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Economie

Les grèves à l'Education Nationale : Malaise autour de l'échelle de promotion

Par L'Economiste | Edition N°:222 Le 21/03/1996 | Partager

A tous ses débats de pédagogie, de langues, de gratuité, l'enseignement doit ajouter les frustrations du corps enseignant. les postes budgétaires ne suffisent plus aux attentes de promotion.


Après 32 ans sur les estrades, un instituteur touche un salaire mensuel net de 3.250 DH. Il plafonne à l'échelle 9, 9ème échelon, ce grand souci des fonctionnaires. "Ce cas, plus que n'importe quel grand discours, illustre les difficultés matérielles du corps enseignant et leurs perspectives bloquées", explique Allal Belarbi, membre du Bureau National du SNE-CDT.
"Et, pour cet homme, le plus grave est à venir, continue-t-il. Car l'instituteur, père de 3 enfants, qui a beaucoup de difficultés à boucler ses fins de mois, en aura plus quand il sera à la retraite".
Le maître-mot du corps enseignant est la "paupérisation". Ce corps constitue ainsi un terrain favorable aux grèves.
Certes, les débrayages des 20 et 21 mars surviennent après ceux des phosphatiers du même syndicat, avant ceux de la Santé le 27.
Grèves politiques? "Que le gouvernement se mette autour de la table avec nous, discute, nous accorde un minimum, et vous verrez que la grève repose sur des revendications concrètes", renchérit de son côté Mohamed Benhamou, autre membre du Bureau National du SNE-CDT.
Dialogue? Le Ministère de l'Education Nationale affirme de son côté toute sa bonne volonté, du moins quand il est saisi. "La grève a été lancée sans que nous ayons reçu la moindre revendication. La dernière date de 1995", indique un responsable du MEN. Il ajoute qu'il a appris la grève par la presse, où les positions officielles des syndicats sont souvent noyées par les commentaires journalistiques.

Solutions technocratiques ou politiques

Pour sa part, le ministre de l'Education Nationale, M. Rachid Benmokhtar, déclare "qu'il n'y a pas indifférence, mais préoccupation sérieuse sur les droits et la quiétude des enseignants. Ce sont mes troupes". C'est d'ailleurs la condition de l'efficacité des ressources humaines que l'ingénieur-organisateur, arrivé il y a un an, veut marquer au Ministère dont il a la charge.
Car avant de s'attaquer à la pédagogie, aux programmes, il a dû livrer quelques batailles pour réduire les enseignants en surnombre (payés sans assurer de cours), en demi-service ou cachés dans les bibliothèques des lycées où il y a plus de bibliothécaires que de livres. "Optimisons les moyens existants, puisqu'on ne peut en obtenir plus!". Et dans la transparence! c'est le credo de M. Benmokhtar, aujourd'hui comme M. Harouchi hier à la Santé Publique.
Mais ce principe a peu convaincu les syndicalistes: "optimisation des moyens, oui. Mais quand le système y est apte. Or, l'Education Nationale est pleine de trous", disent-ils.
Il ne s'agit pas d'aménagements financiers ou techniques, mais d'une grande "problématique". Aux solutions actuelles qu'ils qualifient de "technocratiques", ils opposent des solutions "politiques", qui, bien sûr, devraient associer tous les syndicats.

Au niveau local, de l'école, du collège, du lycée, ils cherchent une consécration, avec des bureaux, un rôle, "pour que la voix de l'enseignant soit entendue, au même titre que celle des parents d'élèves". Plus haut, au niveau central, ils veulent participer, avec les experts, à la définition des programmes, de la pédagogie pour que "les responsables de l'enseignement prennent des décisions plus efficaces, car emportant l'adhésion des enseignants, avec le reflet de la démocratie".
A ce sujet, la MGEM (Mutuelle Générale de l'Education Nationale) est un enjeu. Le SNE en réclame la gestion par les élus des enseignants, à l'instar de son cousin phosphatier, affilié aussi à la CDT, qui réclame un droit de regard sur la caisse de retraite de l'OCP. La centrale de M. Noubir Amaoui cherche des territoires de gestion tripartite Etat-patronat-syndicat, à l'instar de l'UMT à la CNSS ou l'OFPPT.
Sur ce plan, le Ministère reconnaît que le fonctionnement actuel de la MGEN a écarté les syndicats, mais qu'il a saisi les instances concernées, Emploi et Finances.
Ce dernier Ministère se trouve sollicité dans le deuxième volet de revendication, qui a abouti à la grève: les salaires et les promotions.
"Les conditions de vie de l'enseignant sont catastrophiques. Non seulement les salaires sont faibles, mais ils sont bloqués. Nous n'avons plus le Smig de niveau de vie pour préparer les cours", affirment les syndicalistes. Ils citent les prix des livres qui varient de 40 à 500 DH, ou les instituteurs de campagne qui traversent les rivières à dos d'âne pour rejoindre leurs classes.
Le comble est que l'espoir de s'en sortir par la promotion a été étouffé. Et c'est ici que réside le grand contentieux.
"L'héritage de texte de lois, de manières de faire, a abouti à une porte fermée", regrette le ministre. Et comme l'Etat ouvre de moins en moins de postes budgétaires, le nombre de promotions est faible, et cela crée des frustrés. Et ce sont les instituteurs et les professeurs de collège qui ont évolué le moins vite. Parmi eux, une catégorie critique de 23.000 enseignants, bloqués à l'échelon 9 de l'échelle 9: c'est à l'entrée de l'échelle 10, celle des cadres de l'administration publique.

Les promotions se font au compte-gouttes: 3.000 en 1994 et 1995. Le MEN en avait obtenu 4.000 de plus en 1995 et le coût pour le Budget de l'Etat était de 80 millions de Dirhams. L'opération n'a pas eu lieu en raison du désaccord sur la méthode de choix des enseignants à promouvoir. En effet, quand des postes budgétaires sont créés, la loi en ouvre 75% aux diplômés, sur concours, et 25% aux anciens, par promotion interne. Il faut donc sélectionner et il est difficile pour tout syndicat "égalitariste" de cautionner une telle opération.
L'UGTM (Union Générale des Travailleurs Marocains), de son côté, durcit le ton, face à l'absence de réformes et de dialogue. "La crédibilité du gouvernement s'effrite et la confiance s'amenuise. On s'éloigne de plus en plus du discours médiateur et modérateur", déclare M. Abderrazzak Afilal, son secrétaire général.
Salaires, promotions, mais aussi charge de travail constituent des pierres d'achoppement.
Le nombre d'heures de travail hebdomadaire étaient passé dans le milieu des années 80 de 20 à 24 heures pour le premier cycle, et de 18 à 21 heures pour le second.
L'Etat ne pouvait supporter un accroissement d'effectif. "Nous demandons un retour à la normale pour ouvrir les postes aux nouveaux diplômés et donner le temps aux enseignants de bien exercer leur mission", proclament les syndicalistes.

Khalid BELYAZID

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