 20.000 dirhams en moyenne.

                                                                 

Des actes pratiqués sans aucune réglementation!

COUPER une partie de l’estomac pour perdre du poids? Cette intervention chirurgicale, appelée gastrectomie longitudinale (ou sleeve), s’adresse aux obèses morbides, lorsque l’Indice de Masse Corporelle (IMC) est supérieur ou équivalent à 40 (en clair, cela signifie que les personnes ont en moyenne entre 50 et 100 kilos en plus).
L’acte consiste à pratiquer une incision verticale pour enlever une grande partie de l’estomac (de manière irréversible) pour limiter l’absorption des aliments.
Les personnes qui subissent une sleeve vont être alors contraintes de réduire leurs repas (portions réduites à minima). Ce qui va entraîner par conséquent une importante perte de poids… Le hic, c’est que certains chirurgiens (sans scrupules) n’hésitent pas à proposer une sleeve à des personnes qui n’ont que quelques kilos superflus à perdre au lieu de les orienter vers un simple régime pour maigrir… Résultat: ces femmes ne vont pas seulement éliminer quelques kilos mais vont perdre jusqu’à 20 kilos! «Couper une partie de l’estomac pour maigrir… C’est malhonnête. Il y a des règles à respecter avant de procéder à une chirurgie de l’estomac. Aujourd’hui, la chirurgie bariatrique est proposée à des patientes qui n’ont que  4 ou 5 kilos au-dessus de la normale alors que l’on pratique cette chirurgie chez des obèses qui ont plusieurs dizaines de kilos de plus par rapport à la normale, juste pour passer à la consommation!», relève le docteur Taleb Bensouda.
Même constat pour les implants mammaires! Certaines femmes, qui viennent de subir une masectomie (ablation partielle ou totale du sein) suite à un cancer, se voient proposer la pose d’implants par leur cancérologue ou leur gynécologue alors qu’ils n’ont aucune «expertise» dans ce domaine précis, bien qu’ils soient médecins…
Pareil pour la rhinoplastie…  Certains ORL vont jusqu’à proposer à leurs clients  de remodeler la morphologie de leur nez!

                                                                 

La ruée vers le Botox!

LES injections de Botox  sont devenues presque banales, même chez les hommes… «En médecine esthétique, ils y ont recours pour corriger les signes du temps… Le paraître étant très important dans la société actuelle... Ils veulent avoir bonne mine, c’est certain, mais pour beaucoup, il s’agit de booster leur carrière professionnelle, car souvent ils ne veulent pas paraître plus âgés que leurs collègues plus jeunes, fraîchement embauchés… Ils ont envie d’être bien dans leur peau tout simplement», explique Fayçal El Kouhen, chirurgien plasticien à Casablanca. Désormais, tout type de  profil a recours aux injections: des hommes d’affaires, des cadres, des commerciaux, des professionnels des médias, des professeurs, etc.
Le culte de l’image est-il devenu une nouvelle obsession masculine chez l’homme marocain? Après tout, l’homme arabe a depuis toujours accordé un soin particulier à soigner son apparence: barbe finement taillée, henné, khôl, etc.
Mais aujourd’hui, la différence c’est qu’ils peuvent avoir recours à d’autres méthodes, plus «radicales», comme  la greffe de cheveux, les injections d’acide hyaluronique, le laser épilatoire (pour dessiner une barbe lorsque les poils sont drus ou éliminer les poils dans le dos, etc.)
La chirurgie esthétique n’étant pas soumise à une régulation tarifaire, les praticiens n’aiment pas parler de leurs honoraires! Ceux-ci préfèrent donner une «fourchette» approximative…

A titre informatif, le coût d’une injection de Botox varie selon chaque spécialiste. Le prix oscille entre 3.000 et 5.000 DH en moyenne. Pour une greffe de cheveux par exemple, tout dépend du nombre de greffons. Le coût varie entre 20.000 et 50.000 DH.

Le tourisme médical a toujours le vent en poupe!

Le Brésil, pays où le culte du corps est roi, reste la destination phare pour la chirurgie esthétique: augmentation mammaire, liposuccion, etc.

Depuis quelques années, le Maghreb (Tunisie et Maroc) remonte dans le classement des pays les plus visités pour se «refaire une beauté». On vient d’Europe, c’est connu, mais le Maroc attire une clientèle de plus en plus africaine, pour tous types d’actes médicaux.

La Hongrie/Roumanie sont ex-aequo pour les demandes en chirurgie dentaire

La Pologne s’est spécialisée dans la «myopie»

La Thaïlande attire des patients du monde entier pour les interventions cardiaques.

 

L'Economiste vous conseille

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc