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    Les sources de la croissance de l'économie marocaine : La contribution de l'investissement public prime sur le progrès technique

    Par L'Economiste | Edition N°:25 Le 16/04/1992 | Partager

    La Direction du Plan a mis en place un cadre d'analyse des sources de croissance de l'économie marocaine, avec la collaboration de l'USAID. L'intervention de M. Bahraoui au récent colloque sur la croissance livre les premiers résultats sur le rôle de l'investissement, du capital humain... Affinés, ils deviendront de précieux éléments de politique économique.

    ROBERT Solow soutient que la croissance économique est déterminée par l'évolution technologique, qui dépend de facteurs non économiques comme la découverte scientifique, et non de la politique économique. Pour redresser la courbe de la croissance potentielle, il faudrait accélérer le progrès technique qui élèverait la productivité. L'ancienne théorie offrait donc deux possibilités pour une politique économique de croissance: d'une part, accélérer temporairement le rythme de la croissance, c'est à dire une augmentation des investissements en installations et équipements, capital humain et infrastructure; d'autre part, rechercher une hausse du taux de croissance à long terme en favorisant une accélération du progrès technique, par exemple, en encourageant la Recherche et le Développement (R&D), et l'esprit d'entreprise.
    Mais à peine cette théorie est établie qu'une nouvelle théorie s'est frayée un chemin: La théorie dite de croissance endogène qui a restitué un rôle important à la politique économique. Elle a redonné de l'importance aux investissements qui, dans l'ancienne théorie, ne pouvait être une source de la croissance. L'investissement comporte alors des avantages et des retombées externes qui compensent la tendance naturelle de la productivité du capital à diminuer au fur et à mesure que s'élève la proportion du capital par rapport au travail.
    La plupart des analyses des sources de croissance n'étaient menées que dans les pays développés, jusqu'à un niveau de détail très poussé.
    Ils sont aidés dans cette tâche par leur niveau scientifique élevé, les moyens dont ils disposent et surtout la disponibilité d'informations fiables sous forme de très longues séries.
    Par contre, le manque d'informations adéquates et des conditions nécessaires à l'émergence de ce type d'analyse, dans les pays en développement ne permettent guère la mise en place de dispositifs fiables pour l'analyse des sources de croissance.
    Cependant, le Maroc s'est intéressé à ce sujet depuis à peine 1989. C'est ainsi, qu'avec la collaboration technique et financière de l'US-AID, la Direction du Plan a mis en place un cadre d'analyse des sources de croissance de l'économie marocaine dans lequel s'insère ce travail.

    Fondement théorique

    Bien que des différences méthodologiques subsistent encore, un large consensus est formé autour du cadre conceptuel de Denison-Kendrick-Jorgenson-Griches-Solow, pour mesurer la croissance de la productivité globale des facteurs. Dans ce modèle, le taux de croissance du produit réel est déterminé par deux composantes: la première est basée sur les taux de croissance des facteurs, et la deuxième est une composante résiduelle identifiée comme la variation due à l'efficacité de la production (productivité globale des facteurs). L'effet du facteur est associé au mouvement le long de la courbe représentative de la fonction de production, alors que la productivité globale des facteurs est associée au déplacement de cette courbe vers un niveau supérieur.
    Pour estimer le stock de capital, la méthode de l'inventaire permanent est retenue. Les investisse ments de toutes les générations encore en service, dans cette méthode, sont pondérés par des poids qui traduisent le fait que les anciens investissements sont moins productifs que les nouveaux, et le deviennent de plus en plus qu'ils deviennent plus anciens.
    Il est nécessaire d'avoir des estimations des poids d'efficience pour compléter la procédure de mesure du stock de capital à partir des données disponibles sur les investissements historiques. La méthode utilisée ici suppose que la diminution de l'efficience se fait selon une forme géométrique.

