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Politique Internationale

L'histoire d'un Marocain résidant au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:614 Le 12/10/1999 | Partager

· Sa conviction: «Ce n'est pas mon affaire»
· Ses valeurs: La démocratie du quartier


«Ceci n'est pas mon affaire».
Si vous voulez avoir une idée sur la communauté marocaine résidant au Maroc (MRM), cette phrase vous le résumera merveilleusement.
Plantons d'abord le décor. A l'école, au primaire, le jeune élève s'initie à ses droits en tant que citoyen et à ses devoirs dans la collectivité où il vit, grâce au cours de l'éducation civique.
Il apprend notamment que les couleurs de son drapeau sont le rouge et le vert et que dans chaque ville il y a une municipalité, un commissariat et, plus récemment, une wilaya. Mais le cours de l'éducation civique ne lui apprend pas tout... Il laisse de côté le caïd, autorité crainte et respectée dans le quartier, mais surtout, le moqaddem et même le «marda» (appellation populaire et pas très catholique de l'agent des forces auxiliaires). Ce manquement à l'une des grandes valeurs de la démocratie du quartier dans le cours de l'éducation civique ne passera pas inaperçu. Le châtiment de la tribu des MRM est sans appel. Le professeur qui a commis l'erreur est passible de la peine capitale. Il ne lui sera plus permis de parler ni de côtoyer la communauté des MRM. Le professeur est substitué, l'affaire est close.
Après six années passées dans le primaire, le jeune élève connaît désormais ses droits et ses obligations. Les cours d'éducation civique l'ont définitivement et majestueusement placé parmi les MRM. Imperturbablement il arrive toujours à se dégager de sa responsabilité.

Le châtiment


Quand l'examen approche, ce n'est jamais son affaire. A l'instar des autres élèves, il triche pour réussir. D'ailleurs, l'essentiel n'est pas de réussir, mais de ne pas se laisser battre par le fils du voisin, car l'affaire est celle du voisin et vice versa.
Après les quatre années passées au collège, l'élève devra prendre le bus pour se rendre au lycée. Là, ses convictions se renforceront. Ainsi, il se rend compte que même le chauffeur de bus appartient à sa tribu. Car, il ne vient pas à l'heure.
Le service du transport urbain étant public, le contrôle de trafic n'est qu'une formalité administrative.
Un peu plus tard, il apprend que même les responsables de la régie de transport font partie de sa tribu. Car, tout bonnement, le parc de bus vieillit, quant il n'est pas acheté en cet état.
Les responsables, eux, ne prennent pas la peine de le renouveler. Au lycée toujours, le jeune élève découvre, sans grande surprise, que les professeurs de cet établissement, à l'instar de ceux du primaire et du secondaire, sont des MRM. Ils enseignent mais ne sont pas concernés par les cours qu'ils dispensent. Bref, ce n'est pas leur affaire, mais bien entendu celle des autres.
Dans la jouissance procurée par l'adhésion totale et indéfectible de son entourage aux valeurs de la communauté des MRM, le jeune élève devenu étudiant universitaire se réveille un jour sur les cris d'une bande d'autres étudiants, sans aucune comparaison avec les MRM.
Pour eux, il faut que chacun prenne ses responsabilités, développe son espace de liberté et apprenne à respecter les droits des autres tout en tenant aux siens.
Du coup, c'est tout l'édifice, fruit de l'accumulation des cours de l'éducation civique et autres enseignements, qui risque de s'effondrer. Les dissidents de la culture des MRM ne mâchent pas leurs mots. Ils font des propositions telles que «Il faut enseigner les principes de la démocratie, des droits de l'Homme, de la citoyenneté...».
Etourdi, le jeune étudiant ne sait plus à quel saint se vouer, d'autant plus que sa conviction vient d'être sérieusement ébranlée par un récent incident.
Gravement malade, le jeune MRM s'est présenté à l'hôpital de son quartier. A l'entrée de l'établissement, il expose son cas au premier infirmier qu'il rencontre. Par civisme et sens de responsabilité, l'infirmier lui répond que ceci n'est pas son affaire. Le médecin aussi.
Le policier de même. Après moults réflexions et en bon MRM qu'il est, il abondonne le projet de se faire soigner. Après tout, sa santé n'est pas son affaire, comme elle n'est pas celle des autres!


«Je ne suis pas responsable»


En route vers Es-Saouira, l'autocar de la compagnie de transport des voyageurs, la CTM, s'est arrêté à Safi. Un quart d'heure, une demi-heure et puis une heure passée, la patience des passagers est à bout.
Quant au chauffeur, il n'avait pas estimé nécessaire de communiquer la cause de cet arrêt prolongé. En fait, lui aussi ne comprenait pas grand-chose.
D'ailleurs, ce n'est pas son affaire. Après une investigation très poussée, le journaliste faisant partie des passagers a finalement compris les raisons de cet arrêt. Les tickets vendus pour les clients de Safi ont largement dépassé les quelques places vacantes. Brandissant son ticket comme pour rappeler l'impardonnable erreur commise par l'agence, l'un des clients ne voulait absolument pas descendre de l'autocar.
Interrogé sur la solution envisagée afin de résoudre ce problème, le «responsable» de l'agence a crié fort: "je ne suis pas responsable". Normal. Ce n'est pas son affaire.

Hassan BOUCHACHIA

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