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Economie

Les femmes, le plan et le budget (IIIe et dernière partie)
Emploi et marché du travail: Des chiffres insoupçonnables!
Par Nezha Lahrichi, professeur d'économie

Par L'Economiste | Edition N°:1536 Le 10/06/2003 | Partager

Il ne s'agit pas de démontrer de nouveau la corrélation positive entre emploi et croissance. Il s'agit plutôt de présenter les caractéristiques du travail des femmes dans le monde et de constater que les inégalités homme-femme s'atténuent avec l'augmentation du niveau de développement en commençant par l'amélioration du niveau d'instruction des femmes.. Quelques indicateurs L'observation statistique montre que partout le taux d'activité des femmes est inférieur à celui des hommes, mais il varie d'une région à l'autre et selon les secteurs d'activité; les hommes occupent la plus grande part dans l'industrie et les femmes dans les services et l'agriculture.Les taux d'activité les plus bas (inférieurs à 30%) se rencontrent dans les régions dites en développement: Afrique du Nord, Moyen-Orient, Amérique latine, Caraïbes et Pakistan.Ce sont des régions caractérisées par l'existence de normes culturelles dissuasives à l'égard de l'instruction et du travail des femmes.Les taux les plus élevés se retrouvent dans les pays dits développés ou aux structures productives matures mais où il y a également une application de politiques contre la discrimination qui concilient travail, exercice des responsabilités et niveau élevé d'instruction.Il s'agit des pays scandinaves, de l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle Zélande. On retrouve dans cette catégorie l'Europe centrale et l'Afrique subsaharienne mais pour des raisons différentes:- En Europe centrale, il s'agit de la mobilisation de toute la population comme héritage du communisme.- En Afrique subsaharienne, les travaux agricoles sont effectués par les femmes.Concernant les salaires, il a été établi que partout dans le monde, les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes; cet écart s'explique par des effets de structure et par une discrimination directe. L'effet de structure découle du fait que même si le principe “à travail égal, salaire égal” était respecté, la structure des emplois entraîne une inégalité statistique car les femmes sont surreprésentées dans le secteur des services où les emplois sont généralement moins qualifiés et moins rémunérés.. Segmentation Au-delà de ces indicateurs, quelles sont les tendances du marché du travail?L'instabilité de ce marché est-elle croissante? Les emplois sont-ils précaires?Une étude du BIT a conclu qu'il n'y avait pas de tendance lourde à la dégradation de la stabilité de l'emploi; ce qu'on observe c'est une segmentation du marché du travail avec une partie centrale très stable et une marge qui s'est sans doute étendue, beaucoup plus instable, constituée d'emplois temporaires, de durée déterminée, occasionnels, etc. Sur ce second segment, les jeunes et les femmes sont surreprésentés.Ce second segment serait, en outre, la nouvelle porte d'entrée sur le marché du travail. Est-ce que cette évolution est préoccupante pour les femmes? La réponse est positive lorsqu'elles sont moins qualifiées vu que les entrées et sorties du marché du travail sont plus fréquentes pour cette catégorie de femmes.. Ségrégation professionnelle Les femmes restent cantonnées dans certaines professions ou activités considérées comme féminines même dans les sociétés notoirement attachées à l'égalité entre les sexes comme les pays nordiques.Une étude menée dans trois pays (Finlande, Norvège et Suède) montre l'ampleur de l'effectif des femmes dans les professions féminines; en l'occurrence, celles qui font appel au “souci d'autrui”: garde d'enfants à domicile, infirmières, secrétaires, personnel des crèches et écoles maternelles, etc.Cette ségrégation n'est ni naturelle ni inévitable mais elle n'est pas forcément négative si elle offre une partie du marché du travail mais avec les mêmes niveaux de salaires et de promotion que les professions dites masculines.On peut penser aussi que compte tenu du caractère égalitaire de ces sociétés et de la très forte présence des femmes dans la politique, les préférences individuelles sont un élément d'explication.En outre, les données réunies par le BIT montrent que les femmes sont de plus en plus représentées dans les professions intellectuelles et les fonctions de direction, mais plus on s'approche du sommet, plus la disparité entre les sexes est criante. Dans les très grandes entreprises, elles ne détiennent que 2 à 3% des postes de haut niveau. Les éléments explicatifs de ce constat sont les suivants:- Les femmes assument de façon disproportionnée les responsabilités domestiques.