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    Politique Internationale

    Loudmina, la speechwriter de Boris Eltsine

    Par L'Economiste | Edition N°:505 Le 12/05/1999 | Partager

    · Huit ans dans les coulisses de la transformation du pouvoir russe

    · Eltsine voulait de l'émotion et de la mise en scène dans ses discours


    Pendant huit ans, Loudmila Pikhoïa a écrit les discours du Président Eltsine. Licenciée en mars, elle est partie "sans nostalgie". Son histoire est celle du lent déclin d'un homme et de son pouvoir.
    Tout commence début 1990. Loudmila Pikhoïa enseigne la politologie et la sociologie à l'Université de Iekaterinbourg, où Eltsine est premier secrétaire du PC, en pleine Perestroïka: "Son discours était confus et pas toujours logique." A l'époque, Eltsine brigue un siège de député au Soviet Suprême de l'URSS. Pikhoïa se retrouve dans son équipe électorale. Puis elle le suit dans sa fulgurante ascension.

    Ligne téléphonique directe


    En décembre 1991, l'URSS éclate. Eltsine devient le président. En 1992, avec trois autres universitaires qui vont former l'équipe de speechwriters (le même mot en russe) du Président, Pikhoïa s'installe au Kremlin. Son bureau n'est pas loin de celui du chef de l'Etat; elle a même une ligne téléphonique directe. C'est une première en Russie. Sous le communisme, les discours des numéros un étaient le fruit de travaux de différents départements: une somme de rapports interminables et ennuyeux.
    Eltsine, lui, est un acteur et veut faire de ses discours un art. Il a rassemblé autour de lui la crème des intellectuels libéraux.
    "Il avait trois exigences, explique Pikhoïa, le texte devait avoir un contenu, des idées (en général, il fallait expliquer les réformes et leurs objectifs). Ensuite, il devait être émotionnel (Eltsine déteste les clichés et les formules sèches). Enfin, ce devait être une petite oeuvre littéraire avec une dramaturgie efficace, une intrigue et un final puissant". Eltsine veut que ses discours soient à son image: celle d'un tsar réformateur qui comprend le peuple mais qui sait aussi sévir.
    Il est aussi très attentif à ses prestations à l'étranger. Lors de son discours devant le Congrès américain, à l'été 1992, il est applaudi onze fois. "Notre plus grand succès", dit Pikhoïa.
    Après la réélection d'Eltsine en 1996, tout change. Anatoli Tchoubaïs est nommé à la tête de l'administration présidentielle. Puis il est renvoyé, et de nouveau promu, cette fois au gouvernement.

    Intrigues


    Le Président enchaîne les maladies et commence un ballet de conseillers au Kremlin. Les quatre speechwriters ne sont plus en odeur de sainteté: "On ne nous disait rien mais on voyait arriver de nouvelles personnes dans notre service", se souvient Pikhoïa.
    La fille cadette du Président, Tatiana Diatchenko, est nommée conseillère en image de son père. Elle devient un élément central du Kremlin autour duquel gravitent les intrigues. Désormais, c'est le règne des imagemakers (le même mot en russe), pour sauver les apparences d'un Président malade de plus en plus lunatique et imprévisible. En octobre 1997, Pikhoïa est nommée conseillère présidentielle sans attributions. Un placard doré: "J'aurais pu partir. Mais j'estimais que c'était au Président d'en décider". Le 2 février dernier, le chef de l'administration présidentielle Nikolai Bordiouja, démis depuis, lui annonce son licenciement, sans motif. Eltsine n'est plus en mesure de prononcer de longs discours...

    Véronique SOULE
    Syndication L'Economiste-Libération/France


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