Culture

Artistes exclus de l’espace public: Une pétition adressée au chef du gouvernement

Par Amine Boushaba | Edition N°:4926 Le 28/12/2016 | Partager
Portée par l’association Racines, elle doit être signée par 5.000 personnes
Le but est de réinvestir un espace «liberticide et constamment sous surveillance»
Une première exploitation de la loi organique relative aux pétitions
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La pièce de théâtre initiée par L’association Racines en partenariat avec la troupe du Théâtre de l’Opprimé Casablanca et jouée dans l’espace public, a été interdite dans 4 villes du pays (Ph. Crédit Racines)

Des minis-concerts improvisés sur La Rambla à Barcelone, des performances de danse sur le parvis de Beaubourg à Paris ou du théâtre de rue à Piccadilly Circus à Londres, font partie intégrante du paysage culturel et touristique européen. Des performances bien souvent interdites à nos artistes pour des raisons «sécuritaires». En effet, au Maroc, un artiste risque fort de se faire embarquer au poste de police le plus proche s’il lui prend l’envie ou le besoin de s’exprimer sur la voie publique sans autorisation administrative. Or, chez nous, toute manifestation publique, même artistique, est assimilée aux manifestations sociales et politiques qui font  redouter aux autorités des débordements. Et c’est justement ce distinguo que veut établir l’association Racines pour la culture qui a lancé mi-novembre une pétition nationale pour  «le libre accès à l’espace public par les citoyens». Un espace défini par l’ONG comme «violent, discriminatoire pour les femmes et constamment sous surveillance».
La pétition, baptisée Fadae  «Free Access and Diversity for All and Everyone», demande «la mise en place de politiques de sécurité publique et de plans d’aménagement urbains qui permettent la libre exploitation de l’espace public, pour toutes et tous, sans exclusion». La pétition qui sera soumise au chef de gouvernement si le nombre de signatures escomptées est atteint, c'est-à-dire 5.000 signatures. En effet, l’association s’appuie sur la loi organique n°44.14 relative aux pétitions ainsi que la loi organique n° 64.14 concernant la présentation de motions en matière de législation promulguées au Bulletin officiel en août dernier. Cette loi est la concrétisation de l’esprit de la Constitution de 2011, qui stipule que les Marocains ont le droit de présenter des pétitions aux pouvoirs publics ainsi que des motions en matière législative. «Cette pétition sera donc la toute première traduction du principe de la démocratie participative»,  précise Aadel Saadani, coordinateur général de l’association.

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Des mini-concerts improvisés sur La Rambla à Barcelone, des performances de danse sur le parvis de Beaubourg à Paris ou du théâtre de rue à Piccadilly Circus à Londres, font partie intégrante du paysage culturel et touristique européen. Au Maroc, des performances bien souvent interdites à nos artistes pour des raisons «sécuritaires» (Ph. AFP)

«Nous voulons réinvestir l’espace public, aujourd’hui liberticide et constamment sous surveillance à cause d’un passif historique que nous connaissons tous. Aujourd’hui, il est temps de nous réapproprier l’espace public, en faire un lieu de fête, c’est pour cela que nous demandons aux autorités de faire la différence entre les prestation artistiques et les autres manifestations politiques ou syndicales», souligne Aadel Saadani. Selon Racines,  il s’agit tout simplement de permettre aux artistes marocains de se produire librement dans la rue, comme dans beaucoup d’autres pays et à quelques exceptions chez nous, comme c’est le cas à la place Jamaâ El Fna par exemple. D’un côté cela permettrait à des artistes (circassiens, comédiens du théâtre de rue, conteurs, danseurs ou performeurs…) de vivre de leur art et en même temps de créer des animations culturelles qui soutiendraient le tourisme et aussi d’envoyer une image d’ouverture  et de liberté d’expression à l’international.
L’idée de cette pétition est d’ailleurs issue d’une mauvaise expérience vécue par l’association qui, avec la troupe du Théâtre de l’Opprimé Casablanca et du collectif d’artistes subsahariens The Minority Globe, avait initié une pièce de théâtre-forum, intitulée B7al B7al (on est tous pareils), visant à sensibiliser l’opinion à la cause des migrants subsahariens. Elle a été jouée dans plusieurs régions du Maroc dans l’espace public, mais la représentation a été interdite par les autorités de 4 villes: Agadir,  Nador, Rabat et Tanger, et ce malgré le dépôt d’une demande d’autorisation. «Des agents d’autorité sont arrivés un quart d’heure avant le début du spectacle pour nous dire qu’ils avaient reçu des ordres d’en haut afin de tout arrêter», signale Aadel Essadani.
Aujourd'hui, «où mettre le curseur entre  la sécurité et la stabilité souvent avancées par les autorités pour interdire les manifestations et la liberté d’expression?» s'interroge le coordinateur de l’association. «Et pour cela, il y a la loi», précise-t-il. Mais tout n’est pas joué, loin de là. Car pour que la pétition soit recevable, la loi exige que les signataires déposent une copie de leur carte d’identité. Racines est secondée dans cette tâche par quelque 11 associations régionales et par plusieurs relais, artistes et travailleurs culturels. Pour l’instant, un peu moins d’un millier de signatures ont été récoltées. L’ONG veut également encourager d’autres structures à user de ce nouveau privilège. Pour ce faire, elle a édité un manuel pour le plaidoyer destiné justement à voir plus clair à travers les instruments légaux les plus importants donnant droit aux citoyens de présenter des pétitions, que ce soit au niveau local (conseils territoriaux), ou national (gouvernement et Parlement), mais aussi à exposer les conditions et les procédures de présentation des motions de lois au Parlement.

 

 

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