- La progression des carrières se joue entre 30 et 40 ans, or c'est la période la plus intense pour l'éducation des enfants.- Les femmes sont souvent recrutées pour des activités dont les filières ne mènent pas aux plus hauts sommets de la hiérarchie.. Et au Maroc? Au Maroc, on retrouve des constats similaires, le taux d'activité des femmes est seulement de 25,5% contre près de 78% pour les hommes. Pourquoi une telle domination masculine sur le marché du travail? Trois facteurs explicatifs:1- La division sexuelle du travail qui confère à la femme la quasi-totalité des activités domestiques;2- L'existence de lois et d'engagements internationaux qui consacrent l'égalité ne suffit pas. Le travail de la femme doit être socialement admis, culturellement conféré;3- La sous-estimation de l'activité économique; nous retrouvons le débat évoqué sur le système de la comptabilité nationale et le travail des femmes. Ce système trace une ligne de délimitation entre les activités considérées comme économiques et non économiques fondé sur l'idée que la production est effectuée exclusivement par les entreprises; les ménages ne faisant que consommer; ce système a évolué pour inclure la production de subsistance. Mais il continue à exclure la production de services pour les autres membres du ménage effectuée par les femmes.Actuellement, la méthode “budget temps” est appliquée à la population féminine considérée comme inactive par la méthode courante; les occupations retenues sont celles qui sont effectuées en plus des occupations domestiques et ménagères et qui sont de type économique et peuvent avoir une valeur marchande.Avec cette méthode, la femme au foyer, surtout dans le monde rural, ne sera plus classée parmi la population inactive, c'est-à-dire les jeunes de moins de 15 ans qui ne travaillent pas, les retraités, les rentiers, les vieillards, les malades y compris les infirmes. Donc il s'agit d'une évolution mais qu'il faut apprécier à sa juste valeur. Le gain en taux d'activité des femmes se fixe à 1 point en milieu urbain et à 8,9 points en milieu rural, alors qu'en plus du temps professionnel 5 heures 52 minutes, la citadine, pourvue d'un travail, devrait consacrer 4 heures 9 minutes aux occupations domestiques et ménagères contre 5 heures 42 minutes pour la femme au foyer.Au-delà du taux d'activité, l'indicateur qui semble pertinent concerne la répartition de la population active selon le niveau de scolarisation mais seulement dans le milieu urbain. Le pourcentage des femmes économiquement actives ayant des niveaux d'instruction secondaire et supérieur dépasse celui des hommes: 20,4% pour les femmes et seulement 15,8% pour les hommes pour le secondaire.Pour le supérieur, le pourcentage est encore plus faible: 19,2% pour les femmes et seulement 10,8% pour les hommes.D'ailleurs, la proportion des femmes actives ayant un diplôme supérieur dépasse celle des hommes: 27,4% pour les femmes contre 15,5% pour les hommes.Bien entendu, si on prend en considération le milieu rural, la moyenne nationale est lissée. Le pourcentage de la population active ayant le niveau du secondaire est quasiment le même: 9,8% pour les hommes et 9,5% pour les femmes.L'instruction contribue donc largement à l'amélioration de l'accès au marché du travail et permet de surmonter le problème de la discrimination professionnelle.Pour conclure, je dirai que c'est en analysant les échecs des politiques passées que l'on peut déconstruire et reconstruire, et susciter un ensemble de connaissances permettant de formuler de meilleures pratiques pour l'avenir.


Une gymnastique statistique pour améliorer le PIB

Pourquoi les statisticiens et les économistes refusent de traiter les services de ménage comme des activités de production alors qu'ils pourraient augmenter le PIB et la richesse nationale et ce, au-delà des considérations de rendre la femme visible en lui donnant un statut économique valorisant? Leur argument le plus fort consiste à dire que la fourniture de ces services exerce peu d'effet sur le fonctionnement des entreprises.A court terme, c'est peut-être vrai, mais à long terme, ce sont ces services qui permettent un fonctionnement social en mesure de fournir une main-d'oeuvre pour l'économie.Le deuxième argument est lié à l'idée d'effacer la différence qualitative entre le travail effectué sur une base commerciale et les services, les soins fournis à la famille. Cet effacement comporte le danger de renforcer la tendance à définir la vie de plus en plus en termes de marché et de marchandises.Ce débat montre au moins que la réflexion sur une nouvelle vision de l'économie est en cours.

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