×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

Les veillées du qat au Yémen

Par L'Economiste | Edition N°:2372 Le 29/09/2006 | Partager

A l’occasion du mois de Ramadan, L’Economiste publie une série d’articles sur cette période spéciale. Chaque jour, un pays est à l’honneur. Des mythes aux rites en passant par la spiritualité, l’animation et la cuisine… Un voyage ramadanesque.. La consommation de cette substance euphorisante, un phénomène de société. Al Jambia, symbole de virilité et d’honneur «L’Arabie heureuse ou Arabia Felix», c’est en ces termes que l’on appelait le Yémen. Et c’est l’esprit qui revient durant le mois sacré. «A chaque coucher du soleil, la rupture du jeûne donne lieu à une fête familiale, une ambiance euphorique», tient à préciser Yahia Hani, jeune étudiant yéménite qui vient de s’installer à Casablanca. Le Yémen, c’est aussi le pays de la reine de Saba. Pendant le mois sacré, ce pays retrouve ses habitudes d’antan: celles d’un monde bien différent, encore régi par des tribus aux traditions tenaces et complexes. Les mots d’ordre sont: hospitalité, simplicité et modestie. «Les Yéménites sont surtout réputés pour leur droiture et leur naturel», s’enorgueillit l’étudiant. Parmi l’une des plus fortes traditions locales, le port de la «Jambia», sorte de poignard porté en bandoulière, souligne Hani. Selon ce dernier, «c’est l’une des spécificités locales des hommes et des garçons du pays». Cette tradition identitaire renvoie aux valeurs de virilité et d’honneur des hommes et des garçons. Dès leur bas âge, les chérubins yéménites sont initiés au port de la Jambia, mais… en bois. Pour exprimer leur bonheur, pendant les soirées, les fêtes et les moments forts de Ramadan, les hommes sortent leur poignard de son étui et commencent à danser en brandissant les lames au-dessus de leur tête. Le jour, le rythme est tout autre. L’activité professionnelle tourne au ralenti durant le mois sacré. Dans les administrations par exemple, les horaires de travail vont de 11 à 16 heures. Le matin, les rues sont désertes. L’activité diurne ne commence qu’en début d’après-midi après la prière. Le climat n’arrange pas non plus la situation. Il est presque partout désertique, très chaud et humide le long de la côte ouest. A l’est du pays, c’est le désert. Il fait très chaud et sec. Du coup, «le jour devient nuit et vice versa», précise Hani. D’autant plus que, poursuit-il, les échoppes et les souks restent ouverts jusqu’à l’aube.Au f’tour, les Yéménites se mettent par terre (Qaada arabi). F’tour et dîner sont servis séparément. . Des souks bigarrésAprès les dattes et le café pris léger et sans sucre, il faut faire sa prière du Maghreb avant de poursuivre son f’tour. La famille partage les entrées: shorba (soupe aux lentilles ou à l’avoine, soupe aux légumes) et le réputé Shafuut: un pain au yaourt, herbes et viandes. Vient ensuite la Sambousa: un mets à base de viandes et d’oignons ou encore Al Fatta, délicieux dessert, pris en général en début de repas. Ce dessert est composé de pain, banane écrasée et miel. Peu de temps après ce cérémonial, les Yéménites vaquent aux mosquées pour la prière d’Al Ichaa et les Tarawihs. Les dix dernières soirées du mois sont dédiées exclusivement aux prières (Al Qyame). Au Yémen, la religion est omniprésente dans tous les aspects de la vie sociale. «La Charia est la source de toutes les lois», précise Yahia. Normal, poursuit-il, Yémen est dérivé du mot «yamine» qui signifie «la droite». Les Yéménites tirent une grande fiérte du fait que leur pays est situé à droite de La Mecque. Ce qui a une forte charge symbolique pour les fidèles qui s’orientent cinq fois par jour vers la Ville sainte lorsqu’ils prient. Au retour à la maison après les Tarawihs qui se poursuivent tard dans la nuit, le dîner est servi peu de temps après. Généralement, ce sont des soupes et des pot-au-feu traditionnels. «Al Assid» et la salta (soupe à base de viande épicée et soupe-sauce à base de légumes, de viande de mouton et surtout de fenugrec) sont particulièrement appréciés. Autre mets local prisé, le