    Traitement et sources de données

    D'une part, le cadre conceptuel utilisé concerne un seul produit agrégé, et pourtant les problèmes relatifs aux données qu'elles lui sont nécessaires n'ont pas manqué. Ces problèmes se rapportent à la longueur des séries, et surtout au manque des informations statistiques sur l'emploi et les taux de salaire, ce qui n'a pas permis d'approcher le capital humain de la manière qui rend son analyse compatible avec l'importance qu'il occupe actuellement, dans la société marocaine.
    Les composantes de la FBCF en matériel et outillage, bâtiment, et travaux publics proviennent de documents anciens. Pour couvrir les périodes les plus lointaines, un raccordement est réalisé. C'est ainsi qu'on a pu aller jusqu'à 1911, et le stock de capital de chaque type de capital avant cette année est considéré comme nul. Cette hypothèse a un effet très négligeable par rapport aux années les plus récentes, pour deux raisons: tout d'abord les montants des investissements à cette époque étaient très faibles par rapport à l'époque la plus récente, ensuite l'amortissement du capital enlève chaque année une partie de cet investissement qui est déjà négligeable.
    Les déflateurs de la FBCF sont calculés implicitement à partir du compte de la nation de 1949 à 1969. Pour les périodes ultérieures pour lesquelles aucun déflateur n'existe, des indices sont élaborés à partir des indices de prix à la production et des indices des prix de gros.
    Le système de pondération est constitué à partir des données du TES de 1980. Enfin, chaque fois que le besoin d'un déflateur est ressenti pour estimer la FBCF d'avant 1949, un indice des prix à la consommation est confectionné. C'est un indice moyen observé à Casablanca et Fès et qui remonte jusqu'à 1920.
    Le Produit Intérieur Brut (PIB) est présenté par les comptes de la nation selon différentes bases. Un raccord est adopté pour rendre compatible la base de 1980, adoptée comme référence aux différentes bases antérieures (1969, 1960 et 1952). La série du PIB utilisée s'étend de 1957 à 1990, période choisie pour l'analyse des sources de croissance de l'économie marocaine.
    D'autre part, la pièce maîtresse de l'étude des sources de croissance est l'équation comptable qui traduit le fait que la valeur ajoutée n'est d'autre que la rémunération des facteurs de production.
    Tout d'abord les comptes de la nation ne donnent pas chaque année la somme des valeurs ajoutées sous cette forme. Cette défaillance est due à l'absence de tableaux de synthèse. Le plus récent des TES date de 1980, vieux de douze ans.
    Mais, en plus du fait que les données auxquelles cette équation se rapporte sont relatives à une époque ancienne, le problème fondamental consiste dans les concepts et définitions qui sous-tendent les variables qui la composent. C'est ainsi que le taux de salaire ne représente pas la rémunération du travail et l'excédent brut ne représente pas non plus, la rémunération du capital. En effet, une partie de la rémunération du travail, la rémunération des entrepreneurs individuels est incorporée dans l'excédent brut. Le recours à une méthode pour réajuster cette équation s'est avéré nécessaire.
    C'est ainsi, que des estimations de la part des revenus des entrepreneurs individuels ont été tirées du TES de 1980.
    Le résultat de cette estimation est incorporé pour qu'il reflète la rémunération du travail. Cette correction s'est avérée nécessaire. C'est ainsi, que des estimations de la part des revenus des entrepreneurs individuels ont été faites pour 1980 par branche.
    Le capital humain est un stock déterminé par la quantité mais aussi la qualité tels que le degré de qualification, le niveau d'instruction etc...
    Mais étant donné le manque de séries de telles données, on a eu recours à des hypothèses simplificatrices, à savoir qu'entre les différents recensements où on a une estimation de la population active occupée, cette dernière a évolué toute proportion gardée, et que le capital se réduit à la taille de la population.

