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    Politique Internationale

    Un annuaire de l'émigration : Hinde Tâarji: "Le mythe du retour s'écroule"

    Par L'Economiste | Edition N°:155 Le 24/11/1994 | Partager

    Hinde Tâarji, auteur du best-seller "Les voilées de l'Islam", ex-rédactrice en chef de la revue Kalima, a codirigé, avec M. Kacem Basfao, enseignant chercheur, l'"Annuaire de l'émigration" qui vient de paraître. Véritable petite bible de l'émigration marocaine, ce travail collectif réunit les plumes d'une centaine de spécialistes de la question.

    - L'Economiste: Quel regard global peut-on porter sur l'émigration marocaine, sur son évolution?
    - H. Tâarji: Au vu de ce vaste tour d'horizon, il apparaît que la question la plus préoccupante qui se pose aujourd'hui est celle du devenir des générations montantes, de leur insertion dans la société d'accueil et de leur capacité à vivre leur biculturalité comme une richesse et non comme un handicap. Le problème est d'autant plus préoccupant que les politiques d'accueil ont mis beaucoup de temps à s'élaborer. Parmi les pays couverts par l'Annuaire, certains (l'Italie et l'Espagne), après avoir été, des décennies durant, pays d'émigration, découvrent tout juste la question de l'immigration. Dans ces sociétés-là, les questions d'insertion se situent encore au niveau de la première génération (conditions de séjour, regroupement familial, etc...).

    Au Canada, la question de l'immigration marocaine se pose en termes différents pour deux raisons. Ce pays, tout d'abord, se définit lui-même comme un pays d'immigration et sa politique d'accueil est conçue dans cette perspective. En second lieu, les migrants marocains jouissent en général d'un niveau d'instruction élevé. Cette immigration s'inscrit dans le cadre de ce que l'on appelle communément la fuite des cerveaux.

    - Chaque peuple posséderait une faculté d'adaptation à la situation d'émigration, faculté qui lui est propre. Quel type d'émigré est le Marocain? Quelle est sa vocation à l'étranger?
    - Vers les pays européens, l'émigration a été essentiellement économique. Les Marocains ont subi une transplantation douloureuse dans la mesure où ils sont venus sans armes ni bagages, c'est-à-dire avec un niveau d'instruction très bas, une culture, une langue, des traditions diamétralement différentes de celles de la société qui les accueillait.

    Tous ces facteurs ne facilitaient pas leur insertion.

    Malgré l'importance du décrochage scolaire et la fréquente orientation des enfants de migrants vers les formations professionnelles, en France et en Belgique, leur présence à l'université n'est pas exceptionnelle à la différence des Pays-Bas (problème de la langue), où leur nombre reste ridiculement bas.

    Mais en général, dans tous les pays d'Europe, et la crise économique aidant, l'exclusion continue de se faire sentir.

    On notera toutefois qu'en France (comme au Canada) il faut différencier une émigration estudiantine, c'est-à-dire une population émigrée pour des études supérieures et progressivement installée. Cette nouvelle catégorie socioprofessionnelle accède à des postes de responsabilités et suit une évolution harmonieuse.

    - Qu'en est-il de l'idée de retour et de la question de l'identité?
    - Le mythe du retour s'écroule. Depuis quelques années on assiste à une augmentation conséquente du nombre des naturalisations. Quant au problème de l'intégration sans acculturation, il est encore lié au facteur socio-économique. Au niveau de la 2ème génération, l'identité marocaine continue d'être revendiquée.

    Mais la biculturalité joue dans le sens positif en cas de statut économique valorisé, et dans un sens inverse dans le cas contraire, faisant resurgir le problème de l'identité.

    - L'émigration devrait contribuer à une meilleure compréhension entre les peuples, elle augmenterait au contraire la xénophobie?
    - Cela nous ramène encore au même problème: l'économique. Les expatriés se sont retrouvés déracinés de leur environnement socio-économique naturel et transplantés dans un autre, complètement différent. Une communauté, avec ses valeurs et ses traditions, est greffée sur un tissu social complètement étranger. A l'image de ce qui se produit pour le corps humain, les premières réactions sont des réactions de rejet. L'acceptation prend du temps, elle nécessite l'échange, le dialogue, la compréhension, la connaissance de l'autre.

    Dans une conjoncture de crise économique, on ne peut s'étonner de ce que la greffe prenne encore plus mal, que les phénomènes de xénophobie et de racisme se développent. Ceci demeure malheureusement une réalité assez incontournable.

    Une base de recherches

    L'annuaire de l'émigration est un ouvrage dont le principal objectif est de servir d'outil de travail pour toute personne s'intéressant à la problématique de l'émigration marocaine. Il a été conçu de manière à permettre aux chercheurs et aux universitaires, comme aux institutions et aux journalistes d'aller droit à l'information qui les intéresse. Il ambitionne de dynamiser la recherche en matière d'émigration marocaine. Ce travail collectif a été accompli grâce à l'apport d'une centaine de spécialistes, marocains et étrangers, chacun d'entre eux abordant la problématique migratoire sous un angle d'approche donné (social, politique, économique, juridique). L'intérêt de cette démarche est de croiser les regards sur cette réalité et de rendre compte au mieux de sa complexité. Les études existantes, ont été menées dans leur grande majorité à partir des pays d'accueil. Elles sont donc tournées vers les thèmes jugés prioritaires par ces derniers. Le rôle de l'Annuaire sera d'inciter les chercheurs marocains à explorer des axes jusqu'à présent insuffisamment exploités. L'Annuaire couvre 6 pays dans cette première édition: la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas et le Canada. Nous avons effectué des missions dans chacun d'entre eux afin d'en évaluer l'état de la recherche sur notre communauté et mettre sur pied une équipe de collaborateurs. Un même sommaire a été arrêté pour tous les pays.

    Propos recueillis par Bouchra LAHBABI

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