lahram Ranan: un plat à base de viande de chèvre cuite au four, dans une feuille de bananier. Sans oublier tiagda, une viande cuisinée avec des légumes, sauce tomate et épices. Comme en Arabie saoudite, le riz à la viande (Al Kabssa) est incontournable.Au dessert, ce sont les fruits ou la Mahallabia qui dominent. Le thé noir est de mise après le dîner. Après, rebelote dans les souks. Pendant le mois sacré particulièrement, Sanaa est à son tour gagnée par la société de consommation. Bédouins et citadins préfèrent déambuler dans les labyrinthes de ruelles et des souks: un lieu de socialisation entre les systèmes de valeurs du monde tribal et ceux du monde urbain. Epices, tissus, provisions, encens, provisions… les souks sont très bigarrés. «Que ce soit à Sanaa, Ta’izz, Aden ou encore Hadramaoute, vous êtes toujours au Yémen, mais chaque ville et chaque mouhafazeh a ses propres couleurs, ses propres senteurs, ses propres spécialités», poursuit Hani qui rappelle que, depuis la réunification du Yémen du Nord et du Yémen du Sud, le pays est divisé administrativement en 19 gouvernorats. Hadramoute par exemple est la ville par excellence du commerce. Située dans le Sud-Est, cette ville et l’origine des Ben Laden. Ici, la coutume veut que les hommes portent des jupes et des chemises, alors que les femmes sont emmitouflées dans des draps, explique le jeune étudiant. Selon lui, il y a très peu d’animation le soir dans les villes. «Le café n’est pas dans notre culture» Mis à part la prière et les visites des familles, ce sont les soirées du qat (Al Maquil) qui rafflent la vedette. C’est un rite de cohésion sociale, précise Yahia Hani. Léger euphorisant, le qat est une véritable institution au Yémen, un phénomène de société. Hommes, femmes et enfants en consomment sans modération le soir. «C’est un pivot de la vie sociale. Sa particularité réside essentiellement dans le rite éminemment convivial qui accompagne sa consommation», poursuit Yahia.La mastication du qat se caractérise par des séances de crachotement ininterrompu et se fait toujours accompagnée d’eau fraîche et de la possibilité de fumer le narguilé. En plus du narguilé, les Yéménites fument aussi Al Madaâ. Un narguilé traditionnel plus grand qui permet de fumer Al Jirak (tabac noir) ou encore le tabac jaune brut.«Avec un PIB par habitant compris entre 350 et 450 dollars US, le Yémen est classé au 149e rang parmi 177 pays répertoriés dans l’Indicateur de développement humain (IDH) de l’ONU en 2004. C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète et cumule une situation économique fragile avec une démographie en forte expansion. Le pays peine à attirer des investissements étrangers en raison notamment des mouvances radicales qui y sont bien enracinées. Cette situation tient à la fois à la situation sécuritaire et au poids des tribus ainsi que le fort taux d’enlèvements d’expatriés. Le dernier enlèvement en date est celui de quatre français il y a moins d’un mois, qui viennent d’être libérés. Le manque d’attractivité du Yémen est aussi attribué à l’absence de réformes structurelles en dépit de la coopération nouée avec le FMI (Fonds monétaire international).Depuis quelques années, l’environnement a été jugé peu favorable aux affaires. Le pays dépend plus que jamais de ses ressources pétrolières: 400.000 barils par jour qui assurent le tiers du PIB, 70% des recettes budgétaires et 90% des exportations. De l’avis d’experts en exploration pétrolière, l’euphorie pétrolière actuelle du Yémen n’empêchera pas l’épuisement de la ressource dans la fin de la prochaine décennie, à moins qu’il n’y ait de nouvelles découvertes. Le taux d’alphabétisation de ce pays demeure l’un des plus bas de tout le monde arabe: 26% pour les femmes et 53% pour les hommes, avec une moyenne nationale de 3 %. Pour sa part, la pauvreté touche plus de 40% de la population. Ce fléau alimente l’exode vers l’Arabie saoudite et se conjugue avec la croissance forte d’une population appelée à doubler dans une quinzaine d’années.«A. R.

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc