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    Politique Internationale

    Nucléaire : Deux bombes et cinquante ans de menace

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    Le 50ème anniversaire de l'explosion des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki coïncident cette année avec les débats soulevés par l'annonce de la France de reprendre ses essais nucléaires.


    Les raisons qui ont poussé le président Truman à utiliser la bombe atomique pour mettre fin à la Deuxième Guerre Mondiale soulèvent encore aujourd'hui des critiques. Selon la version officielle, c'était pour épargner la vie de dizaines de milliers de GI's, prix d'un éventuel débarquement sur l'archipel nippon. Depuis, plusieurs historiens américains ont remis en cause cette thèse pour évoquer, entre autres, la volonté de la Maison Blanche de faire pièce de la menace soviétique, ou le souci de justifier les sommes colossales engagées dans le projet Manhattan (2 milliards de Dollars pour mettre au point la première bombe atomique américaine).
    La bombe surnommée "Little Boy", d'une puissance de 12 kilotonnes, s'abat, le 6 août 1995, sur Hiroshima, la septième ville du Japon qui comptait alors 350.000 habitants. Plus de 70.000 personnes sont tuées instantanément. A la fin de 1945, le bilan atteint 140.000 morts, sans compter les irradiés qui resteront oubliés jusqu'en 1947.

    L'histoire du nucléaire est caractérisée par 50 ans de tension. A deux reprises, l'humanité a été proche d'un désastre nucléaire: en 1962 lors de la crise des missiles de Cuba, et en 1973 lors de la guerre de Kippour au Moyen-Orient.
    Mais plus qu'une arme, le nucléaire est également devenu un facteur de stabilisation, puisqu'il constitue un moyen dissuasif.
    Une institution est mise en place, en 1957, pour contrôler la prolifération des armes nucléaires: l'AIEA (Agence Internationale à l'Energie Atomique). Cette agence, basée à Vienne, souligne également les points fondamentaux de la sécurité universelle et encourage la prise de participation mondiale par la technologie civile. Mais l'AIEA a eu peu de succès. Elle n'a ni contrôle sur les pays non signataires du TNP (Traité de Non-Prolifération Nucléaire), ni pouvoir de sanctions, sauf lorsqu'elle a l'autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies. De plus, son budget de 200 millions de Dollars limite l'AIEA en grande partie.

    Marge de manoeuvre limitée

    Le TNP, quant à lui, créé en 1970, a été modifié en grande partie le 11 mai de l'année en cours. De par son existence et les obligations qu'il entraîne, le TNP représente une barrière juridique de non-prolifération nucléaire que les 178 pays avaient approuvée. Le TNP poursuit trois objectifs: éviter la guerre nucléaire, encourager l'utilisation civile de l'énergie nucléaire et poursuivre le désarmement nucléaire.
    Le TNP distingue deux catégories de pays: ceux qui possèdent l'arme nucléaire et ceux qui ne l'ont pas. Par le TNP, les pays non-nucléaires promettent de ne pas fabriquer d'armes nucléaires et admettent l'inspection régulière de l'AIEA pour vérifier que cette promesse est bien tenue. En échange, ces signataires, bénéficient d'aide internationale pour développer l'industrie nucléaire civile. Mais certains signataires, comme la Corée du Nord, l'Irak et autres non signataires tels que Israël, l'Inde et le Pakistan, poursuivent leurs programmes d'armes nucléaires, attestant que le TNP n'est pas une solution adéquate au désarmement nucléaire.
    Par ailleurs, M. Jacques Attali, qui a été un proche de François Mitterrand, déclare que "la France, qui n'a adhéré au Traité de non-prolifération que très tardivement, en 1991, est en train de donner le mauvais exemple sur tout".
    En effet, la France a inventé la technologie de MOX qui consiste à utiliser le plutonium sous le nom de MOX dans les centrales classiques, ce qui est écologiquement désastreux et pousse les autres Etats à en faire autant. De plus, la France vend sa technologie de retraitement.
    Selon M. Attali, les 10 à 15 milliards nécessaires aux essais pourraient être utilisés pour l'achat de la technologie américaine de la simulation."Simplement, le coût diplomatique est lourd. Sauf si la France prenait simultanément plusieurs initiatives: ne plus utiliser ni vendre le MOX et accepter une gestion internationale des réserves de plutonium", ajoute-t-il.

    Laïla TRIKI.
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    La stratégie nucléaire des pays

    Mis à part les Etats-Unis, qui détiennent tout un arsenal nucléaire et qui sont les seuls à avoir utilisé la bombe à ce jour, et l'Angleterre, son allié le plus sûr au sein de l'OTAN, d'autres pays développent à leur manière cet armement.


    La Corée du Nord

    La Corée du Nord continue de faire des essais, de produire et d'exporter des produits nucléaires tout en défiant le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) qu'elle a ratifié.
    Toutefois, suite à des négociations bilatérales, la Corée du Nord a signé un accord avec les USA, le 12 juin 1995, pour la modernisation de son infrastructure nucléaire et la réduction du "plutonium" militaire. En échange, la Corée du Nord a reçu deux réacteurs hydrauliques destinés à la production de l'énergie nucléaire civile.

    L'Inde et le Pakistan

    Depuis la fin de leur troisième guerre en 1971, l'Inde et le Pakistan ont poursuivi un programme nucléaire avec des proportions inégales dans la région. Certains experts considèrent que la force nucléaire a un effet stabilisateur en Asie du Sud-Est.
    Aujourd'hui, l'Inde a la capacité de fabriquer plus de 60 ou même 100 armes nucléaires. Quant au Pakistan, il a la possibilité de fabriquer au moins 15 bombes.
    L'Inde a rejeté le TNP et le Pakistan est resté fidèle à sa position traditionnelle, imitant la politique indienne.

    La France

    La France a établi son programme nucléaire depuis les années 1960 pour mettre en valeur sa souveraineté internationale. Poursuivant une politique différente des USA et de la Russie concernant l'accumulation frénétique d'armes nucléaires, elle en fabriqua un nombre minimum décourageant d'éventuels agresseurs.
    Aujourd'hui, la France est au centre des débats concernant sa décision de reprendre ses essais nucléaires sur une large échelle.

    L'Iran

    La détermination iranienne d'acquérir son arsenal nucléaire a évolué avec le doute qu'Israël possède des armes nucléaires et la crainte que l'Irak en aura prochainement. Mais les spécialistes considèrent que l'Iran est au moins loin d'une décennie pour acquérir sa bombe nucléaire.

    L'Irak

    Ce n'est qu'à partir de l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 que l'Occident mena une politique sévère vis-à-vis de l'Irak et imposa l'embargo.
    Dans le cadre d'un régime d'inspection, une commission spéciale des Nations Unies vient de se rassurer du démantèlement de toutes les armes biologiques, chimiques et nucléaires.
    L'Irak est loin de pouvoir fabriquer la bombe atomique comme elle le pouvait avant la guerre du Golfe qui a fini par le démantèlement de son armement, mais ses ambitions restent toujours grandes.

    Israël

    Israël a probablement développé son arsenal nucléaire dans les années 1960 après la crise de Suez et ses activités restèrent enveloppées d'ambiguïté et de mystère. Ce pays a toujours refusé de signer le TNP.
    L'existence d'un arsenal nucléaire en Israël rend l'établissement de la paix très difficile au Moyen-Orient. Israël déclare que la force nucléaire est nécessaire pour le maintien de la paix, et il est peu probable que ce pays détruise ses armes dans un proche avenir.

    Russie

    La Russie est confrontée à un certain nombre de problèmes liés à son désarmement nucléaire. Depuis la dissolution de l'Union Soviétique, ses frontières sont devenues de plus en plus ouvertes. Le manque de sécurité tout au long de ses principales stations nucléaires et le contrôle insuffisant de ses frontières ont entraîné la contrebande.
    De plus, l'environnement russe souffre du déversement des déchets nucléaires pendant des décennies. Quant aux effets de Tchernobyl et autres accidents nucléaires, ils continuent de contaminer l'air. Même si ces problèmes sont fondamentalement difficiles, la Russie semble prête à démanteler ses armes nucléaires, vendant ainsi une partie aux USA pour relancer son économie.

    Ukraine, Biélorussie et Kazakhstan

    Ces trois pays se sont soudain trouvés en possession d'importantes quantités d'énergie nucléaire sans avoir procédé à leur développement ou à l'essai de leurs armes.
    La Biélorussie et le Kazakhstan se sont engagés à détruire leurs armes nucléaires même si le Kazakhstan avait une structure nucléaire difficile à démanteler. Libérée de ses liens avec l'Union Soviétique et poussée par un nationalisme exacerbée, l'Ukraine espère se doter de quelques bombes comme moyen de négociation.

    L'Afrique du Sud

    Quand l'Afrique du Sud signa le TNP en 1991, le monde était inconscient que ce pays avait déjà acquis des armes nucléaires, armes qu'il détruisit avant même d'approuver le traité. L'Afrique du sud est le premier pays à avoir détruit complètement et volontairement son armement et son programme nucléaires. Aujourd'hui, ce pays soutient intensément la non-prolifération nucléaire.

    Jennifer Couzin et Weronika Zazachowicz
    (World Media Coordination)

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