    Résultats de l'analyse

    Le stock du capital matériel avant 1974 était faible. Ce n'est qu'à partir de cette année, gonflé par le boom phosphatier et l'ambition des décideurs de doter le pays en infrastructure lourde que sa pente est devenue raide. Le redressement de sa courbe est dû principalement à une vague importante d'investissements réalisés dans une période assez courte, de 1976 à 1982. C'est une période où le taux d'investissement a frôlé les 30% du PIB, et depuis, il est maintenu au dessus de 20%. Le taux de croissance du stock de capital réel a été effectivement à environ 17% en 1977. Depuis 1983, le taux de croissance n'a cessé de ralentir en passant de 6,6% en 1982 à environ 4,1% en 1990.
    Durant la période de l'accélération, on a observé un prix relatif de la FBCF réel très apprécié par rapport au prix implicite du PIB. Ceci suggère que l'amélioration du stock du capital n'a pas été seulement quantitative mais aussi qualitative. Si cette hypothèse se vérifie, l'économie marocaine aurait connu un changement fondamental dans le choix de ses investissements.
    L'évolution du cfficient de capital de l'économie marocaine, laisse apparaître deux périodes: la période d'avant 1976 où le cfficient de capital a été aux alentours de 1,5 et d'après 1981 pendant laquelle il se situe aux environs de 2,3 avec une période de transition très courte (de trois ans).
    On peut avancer que la première période a été caractérisée par des sentiers à croissance initiale plus lente, alors que la seconde est caractérisée par des sentiers à croissance initiale plus rapide.
    La période de transition, repérée ci-dessus, coïncide avec le plan triennal 1978-1980. Au cours de ce plan la part des investissements incombant au secteur public restera importante et le montant des émissions du budget d'équipement de l'Etat devrait atteindre 19 à 20 milliards de DH par an de 1978 à 1980.
    Mais c'est un montant de 34 milliards de DH qui sera mis à la disposition des administrations pour engager leurs programmes d'équipement, soit pratiquement le même volume de crédits que celui retenu pour le Plan 1973-1977, ceci sans compter les programmes d'investissement des entreprises publiques et semi-publiques. L'OCP à lui seul investira plus de 5 milliards de DH pour son plan d'expansion.
    Concernant le facteur travail, sa contribution à la croissance économique demeure constante (40%), le long de la période 1960-90. Toutefois, on note une légère variation au cours des trois sous-périodes retenues. En effet, en se référant au tableau des résultats en annexe, on note que la contribution du capital humain a connu une légère baisse entre la première et la deuxième période, passant ainsi de 40,5% à 39,2%.
    Par contre, la part de ce facteur à la croissance économique au cours de la période récente (1984-90) s'est améliorée (41,2%). Notons, là encore, que la dernière période correspond au programme d'ajustement structurel de l'économie marocaine. Elle est caractérisée, à son début en particulier, par des restrictions au niveau de l'emploi et surtout dans l'Administration Publique. Cet aspect négatif a été vite rattrapé à la fin de la décennie.

    Chute du facteur résiduel

    Quant à la productivité apparente de ce facteur, elles est passée en moyenne de 0,54 à 0,62 respectivement entre les périodes 1958-69 et 1970-75. Elle n'a pas cessé de s'améliorer en atteignant le seuil de 0,83 en 1988.
    Tout d'abord on remarque une chute vertigineuse du facteur résiduel, dont l'intervention tombe à partir de 17,7% durant la première période (1960-75) à moins 17% au cours de la deuxième période (1976-83). Par contre, sa contribution à la croissance économique était de 28,3% au cours de la période 1984-90.
    L'analyse du facteur résiduel revêt le plus d'intérêt est d'importance dans la comptabilité de la croissance macro-économique. Dans le premier rang des éléments qui interviennent dans la productivité globale des facteurs se trouve, évidemment, tout ce qui est lié à l'amélioration (ou, le cas échéant, la détérioration) du facteur travail. On souligne notamment des indices de statut éducatif de la main d'oeuvre, entre autres, le degré d'alphabétisation ainsi que des changements de la proportion de la main d'oeuvre ayant terminé l'un ou l'autre niveau du système éducatif.
    Après avoir épuisé le potentiel explicatif de tout élément, susceptible d'être mesuré, qui provient du côté de la qualité du travail, on cherche souvent à identifier des éléments externes aux facteurs de production, notamment l'environnement naturel, dont un facteur très important dans beaucoup de pays représente, bien entendu, la pluviométrie.
    Par ailleurs, on peut parler de l'influence de l'environnement international, qui intervient moyennant les mouvements des cours, que ce soit des produits importés ou bien des exportations. A la limite on parle même des impacts de la politique économique.

