Le Maroc du Nord
Une nouvelle ambition pour l’avenir(*)

Par Driss GUERRAOUI | Edition N°:4862 Le 23/09/2016 | Partager

Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi, avant d’être nommé Secrétaire général du CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Il a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires (Ph. L’Economiste)

La nouvelle ambition de la région de Tanger, Tétouan, Al Hoceima fait partie du projet de modernisation généralisée que le Maroc a inscrit pour l’ensemble de son territoire dans le cadre de la grande réforme de l’Etat. La régionalisation avancée en représente ainsi le cadre institutionnel le plus approprié pour structurer le développement futur des 12 nouvelles régions marocaines.

I- Les raisons d’une ambition d’avenir
Il y a, en effet, de nombreuses raisons objectives qui permettent et autorisent de croire en une ambition nouvelle pour la région nord du Maroc.
La première raison est éminemment d’ordre politique et stratégique. Elle réside dans la volonté affirmée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI de faire du projet de Tanger Métropole, lancé en 2013, un modèle de développement urbain exemplaire non seulement pour le Maroc, mais aussi pour l’Afrique et l’ensemble Méditerranée.
Cette volonté politique vise à faire du nord du Maroc, des provinces du Sud et de la région de l’Oriental les poumons futurs de l’économie nationale, les espaces à venir de son ancrage régional et de son rayonnement international.
Il s’agit à partir de cette restructuration de faire du nord du Maroc un hub macro-régional vers l’Europe, des provinces du Sud une plateforme de codéveloppement en direction de l’Afrique au sud du Sahara et de l’Oriental un espace futur d’échanges multiformes en direction du Maghreb et du Monde arabe.
Cette ambition rentre dans le cadre d’une vision géostratégique axée sur trois piliers:
- Consolider l’intégrité territoriale de notre pays et parachever la libération de Sebta, Melilia et les îles Zaffarines par le développement et la démocratie.
- Faire du Maroc une puissance régionale appelée à jouer un rôle majeur à l’échelle internationale à partir d’un rôle de plus en plus affirmé dans une grande zone Europe-Afrique-Monde arabe qu’il contribue d’ores et déjà à

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Aujourd’hui, le Maroc du Nord a de nombreux défis à relever. Grand challenge pour une zone d’avenir qui doit gagner la bataille de la régionalisation avancée
(Ph. L’Economiste)

construire de façon certes graduelle mais certaine et sereine.
- Participer à la prospérité partagée sud-sud par la consolidation de la paix, de la stabilité et de la sécurité régionales.
Pour la région du Nord, cette ambition puise sa légitimité dans une histoire millénaire qui a toujours consacré l’envergure internationale de cette zone, et notamment de la ville de Tanger.
Cette ambition se trouve consolidée par une position géostratégique exceptionnelle avec deux façades maritimes, méditerranéenne et atlantique, qui, en paraphrasant feu Sa Majesté le Roi Hassan II, érigent le Maroc en un véritable arbre qui a ses racines en Afrique et dans le Monde arabe et ses branches en Europe. Cette position géographique exceptionnelle est portée par un potentiel économique important, mais insuffisamment développé et très peu valorisé dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l’agriculture, des produits de la mer, de l’industrie, du tourisme, ou des services stratégiques comme les banques et les assurances.
Face à ces raisons d’espérer, qui contribueront certainement à consolider les avantages comparatifs, compétitifs et stratégiques futurs de la région, le Maroc du Nord a de nombreux défis à relever.

II- Les défis majeurs
Le Maroc du Nord fait face à des défis importants dans tous les domaines du développement économique, social, culturel, environnemental et dans celui de la gouvernance.
Au cœur de ses défis il y a l’existence de nombreuses disparités interrégionales faisant que beaucoup de zones, notamment en milieu rural, demeurent à nos jours très enclavées. De surcroît ces zones évoluent dans un environnement naturel où les écosystèmes sont en dégradation avancée, où prédominent des surfaces agricoles utiles dans des régions montagneuses densément peuplées, et où les activités illicites et la culture du cannabis demeurent les seules alternatives pour les populations locales concernées.
Par ailleurs, cette réalité s’opère dans le cadre d’un système productif régional très peu diversifié avec une forte polarisation industrielle autour principalement de Tanger. L’économie de la région se caractérise par une sous-valorisation d’un potentiel touristique et halieutique régional important, le tout sur un fond d’une urbanisation anarchique.
Enfin, la région fait face à un système d’éducation, de formation professionnelle, de recherche, d’innovation et de promotion des arts, de la culture et de la créativité sans commune mesure avec les potentialités que recèlent les différents secteurs d’activités et acteurs, et au vu des besoins qui en découlent en termes de formation des compétences et de production d’innovations majeures. L’ensemble de ses défis nécessite de la région de réunir les conditions pour réaliser la nouvelle ambition du Maroc du Nord.

Conditions de réussite

1- Produire une masse critique d’élite politique, administrative, scientifique et associative d’un niveau d’excellence, d’engagement et d’intégrité à la mesure de l’ambition visant à faire du Maroc du Nord une zone de croissance économique, de développement durable et de rayonnement international du pays.
2- Former des compétences pour accompagner les grands chantiers et projets structurants qu’appelle cette ambition nouvelle.
3- Promouvoir des formes appropriées de solidarité sociale avec les couches les plus démunies de la région, en améliorant le quotidien des populations pauvres pour en faire des citoyens qui adhèrent, s’approprient et contribuent à la mise en œuvre de cette ambition. Ce qui suppose la fourniture de services publics locaux de qualité et le développement de filets sociaux locaux appropriés.
4- Gouverner mieux les villes de Tanger, Tétouan, Al Hoceima et en général le développement urbain et rural de toute la région. Ce qui appelle à gérer de façon responsable les ressources humaines, naturelles et financières disponibles et à créer les conditions permettant de produire de nouvelles richesses pour financer cette nouvelle ambition.

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(*) Cette chronique s’appuie sur une conférence donnée par l’auteur à l’occasion de la Foire internationale des arts et du livre de Tanger le 7 mai 2016.

 

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