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Economie

Change flexible: La feuille de route de BAM prête

Par Franck FAGNON | Edition N°:4922 Le 22/12/2016 | Partager
Le déploiement est prévu au deuxième semestre 2017
Avant, Bank Al-Maghrib va mener une campagne de sensibilisation tous azimuts
Banque participative: Coup de gueule de Jouahri!
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La croissance non agricole reste encore en dessous de son niveau d'avant crise. Mais le regain ne viendra pas forcément d'une politique budgétaire expansionniste. L'endettement limite les marges de manœuvre. En revanche, une meilleure utilisation des dépenses sera un soutien à la croissance, estime Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib (Ph. L'Economiste)

Bank Al-Maghrib a laissé inchangé le taux directeur à 2,25% à l'issue du dernier conseil de la politique monétaire de l'année. Plus que le taux directeur, l'attente était focalisée sur les décisions sur la transition vers le régime de change flexible et sur les premiers agréments de banque participative. Sur les deux sujets,
Abdellatif Jouahri s'est montré loquace, sans toutefois aller dans le détail sur le système de change. La feuille de route est prête, assure le gouverneur de la Banque centrale. Maintenant, il faudra sensibiliser tout le monde aux enjeux de la migration. Ce qui explique le décalage de la mise en œuvre du processus au deuxième semestre 2017. Quant aux agréments, ils pourraient être accordés avant la fin de l'année. Une fois encore, Abdellatif Jouahri s'est agacé des attaques à l'encontre de la Banque centrale sur le sujet. Il est reproché aux autorités monétaires de retarder volontairement le déploiement de cette activité. Ce que rejette le wali, très irrité.

■ Régime de change: BAM en campagne de communication
«Nous ne pouvons pas nous engager dans un processus aussi important sans avoir pris toutes les précautions nécessaires», s'est exprimé Abdellatif Jouahri sur le calendrier de transition vers le régime de change flexible. La feuille de route est prête et sa mise en œuvre est prévue à partir du deuxième semestre 2017. Malgré la pression du FMI qui estime que le Maroc est prêt à migrer dès début 2017, les autorités monétaires considèrent que la sensibilisation de tous les acteurs (administration publique, banques, entreprises...) est primordiale. «Ils doivent savoir à quoi s'en tenir», justifie Jouahri. Plusieurs réunions sont prévues avec les différentes parties concernées. La Banque centrale envisage même une tournée régionale pour communiquer sur les enjeux de la transition vers le régime de change flottant.
Les évolutions à l'international, notamment la remontée des taux américains, le dollar fort ou encore les élections dans un certain nombre de pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas...) et leurs conséquences sur l'euro, ne devraient pas influencer les décisions de la Banque centrale sur la conduite de la migration. «Il n'y a aucune pression». Le panier du dirham composé de 60% euro et 40% dollar resterait inchangé durant toute la première phase de la transition, indiquent les autorités monétaires. De même, elles écartent toute dévaluation du dirham dans les conditions actuelles. «Le dirham n'est pas désaligné», assure le banquier central. Cela dit, la situation pourrait changer d'ici le deuxième semestre 2017.
Pour les ménages, le passage du système de change fixe au flottant aura des répercussions. Mais à court terme, l'impact serait limité. L'inflation sera de 1% en 2017 avant d'accélérer à 1,5% en 2018. L'inflation sous-jacente qui exclut les produits à prix volatils s'établirait à 1,5% en 2017 avant d'atteindre 1,7% l'année suivante.

■ Finance participative: Onze demandes, combien d'agréments?
Bank Al-Maghrib pourrait octroyer les premiers agréments pour l'activité de banque participative avant la fin de l'année, à condition que les établissements à qui ont été demandés des compléments d'informations soient réactifs. C'est ce qu'a indiqué la Banque centrale à l'issue du Conseil monétaire de décembre. En juillet dernier, «nous faisons tout pour accorder les agréments avant la fin de l'année», avait assuré Abderrahim Bouazza, directeur général de Bank Al-Maghrib. Onze demandes d'agrément ont été adressées à Bank Al-Maghrib. Les binômes sont au nombre de trois. Il s'agit de BCP et Guidance Financial Group, BMCE Bank et Al Baraka, Crédit Agricole du Maroc et ICD, une filiale de la Banque islamique de développement. CIH Bank a conclu un partenariat avec QIIB et la Caisse de dépôt et de gestion. Attijariwafa bank, Emirates National Bank of Dubaï et Masar Al Rayan ont également sollicité le visa pour la création d'une filiale. Crédit du Maroc, BMCI et Société Générale, elles, ont opté pour l'ouverture d'une fenêtre participative. RCI, la captive du constructeur Renault, postule également pour l'obtention d'un agrément.
Les premières offres pourraient être déployées dans la foulée, au cours du premier trimestre 2016. Aujourd'hui, il est encore tôt pour se prononcer sur la profondeur de ce marché. En vitesse de croisière, elle pourrait représenter jusqu'à 15% des actifs du secteur.

■ Le PIB non agricole loin de son rythme d'avant crise

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Pour les ménages, le passage du système de change fixe au flottant aura des répercussions. Mais à court terme, l'impact serait limité

L'évolution du PIB est encore fortement rythmée par le comportement de la composante agricole. La mauvaise campagne agricole va significativement amputer la croissance économique qui se limitera à 1,2% selon les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib. C'est 0,2 point de moins que le score anticipé en septembre dernier. En revanche, l'économie progresserait de 4,2% en 2017, sous l'effet d'un retour à la normale de la production céréalière ce qui va entraîner un rebond de 10,5% de la valeur ajoutée agricole.
Au-delà de la volatilité de cet indicateur, les activités non agricoles ne décollent pas assez. La croissance sera de 2,6% en 2016 avant de s'établir à 3,4% en 2017 et 3,7% en 2018 selon BAM. Cette cadence est encore éloignée des niveaux d'avant la crise de 2008 (entre 4,5 et 5%), regrette Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.
Les sirènes de l'OCDE qui encourage les Etats à relever les dépenses budgétaires pour soutenir la croissance ne devraient pas faire écho au Maroc. Le FMI tient le même discours, mais pour les pays qui ont de la marge. «Même là où l'espace budgétaire est limité, il est possible de modifier la composition des dépenses et des recettes de manière à soutenir la croissance à court terme et les capacités de production futures», estiment les économistes du Fonds. Bank Al-Maghrib est sur la même analyse. Laisser filer le déficit budgétaire irait à l'encontre des engagements pris par le Maroc. Surtout que les marges de manœuvre en matière d'endettement sont plus que limitées pour soutenir une politique budgétaire expansionniste. La dette du Trésor atteint 65% du PIB. En ajoutant la dette garantie, l'on culmine à 82% du PIB. Pour relancer la croissance, il faudra entre autres optimiser les dépenses actuelles. «Quand on regarde le budget de l'Education nationale et les résultats, c'est une perte pure», constate Jouahri. L'Education nationale et la formation professionnelle concentrent les plus gros budgets sectoriels. Une enveloppe de 44,6 milliards de DH a été budgétisée pour 2017. En face, le taux de chômage reste à un niveau élevé de 9,6%. Plus alarmant, il touche 41% des jeunes de 15 à 24 ans. Sans oublier les fameux «NEET» c'est-à-dire les jeunes qui ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation. En dehors de l'éducation, il faudra aussi réformer le marché du travail pour le rendre plus efficace. Au troisième trimestre, 73.000 pertes nettes d'emplois ont été enregistrées. Excepté le BTP, tous les autres secteurs ont détruit des emplois. Le taux d'activité a baissé de 1,2 point à 46,7%», s'est alarmé le wali de Bank Al-Maghrib.

■ Crédits: Les taux baissent, mais la demande ne suit pas
Bank Al-Maghrib a manipulé à trois reprises le taux directeur depuis septembre 2014 pour le ramener de 3% à 2,25%. Le taux débiteur moyen des banques a, lui, baissé de 95 points de base en deux ans. La diminution dépasse même 1 point pour les crédits à l'équipement. Cependant, la demande émanant des entreprises reste timide. La croissance des prêts à l'équipement est tirée par quelques grands projets. Pour le reste, les chefs d'entreprise sont dans l'attentisme. A côté de la baisse de la demande, le resserrement des conditions aux guichets pour les secteurs comme la promotion immobilière, les matériaux de construction, l'aciérie, le textile ou encore le tourisme pèsent sur la croissance globale du crédit. Elle se situera à 3,5% en 2016 pour atteindre 4% en 2017 et 4,5% l'année d'après. Pour les banques, la réduction de la demande solvable met les revenus sous pression. Dans le même temps, la hausse des impayés des entreprises rogne les bénéfices compte tenu de l'effort de provisionnement. Le taux de créance en souffrance s'est établi à 7,8% à fin septembre en hausse de 0,5 point sur un an. Les créances en souffrance sont couvertes à hauteur de 68% par des provisions. La sinistralité ces deux dernières années est surtout alimentée par de grands groupes tels que la Samir. Les difficultés des promoteurs immobiliers ont également pesé. Aujourd'hui, le risque Samir est totalement provisionné, assurent les autorités monétaires. Sur l'immobilier, les actifs reçus en paiement des crédits qui se chiffrent autour de 10 milliards de DH, sont jugés peu significatifs. Toutefois, ils ne peuvent pas être logés plus de trois ans au bilan. Un moyen de pousser, mais aussi un avertissement aux banques priées de liquider rapidement ces actifs.

 

 

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