    En conclusion

    L'étude de présentée est encore provisoire. Son amélioration est en cours. Il sera tenu compte dans l'avenir de la contribution des importations et de l'amélioration de la qualité de l'information relative au capital humain. Toutefois, les résultats auxquels elle a abouti sont intéressants dans la mesure où ils confirment certaines idées et révèlent d'autres informations importantes relatives à la croissance de l'économie marocaine.
    Ces résultats montrent que durant la période où l'Etat a beaucoup investi, la contribution du facteur capital dans la croissance économique était importante (77%).
    La deuxième conclusion qui se dégage des résultats de l'étude concerne la contribution du facteur résiduel au cours de la période 1984-1990. Celle-ci est marquée par plus de rationalité et de rigueur en matière de dépenses d'investissements publics. En conséquence, nous constatons que 60% de la croissance économique au Maroc est partagée entre le capital matériel et la contribution des facteurs. Quand l'Etat réalise trop d'investissements, comme il ce fut le cas au cours de la période 1976-1982, on constate que la contribution du facteur résiduel baisse et inversement dans le cas contraire.
    Le facteur résiduel étant le débouché de plusieurs éléments, tant positifs que négatifs. Il a fallu chercher les causes d'une dégradation comme celle constatée auparavant dans un ensemble de facteurs, dont notamment:
    - l'analyse présentée prend la distribution de la valeur selon le TES de 1980 comme représentative de toute la période retenue dans l'analyse (1960-1990). Or, supposons que les parts relatives du travail et du capital évoluent, de manière à ce que la part perçue par le capital se serait diminuée avec le temps. A ce moment-là, le poids du taux de croissance du capital, qui a de loin dépassé celui de la main d'oeuvre durant la deuxième période, diminuerait, ce qui fait que la combinaison des deux facteurs interviendrait pour une moindre part au taux de croissance du PIB.
    - si l'amélioration de la qualité de la main-d'oeuvre intervient largement de façon positive dans le facteur résiduel, le rendement brut dégagé par le stock de capital peut aussi bien y intervenir de façon négative. Supposons, par exemple, que le stock de capital s'accroît plus rapidement que jamais, mais que sa composition évolue vers des classes d'immobilisations ayant une rentabilité relativement moins forte. A ce moment-là on peut considérer que le débouché net du facteur résiduel est influencé par un élément négatif qui contrebalance les effets positifs des éléments du progrès technique, entre autres l'éducation.
    Cette étude qui vient de donner ces premiers résultats peut révéler d'autres informations intéressantes à la politique de développement économique.
    Cependant, l'amélioration des données statistiques et comptables permettrait de dégager d'autres indicateurs sur la contribution des autres facteurs, que les données actuelles n'ont pu aborder.

    Les intervenants du colloque sur la croissance

    Les 8 et 9 Avril, un colloque international a eu lieu à Marrakech sur les "nouvelles théories de la croissance: développement récent et applications.
    Il a été organisé par la Caisse de dépôt et de Gestion, son homologue française, la Caisse des Dépôt et Consignation, le Ministère du Plan, le Centre d'Economie et Finances International d'Aix-Marseille et la fameuse revue économique, référence académique par exséllence.
    Les intervenants français ont tenu à organiser ce colloque dans un pays du Maghreb en raison de la dimension particulière prise par les questions de croissance et de développement.
    Il s'agissait de faire le point sur les nouveaux développements théoriques (rôles des marchés financiers, de l'Etat, du capital humain ...) et les applications pratiques (explication de la croissance, efficacité de politiques d'éducation ...) avec un accent particulier sur les problèmes des PVD et les facteurs financiers sur la croissance.
    Intervenaient des universitaires et les économistes des institutions et Banques du Maghreb, Edmond Malinvaud, du collège de France portait "un regard d'un ancien sur les nouvelles théories de la croissance".

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